Une vidéothèque est disponible au bas de cet article

Définition liminaire :

Le vote électronique est un système de vote dématérialisé, à comptage automatisé, notamment des scrutins, à l’aide de systèmes informatiques.

Pour être légitime, ce type de vote (contrairement à l’urne transparente et au bulletin papier) suppose un triple lien de confiance de la part de l’électeur: confiance dans le programmeur du logiciel, auquel on n’accède pas, confiance dans le fabricant du dispositif, soucieux de préserver le secret professionnel, et confiance dans tous ceux et celles qui sont amenés à le programmer le jour du scrutin, dont on ne sait rien.

Petit historique du vote électronique mulhousien :

Le 14 juin 2004, Jean Marie Bockel déclarait tout ébaubi au journal L’Alsace : « Je vous annonce un scoop. J’ai pris la décision de généraliser le système (du vote électronique) dans tous les bureaux mulhousiens pour 2007 ».

Waouh ! La modernitude soufflait drue sur Mulhouse ! Un nouveau souffle dont le maire avait bien besoin, lui qui se sentait très à l’étroit à la droite de sa gauche. Aussi lorgnait-il du côté d’un Rastignac sur talon perché originaire de Neuilly, ministre de l’Intérieur de Chirac de son état, qui s’élevait tant et plus dans les sondages, et qui serait, un jour, si son ascension politique se confirmait, susceptible de lui confier un sous-ministère à la mesure de son arrivisme.

Sarkozy préconisait en effet déjà, depuis un arrêté pris en novembre 2003, le recours au vote électronique. Ce que Bockel crut bon d’anticiper en coiffant ostensiblement ce gyrophare naboléonien.     

A la suite de quoi, la directrice adjointe des services de la mairie, Mme Schakis, devait préciser, le 7 avril 2007, à un journaliste de L’Alsace : « Notre équipement en urnes et isoloirs était vétuste. Son remplacement aurait coûté 160 000 euros ; il a donc paru plus judicieux de consacrer un peu plus de 300 000 euros à l’achat d’un parc complet de machines à voter » (…)

Du coup, on a judicieusement dépensé 140 000 euros, en plus, pour s’offrir des boites noires démocratiques. Argument imparable, non ?

Pourtant, le 13 avril 2007, elle précisait « les 300 000 euros devraient être amortis en quelques élections ». Puis, le 17 avril : « On économise du papier » et du personnel. Elle devait toutefois confesser à Pierre France (à l’époque journaliste aux DNA) qu’en cas de résultats incohérents fournis par ce dispositif de vote électronique « on ne saurait pas quoi faire ». C’est ballot, parce que les citoyens non plus !

Errare (ou bug) humamum est… perseverare votum electronicum diabolicum !

Il faut se remémorer qu’à Mulhouse les citoyens ne sont guère consultés lorsqu’un maire élu sous une étiquette de gauche (Bockel) décide de passer la main à un successeur de droite (Rottner), en 2010, alors qu’il est nommé au gouvernement de Sarkozy, ou quand Rottner s’efface en 2017, au profit de l’une de ses adjointes (Lutz).

Et quand l’entre-soi satisfait des édiles mulhousiens devient un poil trop manifeste, les citoyens ont alors voix au chapitre… mais au travers de boites noires électorales ! Cela alors que l’un des pays pionniers en la matière, les Pays-Bas, dont sont originaires les machines mulhousiennes Nedap, ont définitivement renoncé à s’en servir depuis…le 16 mai 2008 !

Le rapport du 27 septembre 2007 rédigé par la commission parlementaire Korthals-Altes admet que les machines à voter sont insuffisamment contrôlables, « car ne fournissant pas de trace papier. Le système ne permet pas non plus de garantir le secret du vote, et les frais élevés de son développement ne sont pas justifiés en regard des maigres avantages que peut procurer un tel système. »

Les critères essentiels structurant la validité du vote

Si l’on se réfère au Code électoral, cinq critères doivent être respectés lors d’une élection tenue en bonne et due forme:

  • L’unicité du vote (un électeur/électrice, une voix)
  • La confidentialité (traduite par l’isoloir)
  • L’anonymat (le vote et l’émargement sont dissociés)
  • La transparence (la procédure est publique)
  • La sincérité (le vote est bien attribué au candidat choisi)

Ces 2 derniers critères, en particulier, ne peuvent en aucun cas être garantis avec le vote électronique.

