Fraudeurs de haut vol… impunément! – L'Alterpresse68

Fraudeurs de haut vol… impunément!

Cela se passe dans les allées du Salon aéronautique de Genève, en Suisse. Un journaliste s’est fait passer pour le représentant d’un client fortuné souhaitant s’offrir un jet privé, mais sans payer la TVA sur son achat à plusieurs dizaines de millions d’euros. Rien de plus simple.

Un représentant de Dassault Aviation lui conseille la création d'”une coquille vide” et recommande de passer par l’île de Man et comme par hasard, on trouve dans le salon le stand du cabinet d’avocats Estera, qui livre à ses riches clients ses précieux conseils pour éviter de payer la TVA, “Sur un jet à 50 millions d’euros, c’est 10 millions que vous économisez. J’ai fait ce montage tellement de fois, ça fonctionne parfaitement”, assure l’un de ses représentants.

Et voilà comment Dassaut, un grand groupe industriel français, qui vit en partie grâce aux livraisons d’armes à l’Etat français, spolie les finances publiques de la TVA que vous et moi devons acquitter rubis sur ongle pour tout ce que nous achetons.

C’est la nouvelle enquête du consortium de journaliste exploitant plus de 13 millions de documents qui ont fuité du très célèbre cabinet d’avocats Appleby, installé aux Iles Bermudes, qui a permis la pugnace Elise Lucet de lever ce nouveau lièvre. Ce qu’on nomme à présent les Paradise Papers révèlent que des multinationales et particuliers très fortunés tentent de réduire au maximum le coût de leurs impôts avec l’aide de cabinets d’avocat utilisant les failles du système fiscal.

Ces placements offshore ne sont donc pas taxés et coûtent près de 350 milliards par an, dont 20 milliards à la France.

Déjà l’an dernier, les Panama Papers cette fois-ci, avaient épinglé des actionnaires et entreprises qui planquaient leur argent dans les paradis fiscaux pour ne pas payer d’impôts. Même une quinzaine d’Alsaciens faisaient partie de ces bons citoyens fraudeurs en bonne compagnie il est vrai avec Michel Platini, l’homme propre de l’UEFA viré de son poste pour d’autres joyeuses libertés prises avec le fric, Jérôme Cahuzac, la famille Balkany… et 128 responsables politiques, hauts magistrats, président de banque centrale, ministres, députés…

Cette fois-ci on retrouve à nouveau des pointures de l’économie et de la politique mondiale y compris l’homme le plus riche de France, M. Bernard Arnault, plus de 61 milliards de dollars de patrimoine, une fortune estimée à 41,5 milliards de dollars et un revenu annuel de 96 millions d’euros en 2017.

Eh bien, il n’y a pas de petit profit : les documents d’Appleby dévoilent que M. Arnault a placé des actifs dans six paradis fiscaux différents. C’est ainsi qu’il a utilisé une société basée sur l’île de Jersey, territoire britannique faut-il le rappeler, pour acheter un terrain de 129 ha près de Londres, à lui seul vaudrait « un peu moins de 15 millions d’euros », et construire une propriété de 4.300 m2 dont les coûts seraient « bien supérieurs à 3,4 millions d’euros ». Il a aussi acheté, grâce à une société basée à Malte, autre paradis fiscal, pays membre de l’Union européenne, un yacht de 101 m de long estimé à 130 millions d’euros.

Autre exemple : Whirlpool, vous savez cette entreprise états-unienne qui veut fermer son usine d’Amiens pour l’implanter en Pologne pour profiter des salaires plus bas. Eh bien, son implantation mondiale lui permet de faire remonter tout le fruit de ses ventes vers une filiale aux Bermudes… pays dans lequel on ne paye pas d’impôts sur les bénéfices.

Révoltant pensez-vous ? Oui, mais contrairement aux Panama Papers, tout cela n’est pas illégal. D’ailleurs Bernard Arnault revendique même cet exercice appelé optimisation fiscale. Mais évidemment tout cela est difficile à justifier à des citoyens auxquels on explique chaque jour qu’il faut se serrer la ceinture, qu’il faut accepter de payer plus d’impôts, plus de CSG, qu’il faut retirer 5 euros des APL, qu’il faut supprimer les allocations familiales.

Alors branle bas de combat : Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des comptes publics monte sur ses ergots et promet des « sanctions comme jamais contre les fraudeurs ». Oui, mais ils ne sont pas fraudeurs, M. le ministre. Ce sont des optimiseurs, nuance.

Et si M. Arnault achète son yacht de 130 millions à Malte c’est parce que la TVA y est de 5% au lieu de 20 en France : économie de 20 millions d’euros à la clé ! Et à Jersey pas de TVA du tout, juste une taxe générale de 3% sur les biens de consommation et service.

Continuer à dénoncer ces turpitudes financières sans dire clairement qu’elles sont inhérentes au système capitaliste et que la culture du profit à tout prix et le plus rapide possible ne peut s’embarrasser de notions de moralités. Et puis, compter sur notre président des Riches pour élever une digue efficace contre l’optimisation fiscale, c’est comme attendre du Pape qu’il réhabilite les Hérétiques ou de M. Juncker qu’il change la fiscalité au Luxembourg…

Michel Muller

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