Le DGB, la confédération syndicale allemande majeure, fort de ses 6 millions d’adhérents, a amplement anticipé l’impossibilité d’organiser les manifestations habituelles du 1er mai en ce printemps mémorable de 2020.

Dès le 9 avril, Horst Raupp, secrétaire du DGB de Hesse du sud, écrivait aux partenaires européens de son syndicat régional (CGT Alsace, CGIL de Rimini et CSdL de San Marino) pour leur proposer de se joindre à l’initiative en lui faisant parvenir une contribution sous forme de photo avec drapeau ou logo accompagné d’un message, destiné à figurer sur le site régional.

Au plan national, l’idée a consisté à créer un événement en ligne, « varié, politique, en musique » diffusé en « streaming », à partir de l’immeuble du syndicat à Berlin. Le choix de la capitale n’empêchera en rien la contribution des régions, fédéralisme oblige : un lieu de siège n’en fait pas nécessairement un centre autour duquel tout tournerait.

La diffusion en ligne commença à 11 heures et dura près de 3 heures (la première demi-heure – voir le lien ci-dessous – est un message d’attente en boucle). Elle sera d’ailleurs victime de son succès, le nombre inattendu de connections au site provoquant, au moins au début, des interruptions fréquentes de liaison.  

Le slogan du jour « Quand on solidaire, on n’est pas seul ! » (« solidarisch ist man nicht alleine!), est présent de bout en bout, notamment sur les affichettes brandies par des militants qui y ajoutent leurs propres visions de ce qu’implique l’idée de solidarité : ainsi, pour un militant, il s’agit de faire en sorte que le « nous »l’emporte toujours sur le « je ».

Autre affirmation récurrente, « Applaus reicht nicht » (les applaudissements ne suffisent pas) : l’expression de l’estime passe obligatoirement par une meilleure reconnaissance salariale.

Pour le président du DGB, Reiner Hoffmann, il faut revaloriser les salaires, stopper les privatisations de secteurs essentiels, arrêter la casse des services publics, augmenter les indemnités de chômage partiel (plus bas qu’en France, sauf pour certaines branches).

Reviennent également la question de l’égalité salariale H/F : l’actrice bien connue en Allemagne Friederike Kempter (« Tatort ») évoque le combat des femmes et des ouvrières qui la touche particulièrement.

La question du montant des retraites trop faible (la question est actuellement en débat outre-Rhin) est mise sur le tapis.

Un militant affirme que la crise a révélé quels sont les métiers et fonctions qui comptent vraiment dans la société, dont nombre d’eux exercés par les femmes : une reconnaissance salariale s’impose.

Vont se succéder de nombreux témoignages venant de la base, alternant avec des interventions de responsables syndicaux,

On notera l’intervention d’un représentant de « die Linke » et d’une autre pour le SPD, ce qui suggère e la part une prise de distance avec ce dernier parti, historiquement pourtant proche du syndicat.

Quelques repères marquants, parmi d’autres, dans l’émission :

Parmi les témoignages, on trouvera (à 0’50 – soit 0 heure 50 minutes, voir lien YouTube ci-dessous) celui de syndicalistes, à partir du site de construction d’un entrepôt d’Amazon dans le Schleswig-Holstein, prévu pour inonder le Danemark et la Scandinavie. Les emplois y seront précaires, sans contrats collectifs (ce qui nécessiterait la présence du syndicat).

2’42 : une séquence est consacrée au travail des enfants de par le monde, qui est susceptible de s’accroître e en raison de la perte de travail par les parents suite à la pandémie.

L’organisation de Jeunesse du DGB met l’accent sur la nécessité d’accueillir les enfants des camps de réfugiés en Grèce. Une militante plus âgée pose la question : « mais que sont ces enfants en regard des intérêts économiques ? »

2’35 : Anja Piel, nouvelle membre du Comité directeur du DGB, évoque la situation déplorable des saisonniers étrangers.

2’48 : les atteintes aux droits syndicaux de par le monde sont évoquées.

Parmi les interventions musicales, politiquement largement marquées,  une mention particulière pour  :

– Heinz Rudolf Kunze (1’33) « Die Zeit ist reif » (« le temps est mûr »)

– Une Internationale très originale (2’23)

–  l’américaine Jocelyn B Smith résidant à Berlin (2’29)

– Thorsten Stelzner, du Braunschweig, qui chante « Die andere Welt »(« l’autre monde ») : « toi qui n’es né ici que par hasard, et qui prétend que ce pays est à toi seul : ce pays plus jamais à toi ! (2’44)

 – la comédienne et chanteuse Ute Lemper, depuis son balcon à New-York, interprétant Dylan (3’07)

– l’auteur-compositeur-interprète bavarois, politiquement actif, Konstantin Wecker qui s’inquiète d’un maintien possible des atteintes provisoires aux libertés et qui chante « Das leben will lebendig sein », contre les mouvements néo-fascistes ( 3’26).

À chacun sa merguez de fin de manif ! Sujet moins sérieux, mais non sans importance, le débat sur la « Bratwurst » (« saucisse à frire ») sous forme de concours interrégional : où fait-on la meilleure ? (2’20)

L’intégralité de l’enregistrement du flux streaming est disponible ici:

Une initiative certes dictée par les circonstances, mais au bout du compte originale et innovatrice, et on se prend à penser qu’elle pourrait bien faire des petits.

Car on ne peut s’empêcher de penser que cette forme numérique, ou une formule analogue, est peut-être un moyen de faciliter la rencontre des luttes, convergentes en bien des points, voire identiques, en la hissant à une échelle transfrontalière, européenne et mondiale, puisqu’il elle permet abolir l’obstacle des distances et – à l’aide de sous-titrages ou de traductions simultanées- des langues.

À défaut, l’internationalisme ouvrier, pourtant inhérent à sa création au milieu du XIX siècle, risque fort, face à la globalisation du capital, de rester confiné à l’intérieur des prisons nationales.

Print Friendly, PDF & Email