La situation présente

En France, seuls 3 modèles de machines à voter sont agréés : la version “2.07” de la machine à voter de la société NEDAP-France élection, d’origine hollandaise, le modèle “iVotronic” de la société ES&S Datamatique, d’origine américaine, et le modèle “Point & Vote” de la société Indra Sistemas SA, d’origine espagnole.

Le secret industriel et l’impossible principe d’homologation réel des machines

En raison du secret industriel, les caractéristiques détaillées des machines de vote sont inconnues du grand public. On sait seulement qu’elles doivent répondre à 114 critères d’un cahier des charges créé par le ministère de l’Intérieur en 2003, sous la charge de Sarkozy.

Si le contenu du cahier des charge ne fait lui-même pas l’unanimité parmi nombre d’acteurs du milieu des libertés informatiques et des logiciels libres, il y a circonstance aggravante en raison du secret industriel exigé par les constructeurs de ces machines, ainsi que par souci, selon eux, de « garantir la sécurité » de leur fonctionnement…

Or, il apparait antinomique de supposer le secret industriel afin de garantir un principe de sécurité, dès lors qu’aucun tiers indépendant ne pourrait en certifier, sans violer ledit secret.  

Outre la suspicion qu’une telle attitude ne peut que provoquer ou renforcer auprès des citoyens, l’homologation des machines sur des bases de vérifiabilité intrinsèque du système hardware (matériel) et software (logiciel), parait dès lors improbable.  Rappelons, en outre, qu’il s’agit d’une homologation portant sur les modèles de machines et NON de chacune d’entre elles.

Or les fabricants imposent au pouvoir politique la décision en matière d’homologation, et ne l’autorise pas auprès de tiers neutres. Le pouvoir politique serait-il omniscient au point de disposer de larges compétences en matière informatique et en programmation ?

Certes pas. D’où le fait qu’il s’en remette à des bureaux certificateurs (Véritas, Apave…). Mais ceux-ci ne jugent que quelques éléments de fonctionnement superficiels, sans considérer la technologie elle-même, et enfin, les rapports de certification sont réputés secrets, et remis à la seule autorité ministérielle, pour confirmation.

En bref, les autorités politiques jugent de la mise à disposition auprès des citoyens d’un outil de délibération démocratique, supposément inerte et transparent, en parfait aveugle.   

Par ailleurs, quand une fuite de l’un de ces rapports apparait dans la presse, les citoyens et citoyennes ne peuvent que voir leurs doutes se renforcer, dès lors que le cahier des charges remis par l’autorité politique au fabricant, est « arrangé » par le bureau certificateur, comme on le constate dans cette fuite de document, où le bureau de certification Véritas considère que l’absence d’horloge dans la machine Nedap n’entrave pas son homologation, alors qu’il s’agirait d’horodater précisément chaque vote enregistré, comme en dispose le Code électoral…  

Post-modernisme naze tech

Face à la posture sceptique du légaliste soucieux de récuser toute forme de critique à l’égard du modernisme électoral, tel qu’il ne va nulle part, il faudra opposer quelque argument substantiel.

Ce spécimen de sceptique bienheureux épousera tant et si bien le douillet confort des certitudes micropucées, que le réveil démocratique lui sera particulièrement difficile. Sa repentance éventuelle, en tant que personnalité soucieuse de proposer sa candidature au suffrage universel sera encore moins recevable auprès du citoyen soucieux d’intégrité et de transparence des scrutins démocratiques.   

Aussi, est-il de salubrité publique que de le placer en face de ses errements, avant qu’ils ne contribuent à la formation de délits caractérisés et répétés contre l’expression de ce suffrage.

Il s’agit donc ici de battre le fer de l’inculture informatique tant qu’il est encore possible de repérer et dénoncer un bug démocratique considérable.

