Charlie, des enfoirés ? – L'Alterpresse68

Charlie, des enfoirés ?

J’ai failli. Je l’avoue, l’autre jour j’ai failli !

Du moins, l’ai-je ressenti ainsi.

Cela se passait dans le tramway. Un petit groupe de jeunes disons quatrième, troisième acquiesçait au propos de l’un d’entre-eux qui ayant repéré sur le panneau publicitaire devant la CCI, un nous sommes Charlie tagué, s’est exclamé : «Charlie, c’est des enfoirés».

C’est là que j’ai failli. Pourtant, cela ne me dérange pas d’habitude de leur rappeler que le tramway n’est pas une salle de gym ou une discothèque. Le plus souvent, ça marche. Cela fait longtemps que j’ai éprouvé que ce qui leur manque ce sont des adultes qui se comportent en adultes.

J’ai failli pourtant parce que j’aurais dû engager la conversation. Je ne saurais pas si elle aurait été possible .

Mais tu leur aurais dit quoi, me suis-je demandé après coup ?

D’abord qu’ils ont le droit de dire que Charlie c’est des enfoirés mais que c’est une mauvaise critique.

Les Charlies auraient défendu, défendent cette liberté-là. Elle était aussi la leur, celle d’être insolents, impertinents. La liberté c’est aussi celle de croire ou de ne pas croire. Quant à la critique, elle est mauvaise parce qu’elle globalise. Toute critique doit être concrète et précise. Il est arrivé qu’une bande dessinée de Charlie Hebdo ait été bête et ignorante et ressentie comme une insulte envers les Alsaciens qui le leur ont fait savoir.

Qu’aurais-je pu leur dire encore ?

Bien sûr, leur demander s’ils savent ce qu’était Charlie Hebdo. Il est probable qu’ils l’ignorent et qu’ils ne le trouveront pas dans la bibliothèque du collège. Qu’aurais-je pu leur dire, moi qui ne le lit guère ? Que c’était simplement un groupe de personnes qui avaient – si j’ose dire – fait vœu de se moquer de tout c’est à dire aussi de toutes les religions, qui se réunissaient toutes les semaines pour déconner ensemble et faire un journal qui fera rire ses lecteurs.

J’aimais les dessins de certains, d’autres moins. Je connaissais surtout les dessins de ceux qui travaillaient pour le Canard Enchaîné . Celui-là pour le coup je le lis régulièrement.

Bon, le Canard enchaîné, vous ne connaissez pas non plus ! On ne vous a bien sûr jamais dit qu’il y avait dans la culture française un esprit libertaire. Qu’il n’y a pas que La Fontaine !

Bon mais ce que je veux dire c’est que Charlie, c’est pas des méchants. Il faut ne jamais avoir vu un dessin de Cabu pour assassiner Grand Duduche.

Auraient-ils répliqué en me traitant de vieux con représentant d’un monde hypocrite qui ne leur offre aucun avenir ?

Je leur aurait répondu qu’en ce qui me concerne, s’ils veulent le transformer, ce monde, sans se tromper d’adversaire, je suis de tout cœur avec eux, que si la République ne les satisfait pas, moi non plus elle ne me convient pas et qu’on ne peut opposer aux actes terroristes que nous venons de vivre une République immuable dans une imagerie pétrifiée mais une République transformable, aux symboles renouvelés, vivante, ce qu’elle a cessé d’être.

Ces jeunes-gens sont le produit d’une «guerre» sociale et idéologique que l’on veut transformer en guerre de religion avec la complicité de groupes sans foi ni loi qui portent le masque de Mahomet. C’est ce faux nez qui est caricaturé et non le prophète lui-même.

Promis, la prochaine fois je leur parlerai.

Enfin j’essayerai

Bernard Umbrecht

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