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Les belles journées européennes du patrimoine. L’occasion rêvée, une fois l’an, de pénétrer derrière les hautes palissades et briller au firmament du patrimoine et de la connaissance du génie mulhousien ! Et si nous profitions de ce moment pour visiter le temple le moins discret de la franc-maçonnerie mulhousienne ?
Rendez-vous est pris par téléphone avec notre interlocuteur. En ce dimanche matin radieux, nous nous plantons ainsi comme deux arbres de la liberté devant l’immeuble situé au 14 rue d’Alsace.
Qui sont aujourd’hui les francs-maçons mulhousiens, qui furent parmi les plus industrieux au 19è siècle, puisque 14 des 22 fondateurs de la société industrielle de Mulhouse (SIM) étaient des frères de la loge « La parfaite harmonie » ? Un nom apparemment inspiré d’une loge lyonnaise.
Dès l’abord, prière de décliner notre identité, et plutôt deux fois qu’une. Je suis journaliste (carte de visite à l’appui, mais ma carte de presse ne servira pas) et voici mon collègue photographe. On nous convie à fouler les quelques marches qui nous séparent d’un premier palier.
Un frère nous y attend, ceint d’une écharpe bleue, constellées de signes maçonniques. La couleur symbolise l’amitié et la bienveillance universelles. « Il sert à rappeler aux pratiquants que ces vertus doivent remplir le cœur de chaque frère, car le ciel expansif englobe le monde entier », lit-on dans la littérature spécialisée…
- « Je te connais toi, t’es un chasseur de photos ! », dit-il en visant mon camarade photographe et en citant le syndicat auquel il a appartenu un temps. Sourires crispés. Puis mon interlocuteur téléphonique, que je reconnais à sa voix, s’enquiert de ce que nous comptons faire
- Un simple petit article de découverte et quelques photos du temple dans les limites que vous m’avez posées au téléphone, lui dis-je sincèrement
- Le propriétaire ne veut pas. Est-ce que vous pouvez me garantir qu’il y aura bien un copyright et qu’il sera impossible de télécharger les photos ?
Nous en restons quelque peu interdit. Empêcher le téléchargement des photos sur le site ?
- C’est difficile mais l’on peut essayer, lui assuré-je. Et si ce n’était pas le cas, on s’engage à ne pas publier de photos.
- Dans ce cas, c’est non, pas de photos !
- Mais enfin nous venons de vous dire que…
- C’est non ! Le propriétaire s’y oppose.
- Ne vous en faites pas, affirme son coreligionnaire, tout sourire, vous verrez, après la « conférence », pourquoi ça n’a pas d’importance !
D’autant que la « conférence » nous apprendra que le Grand orient a racheté l’immeuble à la ville peu de temps après la guerre…
Mon camarade tente de négocier un expédient auprès de lui : la photo d’un lustre :
- On verra après la « conférence »…
Mais ce à quoi il conviendrait de penser urgemment, est à assurer une formation continue en matière technologique à nos frères les francs-macs mulhousiens. Ne pas savoir, par exemple, qu’il est structurellement impossible d’empêcher la reproduction d’une photo sur un écran informatique (ou totalement vain), est une chose sur laquelle les loges mulhousiennes se doivent de « plancher » au plus tôt !
- Merci de sortir et d’attendre sur le trottoir !
- Nous nous exécutons et patientons dehors avec le groupe de visiteurs. On nous prie de faire la queue et de s’identifier encore formellement lorsque nous entrons une seconde fois. Pas de passe-droit les journaleux !
A l’étage, nous pénétrons enfin un couloir dont les murs sont ornés de symboles et de textes en provenance de loges amies à travers le monde. Puis vient le « musée », une petite bibliothèque et d’autres décors, estampes ou tapisseries, ainsi que de nombreuses photos ou daguerréotypes présentant notamment d’anciens membres de « La parfaite harmonie ».
Enfin, le temple proprement dit. De style « Empire retour d’Égypte ». Celui où il est interdit de faire la moindre photo. Le discours est répété : « Le propriétaire y est opposé pour des raisons de copyright ».
Il est même permis de se demander si on n’insiste pas parce que les deux journalistes ont été soumis à ce régime, et qu’il convient de ne pas se montrer géométriquement variable avec le tout-venant.
Parce que, comment dire, le discours est précisément variable. C’est bien le moins que l’on puisse en conclure.
Savez-vous ce que vous trouverez là, ici ou encore là ? Des photos du temple situé rue d’Alsace à Mulhouse, publiées dans la presse locale ou magazine. Et le plus amusant : elles sont toutes téléchargeables !
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