Nous nous y attelons présentement, en pourfendant quelques croyances, solidement programmées par ceux qui ont intérêt à les transcrire dans le cerveau égaré des décideurs, mais qui n’ont font pas un commencement de vérité pour autant.

depuis Mulhouse et Riedisheim

A Mulhouse, Jean-Marie Bockel s’est toujours persuadé d’être de l’avant-garde des arrières gardes : démocrate-chrétien, socialiste par le bord droit, blairiste par le sud-est, centriste sans mitre, il s’est également voulu ambassadeur post-moderne des isoloirs mulhousiens (peut-être à l’égal de son comparse André Santini, à Issy-les-moulineaux) : c’est à dire sans rien comprendre à ce qu’est un processeur, une puce mémoire et une ligne de code… et la manière dont ces éléments peuvent dévitaliser un principe démocratique.  

Mais ne le blâmons pas plus que d’autres. A Riedisheim, commune voisine de 12 000 habitants, on pratique également la mise en boite noire électorale, depuis l’année 2007. Et on en est fier.

Le site internet de la mairie présente d’ailleurs le dispositif comme une « simple calculatrice ». Argument classique des thuriféraires asservis au Deus ex-machina. Et nous sommes les victimes largement consentantes de cette imposture, qui acceptons d’y souscrire.

On verra dans notre « croyance n°3 » combien la présentation municipale du vote électronique est sujette à caution.  

Commençons donc à nous défaire au plus vite de nos croyances mal implantées dans nos inconscients d’électeurs machinaux :

Croyance n°1 :

L’intégrité de la machine est contrôlable avant tout scrutin

Une procédure de vérification de l’intégrité fonctionnelle, et notamment de son logiciel intégré, appelée « checksum », ou « somme de vérification », a lieu, en amont du scrutin.

Ainsi, chaque matin d’élection, les assesseurs doivent demander à l’ordinateur d’imprimer un « checksum », afin de vérifier que celui-ci est bien identique à ce qu’il devrait être dans le manuel du fabricant. Cette procédure est décrite comme sûre par l’agence nationale de métrologie d’Allemagne (PTB), située à Brunswick.

Deux checksums sont calculés, dont chacun concerne la moitié de la mémoire. La valeur complète est donc indiquée dans le manuel d’utilisation de l’ordinateur.

En conséquence, si l’un des 0 ou 1 (constituant le programme en langage binaire) était modifié, le « checksum » devra changer de valeur, et l’on s’apercevrait donc de ce que l’intégrité de la machine a été altérée.

Le premier problème est lié à la technologie employée. Le « checksum » a pour fonction de détecter des modifications accidentelles : par exemple si l’un des 0 ou 1 s’est modifié à cause d’une défaillance physique de la puce électronique qui le stocke. Ou dès lors que l’on s’apprête à télécharger un logiciel sur son ordinateur, de vérifier qu’il a bien conservé son contenu lors du transfert.

En revanche, cela ne protège pas des modifications intentionnelles, qui peuvent être contenues par la technique du « hash cryptographique » (même si la sûreté des algorithmes d’encryptage ne pourra jamais être assurée à 100%).

A ceci près que le « checksum » est la seule technologie de vigueur pour ces machines, dont les premiers modèles remontent à 1969, et le dernier… à 1992 !

En conséquence de quoi, 3 scénarios semblent envisageables : dans le premier, la machine n’a pas subi d’altération, auquel cas la vérification du « checksum » provoquera un calcul de la machine conforme aux spécifications attendues par l’assesseur dans son manuel.

Dans le scénario n°2, la machine a bien été altérée, d’une manière ou d’une autre, par un tiers. Auquel cas, l’intrus a peut-être été assez idiot pour ne pas agir sur le calculateur « checksum », ce qui provoquera une distorsion entre le calcul réalisé par la machine et le résultat attendu par l’assesseur, révélant ainsi l’intrusion malveillante aux yeux de tous.    

Ou enfin, scénario n°3, bien plus probable, le manipulateur s’est empressé de neutraliser le calculateur « checksum », de sorte à lui faire répondre exactement ce que l’on attend de lui : à savoir le résultat du manuel, sachant qu’il est inopérant en réalité.

Moralité : le certificat de conformité délivré par un bureau de certification ne contrôle qu’un modèle et non l’ensemble des machines, et surtout le système de vérification « checksum » ne vérifie rien dans le cas où son calcul est rendu factice.

