Jean Ziegler : « Il n’y a pas d’impuissance en démocratie » – L'Alterpresse68

Jean Ziegler : « Il n’y a pas d’impuissance en démocratie »

Mon vieux camarade Jean Ziegler, le grand sociologue et militant altermondialiste suisse, a l’engagement têtu des Alsaciens. Forcément, sa grand-mère maternelle était de Riquewihr. À 80 ans, il poursuit inlassablement, à travers son enseignement, ses écrits et son engagement à l’ONU, son combat pour l’éradication de la faim dans le monde.

Son dernier ouvrage, Retournez les fusils ! Choisir son camp, qui vient de paraître au Seuil, est une nouvelle édition refondue et actualisée d’une de ses grandes œuvres parue en 1980. Depuis les trois décennies et demie qui ont passé, les choses n’ont fait qu’empirer en ce qui concerne la survie, la dignité et la justice pour une très grande partie de l’humanité.
Le coup de gueule de Jean Ziegler fait du bien en remettant à l’heure les pendules du monde. L’intellectuel qu’il est, dont il dit que c’est un métier par définition subversif, en appelle à l’insurrection des consciences pour que « dans la fraternité de la nuit », en ces temps terribles où « la pyramide des martyrs » ne cesse de grandir, se lève le vent de la révolte pour briser « l’ordre cannibale absurde » qui domine les peuples de tous les continents.
Jean Ziegler traduit cette injustice universelle ainsi : aujourd’hui dans le monde un enfant meurt de faim toutes les cinq secondes, et la faim aura tué en 2014 plus d’êtres humains que toutes les guerres réunies dans la même année. Pour illustrer « l’ordre cannibale de la spéculation boursière » responsable de cette situation, il nous fait mesurer que sur un jean vendu ici en Europe un peu plus de 50 €, la couturière du Bengladesh qui le coud touche en moyenne 25 centimes d’euro.
Montaigne avait déjà constaté que « le bien public requiert qu’on trahisse et qu’on mente et qu’on massacre ». Cette chose-là n’a fait que grandir et se mondialiser depuis. Mais Jean Ziegler a de l’optimisme et de l’espérance : face à la « dictature planétaire des oligarchies du capital financier globalisé », des mouvements sociaux de résistance et de contestations radicales surgissent et se coalisent sur les cinq continents. « Il n’y a pas d’impuissance en démocratie », dit-il.

Jean-Marie Stoerkel

Retournez les fusils ! Choisir son camp, de Jean Ziegler, Edition du Seuil, 300 pages, 20 €.

Print Friendly, PDF & Email