Tout comme dans les pays anglo-saxons, où les pro­prié­taires de pavillons scrutent d’un œil torve la qua­li­té de la tonte her­beuse chez le voi­sin, les habi­tants du Bade-Wur­tem­berg ont pareille­ment ces­sé de négli­ger la qua­li­té de l’or­ne­men­ta­tion du jar­din pri­va­tif entou­rant leur gen­til­hom­mière, au nom du res­pect de l’environnement. 

En effet, les auto­ri­tés ont déci­dé d’y jouer les arbitres des élé­gances éco­lo­giques, en bou­tant hors du pay­sage les pro­prié­tés qui arbo­re­raient un par­terre de gra­vier ou de gra­nu­lats. Un choix pay­sa­ger très ten­dance en Alle­magne, tout comme il l’est en Alsace.

Le gou­ver­ne­ment du Land fron­ta­lier, pilo­té par une coa­li­tion entre verts et démo­crates-chré­tiens, a pré­sen­té jeu­di un pro­jet de loi en ce sens au par­le­ment de Stuttgart.

Celle-ci pré­voit notam­ment que les jar­dins de gra­vier doivent être évi­tés, dans l’in­té­rêt de la pro­tec­tion des espèces et de la biodiversité.

Cer­tains pro­prié­taires de jar­dins devront alors recons­truire leur sur­face de ter­rain exclu­si­ve­ment voué à l’agrément anthro­pique.

Les verts consi­dèrent en effet que ces « jar­dins de l’hor­reur » n’ont aucune valeur éco­lo­gique. Parce qu’on n’y trouve pas de nour­ri­ture pour les insectes ou autres petits animaux.

Par ailleurs, l’ex­trac­tion et le trans­port des gra­nu­lats (allu­vion­naires notam­ment) est source d’im­pacts envi­ron­ne­men­taux négatifs.

Une situa­tion d’autant plus para­doxale que beau­coup d’habitants ne savent visi­ble­ment pas que ce type de jar­dins y est… inter­dit depuis 25 ans !

Le minis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment du Bade-Wur­tem­berg confirme l’information, mais fait remar­quer qu’ils ont été tolé­rés parce que ceux-ci ont été à la mode et parce qu’ils étaient consi­dé­rés comme faciles à entretenir.

Une mise au clair façon jus de boudin 

La modi­fi­ca­tion de la loi à venir vise à cla­ri­fier les choses.

Un porte-parole du Minis­tère de l’environnement du land déclare donc que les jar­dins de gra­vier exis­tants devraient être sup­pri­més ou réaménagés.

Pour ce faire l’administration compte « avant tout sur la coopé­ra­tion, la pers­pi­ca­ci­té des pro­prié­taires et la force de per­sua­sion de l’ad­mi­nis­tra­tion locale »

Le par­le­ment du Land devrait adop­ter la loi avant les vacances par­le­men­taires d’é­té. Mais la date exacte du vote n’est pas encore connue. Les par­le­men­taires étant eux-même en plein réaménagement. 

Dès lors, les pro­prié­taires des lotis­se­ments concer­nés doivent en prin­cipe reti­rer le gra­vier à leurs frais. A défaut de s’exposer à des contrôles et des procès-verbaux.

Comble du para­doxe à la ger­ma­nique : une excep­tion d’antériorité est tou­te­fois admise pour les fans de la pre­mière heure de ce genre d’ornementation caillou­teuse, qui ont été vision­naires en équi­pant le jar­din de leur pavillon avant le milieu des années 90, soit avant que n’existe la régle­men­ta­tion qui l’interdise !

En revanche, nos amis éco­lo­gistes sont encore aux abon­nés absents s’a­gis­sant de moyens de lut­ter acti­ve­ment contre les nom­breuses émis­sions de pol­luants liés à l’ac­ti­vi­té des géants de l’in­dus­trie auto­mo­bile (Mer­cedes, Porsche, Audi, Bosch) et à leur modèle de tout-die­sel, aux consé­quences des intrants et éner­gies fos­siles miton­nés par la pétro­chi­mie locale, à la pré­sence de deux cen­trales nucléaires en acti­vi­té (Phi­lipps­burg et Neckar­wes­theim), sans comp­ter les cen­trales ther­miques (à char­bon !), de Heil­bronn ou d’Alt­bach, et ce fai­sant la pol­lu­tion de l’air dans toutes les grandes villes du Land (dont sur­tout Stutt­gart, sa capitale)… 

A les en croire, il n’y aurait donc rien de plus urgent que de s’at­ta­quer aux lam­pistes pavillon­naires. Pour­tant, ce n’est certes pas le retrait prio­ri­taire de quelques cailloux d’or­ne­ment qui nous mène­ra sur le che­min glo­rieux de la socié­té décar­bo­née, res­pec­tueuse de l’écosystème…

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