Croyance n°2 :

Le vote électronique pose moins de problèmes dans les bureaux de vote

Là aussi, les constatations sont accablantes : une étude très bien documentée, réalisée en mai 2018, par la chercheuse en informatique Chantal Enguehard, maître de conférence au Laboratoire Informatique de Nantes Atlantique (LINA) et experte du vote électronique, pour le compte de « L’observatoire du vote », montre, à l’occasion des élections présidentielles et législatives de 2017 en France, que : « En moyenne, il y a 4 à 5,5 fois plus d’écarts entre nombres de votes et d’émargements lorsqu’un ordinateur de vote est utilisé ».

Avec des amplitudes hallucinantes, une ville comme Issy-les-Moulineaux, cumule à elle seule tous les cas de figure possibles susceptibles d’expliquer le décalage entre nombre de votes et liste d’émargement.  

Elle est ainsi concernée par l’hypothèse où des électeurs ont voté plusieurs fois, ou n’ont pas signé la liste d’émargements, ou ont signé plusieurs fois la liste d’émargements, ou le vote n’a pas été enregistré : des électeurs ne sont pas parvenus à voter ou l’ordinateur de vote n’a pas enregistré des votes ou des membres du bureau de vote ont fait une erreur de manipulation, ou enregistrent 3 mentions « UnderVotes » (sous-votes) pour certains électeurs non comptabilisés, sans cause aucune, et sans que le Code électoral ne puisse caractériser en droit français un « sous-vote ». Enfin, l’absence de cause particulière à incident est encore plus fournie.

La plupart des incidents ou distorsions constatées n’ont en effet aucune explication intelligible. On verra plus bas que la technologie employée, et/ou à la sociologie-type des villes en question, en sont des facteurs aggravants.

Croyance n°3 :

Les machines à voter ne sont pas des ordinateurs mais tout au plus des calculatrices ou des « automates programmables ».

Comme à Riedisheim, les thuriféraires des machines à voter commenceront sans doute par vous dire que vous n’avez pas affaire à un ordinateur, mais à un « automate programmable » ou une « simple calculatrice ».

Pourtant, un simple coup d’œil sur les entrailles des machines suffit à rejeter immédiatement une telle assertion : car l’ordinateur de vote est bel et bien un ordinateur. Factuellement et technologiquement. La preuve est logée en son cœur : les plus récentes de ces machines disposent de microprocesseurs de type « Intel I386 », ceux-là mêmes qui équipaient tous nos ordinateurs PC jusqu’à l’année 1994, et dont la production a cessé définitivement en 2007.

Mais les machines les plus répandues sont les modèles du fabricant Nedap, utilisées dans 80% des municipalités ayant fait le choix du vote électronique, dont celles de Mulhouse et Riedisheim, pour le Haut-Rhin. Celles-ci sont dotées d’un microprocesseur de type Motorola 68000, celui que l’on retrouvait dans les ordinateurs familiaux qui se multiplièrent tout au long des années 80-90, de type Apple II, puis Macintosh, Atari ST, Amstrad, Commodore Amiga, Sinclair, etc.  Au reste, le magazine « Science & Vie » du mois de février 2007 décrivait la machine Nedap comme une « architecture électronique issue des ordinateurs des années 80 ». CQFD !

Croyance n°4

Les machines sont vérifiées et agréées par un certificateur

Le distributeur des machines Nedap, utilisées à Mulhouse et dans la quasi-totalité des 66 villes encore équipées, le certifie : nos machines sont contrôlées par « Bureau Veritas ». Un certificat est d’ailleurs délivré par le certificateur pour en attester, c’est dire !

A ceci près que seul un ordinateur (ou quelques machines seulement), sont examinés par l’organisme d’inspection. L’agrément est donc accordé sur le principe d’un modèle d’ordinateur de vote particulier, et non pour chaque exemplaire fabriqué et installé dans un bureau de vote.

Par ailleurs, un article de Jean-Marc Manach dans « Le Monde » du 27 avril 2007 rappelait que : « Les machines à voter ne respectent pas toutes le cahier des charges ». Tandis que l’agrément de la machine Nedap était publié 9 jours seulement avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2007, l’exigence n°6 du règlement technique ne pouvait être satisfaite. Elle stipule que « les membres du bureau doivent pouvoir régler l’horloge interne de la machine à voter ».

Le bureau Véritas, certificateur de la machine, écrit qu’ « il n’existe pas de possibilité de mettre à l’heure l’horloge interne. Celle-ci est automatiquement mise à 00:00:00 lors du démarrage de la machine ». Donc la machine Nedap est-elle conforme ? « Oui, mais il s’agit d’une heure relative uniquement ».

Le document fuité qui le prouve est disponible ici.

Le temps étant relatif, le libre suffrage l’est-il également ? Quoi qu’il en soit, une première exception à la règle électronique surgit alors, afin de sauver la conformité de la machine au regard du Code électoral, et elle n’est pas insignifiante : l’heure du vote devra être mentionné par le scrutateur, pour chaque électeur…avec son stylo, sur le bordereau ad-hoc !

Croyance n°5:

Les machines ne sont pas connectées à internet…

Bien sûr, la machine Nedap n’est pas une merveille de technologie susceptible de vous permettre de surfer à haute vitesse sur le net. Un simple smartphone serait 1000 fois plus puissant en comparaison.  

Cela dit, les ordinateurs Nedap disposent d’un port série, qui pourrait, moyennant adaptation électronique, être relié à bas débit sur internet pour envoyer ou recevoir des données. Mais avouons que cela n’est pas le plus probable, s’agissant de ce modèle d’ordinateur de vote.

En revanche, s’agissant du modèle Ivotronic, utilisé notamment à Issy-les-moulineaux, et d’usage très courant aux Etats-Unis, l’on a affaire à une toute autre configuration matérielle. Fabriquée aux Philippines (nous vous invitons à voir la séquence hilarante dans la vidéo de l’émission de John Oliver disponible au bas de l’article), il s’agit d’un ordinateur à tous point de vue.

Au demeurant, les machines à voter i-Votronic avaient été discrètement remplacées le 18 avril 2007, à sept jours du premier tour de la présidentielle, parce que leur nouveau modèle avait fait l’objet d’un « refus d’agrément » de la part du ministère de l’intérieur.

Quant à la machine espagnole « Point&Vote », elle est équipée d’un écran tactile, du système d’exploitation Microsoft Windows, et d’un logiciel de vote stocké sur un disque dur. Elle est pourvue de plusieurs interfaces de connexion, dont 1 port parallèle, 2 ports série, un port clavier port PS/2, un port souris PS/2, une prise de téléphonie RJ11, une prise réseau ethernet RJ45.

Autrement dit, il s’agit d’un ordinateur en bonne et due forme, parfaitement connectable à internet grâce à son système d’exploitation, son port téléphonique et sa prise réseau haute vitesse !  A priori, elle ne serait plus utilisée en France, mais cela ne peut être certifié.

Consultez cette page pour le détail.

Croyance n°6 :

La machine est matériellement inviolable

Le rapport d’informaticiens ayant eu accès à une machine Nedap en Hollande, en 2006, montre que la machine est protégée par une simple clé mécanique, en raison d’exigences posées par la loi néerlandaise, qui exige que ces clefs soient gardées sous enveloppe scellée durant le vote. La clef utilisée sur l’ensemble des machines porte le numéro A126 (référence 115140126), de la série « C&K YL Series 4 Tumbler Camlock », pour les 8 000 machines de la série ES3B. La clef pour accéder à l’unité de lecture porte le numéro A154. De telles clefs peuvent être commandées pour la somme d’un euro environ. Les informaticiens précisent l’avoir fait pendant le mois où ils ont étudié l’ensemble de la machine.

Pour la société Nedap: « si les scellés sont en place, les membres du bureau de vote peuvent contrôler le checksum de la machine à voter. Le checksum est un identifiant visuel du micro-logiciel qui sert à faire fonctionner la machine à voter. Cette procédure, qualifiée de duperie par certains qui s’attachent à semer le trouble par manque de connaissance des procédures électorales, permet de contrôler que c’est bien une machine agréée qui est en place dans le bureau de vote. C’est la combinaison des scellés numérotés et du checksum qui font que l’on peut garantir l’intégrité de nos machines à voter. Une fois ces contrôles visuels simples et compréhensibles de tous effectués, les membres du bureau de vote peuvent assurer les électeurs de la bonne prise en compte de leurs votes. »

Outre les scellés qui ne sont pas utilisables en configuration de vote, et qui peuvent très bien être remplacés à l’identique, on a déjà vu plus haut que le raisonnement de Nedap se heurte au fait que c’est la machine elle-même qui calcule son code de contrôle (checksum). Une machine fraudée fournirait donc évidemment le code de contrôle de la machine agréée afin de rester indétectable. Ainsi le checksum n’apporte de garantie qu’aux modifications involontaires de logiciel et aucunement contre la fraude.

Par ailleurs, l’utilisation d’un code de contrôle permet simplement de vérifier que le logiciel installé sur la machine est bien identique au logiciel original qui a reçu l’homologation ; si c’est cette procédure d’homologation qui est insuffisante, alors l’utilisation du logiciel original n’exclut pas des comportements incorrects de la machine à voter (liés à des erreurs de programmation, ou à des fraudes lors de la conception).

Croyance n°7 :

Il est impossible de pirater (aisément) l’une de ces machines

Disons qu’il serait impossible de procéder en moins de 20 minutes, selon le distributeur de Nedap, la société « France élection » : « Contrairement aux colporteurs de fausses informations qui prétendent qu’il suffit de deux minutes pour effectuer cette opération, sachez qu’un technicien chevronné de chez Nedap qui effectue cette opération lors d’une mise à jour technique (pour une amélioration des fonctionnalités ou pour des modifications réglementaires) met environ 20 minutes. Ceux qui voudraient faire croire que c’est quelque chose de facile qui se fait sur un coin de table sont malhonnêtes »

Nous vous laissons juges de vérifier, in situ, le niveau d’honnêteté de cette affirmation, en visionnant la vidéo ci-dessous. Elle illustre assez clairement comment 2 personnes réussissent le miracle de modifier deux composants, (un PROM et un EPROM) qui stockent les informations d’une machine Nedap, comparable à celles de Mulhouse ou Riedisheim… en 60 secondes !

Par ailleurs, le même rapport d’informaticiens explique de manière pratique comment installer son propre logiciel sur une telle machine, ainsi qu’un logiciel « mentant » sur les résultats. Ce logiciel a été baptisé « Nedap PowerFraud ».

Le logiciel Nedap PowerFraud prenait en compte plusieurs contraintes de sorte à passer inaperçu :

  • La phase de test de la machine ne doit pas révéler la présence du logiciel menteur
  • Les résultats déjà écrits ne peuvent plus être modifiés
  • Le système doit résister à une coupure de courant

Le détail des modalités techniques de la fraude est explicité ici (document en anglais).

Croyance n°8 :

La machine n’est pas piratable à distance

Le rapport explique d’une manière tout aussi pratique l’hypothèse d’une attaque qui permettrait à un observateur distant de savoir ce qui est voté sur une Nedap ES3B non modifiée, en exploitant les ondes radio compromettantes du périphérique.

Beaucoup de systèmes électroniques émettent des ondes radio, même lorsque cela ne fait pas partie de leur fonctionnalité. Dans le cas des ordinateurs, de telles transmissions livrent souvent des informations sur ce que l’ordinateur est en train de faire. Les services militaires, ainsi que les services de renseignement le savent depuis des années et exploitent de manière très active. Un analyseur de spectre AVCOM PSA 65A ainsi que du matériel tel que diverses antennes ont été utilisées à ces fins par les expérimentateurs.

Les questions en suspens :

Des incidents multiplies à Riedisheim, et surtout à Issy-les-Moulineaux

On a vu plus haut que les écarts entre votes et émargements sont 5 fois plus nombreux dans les bureaux de vote équipés d’une machine de vote. Le rapport rédigé par la chercheuse Chantal Enguehard en 2017, montre que la commune de Riedisheim connait quelques anomalies de vote, notamment liées à la structure d’âge des habitants, proche de la retraite ou retraitée, et qui ont du mal à se conformer au protocole électronique.

Tandis qu’Issy-les-Moulineaux, par exemple, cumule un nombre considérable d’anomalies dans ses bureaux de vote, en utilisant une machine Ivotronic, d’un usage complexe et ayant déjà été l’objet de multiples plaintes aux Etats-Unis.

Compte tenu l’amplitude de ces erreurs, enregistrée dans les bureaux de vote électronique, que compte faire le gouvernement, afin d’assurer la bonne régularité et déroulement des scrutins à venir ?

Qu’en pense la CNIL ?

La CNIL n’a pas pris position sur l’ordinateur de vote, car, en l’absence de « manipulation de données à caractère personnel », cela ne fait pas partie de sa mission. C’est fort dommageable pour l’intérêt public !

En 2003, elle a toutefois recommandé la mise en place d’un cadre pour tout vote électronique, et recommandé une « évaluation globale des dispositifs de vote électronique ». Le cadre de 2003 recommande que « le code source des logiciels utilisés par le système de vote électronique devrait être accessible sans restriction ». Ce n’est certainement pas le cas à ce jour.

Et le paramétrage ?

Les machines nécessitent un paramétrage, notamment pour enregistrer les différents candidats. Ainsi, il ne peut y avoir de scellés avant et après la période électorale.

Et le stockage des machines ?

Comment et par qui est certifiée l’intégrité des locaux de stockage de ces machines, des matériels et des personnes qui interviennent entre deux scrutins ? Mystère et boule de bug.

Il suffit de voir la vidéo de John Oliver (ci-dessous), pour s’apercevoir que même aux Etats-Unis on se moque des électeurs, et plus encore de l’intégrité des scrutins, en laissant les machines accessibles à tous les pirates éventuels, comme s’en amuse un universitaire dans la vidéo, en se faisant photographier près des machines non encore installées, avant un scrutin !

Bilan très provisoire

Notre confrère Nextimpact avait consacré un premier article (en 2017) dans lequel il apparaissait que le Ministère de l’Intérieur s’apprêtait à interdire les machines à voter. Une frêle intention jamais suivie d’effets. Puis les atermoiements reprennent le dessus en 2019, comme l’indique un article du même confrère, le 27 novembre 2019. Une question posée par un député LREM au gouvernement, au cours d’une session de l’assemblée, le 26 novembre 2019, lui vaudra une réponse pleine d’embarras et de couardise.

Vous trouverez ici la transcription de la question au gouvernement relative au moratoire sur les machines à voter, lors de la séance du 26 novembre 2019.

Demander aux citoyens de faire une confiance aveugle à une machine, pour recueillir nos suffrages relève d’une irresponsabilité notoire, alors que nous ne le faisons ni au supermarché ni à la banque.

Nous avons sollicité tous les candidats/candidates déclarés à l’élection municipale de Mulhouse en 2020, sans obtenir de réponse sur le sujet, pour le moment.

Nous y reviendrons quoi qu’il en soit avant les élections, soyez-en assurés.

Quelques sites de référence à consulter:

Règlementation du vote électronique en France

Observatoire-du-vote.org

Ordinateurs-de-vote.org

Pour une éthique du vote automatisé (Belgique)

Manuel de hacking pour la machine Nedap

Vidéothèque

Ci-dessous une conférence sur le principe du vote électronique.

Ci-dessous un extrait de l’excellente émission du journaliste et humoriste John Oliver, “Last week tonight”, consacrée aux machines à voter aux Etats-Unis. La séquence est édifiante. Sous couvert de loufoqueries, elle relève d’une parfaite rigueur journalistique, marque de fabrique de l’émission. Elle fut diffusée en novembre 2019 sur HBO et OCS en France. Une version sous-titrée en français est disponible au bas de la vidéo.

Vous pouvez télécharger ici une version sous-titrée en français de l’extrait vidéo (si une fenêtre d’abonnement apparait, fermez-là, puis cliquez sur “accéder au téléchargement” au bas de la page)

La chaine ITélé (d’avant Bolloré), s’était intéressée au piratage des machines Nedap. Là encore, les images sont édifiantes…

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