1er mai : une unité syndicale bien mal en point… – L'Alterpresse68

1er mai : une unité syndicale bien mal en point…

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A Mulhouse, le 1er mai a permis à la CGT, Solidaire et la FSU d’appeler ensemble à la manifestation à 10 h 30, place de la Bourse. En France, plus de 200 manifestations sont attendues à l’appel de la CGT, Solidaires, FSU et UNSA, la plupart du temps. Par contre FO fera cavalier seul, selon les départements ou régions. La CFDT quant à elle n’appelle pas à manifester, mais organise son Working Time Festival (WTF) (en anglais dans le texte) qui veut réunir 5 000 jeunes de moins de 35 ans, dont 3 000 qui ne soient pas (encore) adhérents de la CFDT pour « montre une autre image du syndicalisme et faire découvrir l’action de la CFDT aux jeunes ». Une opération marketing en somme.

Une fois de plus, le syndicalisme français fait preuve d’une incapacité à se rassembler, à faire un front uni en une période qui nécessiterait pourtant le rassemblement de tous les syndicats.

SOLIDARITE INTERNATIONALE A L’APPEL DE LA CES ET DE LA CSI

La journée de solidarité internationale des travailleurs du 1er mai aura cette année une résonance particulière en Europe. A l’appel de la Confédération européenne des syndicats (CES), partout sur le continent, les travailleurs iront manifester pour faire face aux politiques d’austérités et leurs dégâts sociaux et économiques. Grèce, Espagne, Portugal, Irlande…  Comme le rappelle le syndicat européen, « chaque jour la résistance est plus forte et l’exigence des peuples européens pour qu’une politique au service du progrès social s’affirme. C’est une Europe unie qui sera dans la rue. Marchons ensemble, le 1er Mai pour porter la solidarité internationale et l’exigence d’un futur meilleur pour les générations à venir. »

La Confédération syndicale Internationale (CSI) quant à elle, lance un appel mondial : « En ce 1 er mai 2015, c’est l’avidité des entreprises qui est sur la sellette, tandis que les travailleurs du monde entier dénoncent le modèle d’entreprise actuel comme étant moralement corrompu. Nous demandons aux dirigeants politiques du monde entier d’appliquer et de veiller au plein respect de l’État de droit. Si chaque nation tenait ses entreprises responsables de leur conduite au niveau national comme à l’étranger, nous pourrions mettre fin à l’avidité des entreprises et faire en sorte que l’économie mondiale agisse dans l’intérêt de la majorité plutôt que des 1 % les plus riches.

Il faut croire que les syndicats français n’ont pas la même lecture d’un appel des organisations auxquelles ils adhérent pourtant tous, du moins ceux qui sont reconnus « représentatifs ».

LES DIVISIONS PROFONDES ET MULTIPLES

Le 9 avril dernier, les syndicats CGT, FO et Solidaires avaient pourtant fait une démonstration assez convaincante de leur capacité de mobiliser. On peut penser que la participation à ces manifestations auraient été bien supérieure si tous les syndicats s’étaient mis d’accord sur les formes et les objectifs d’une mobilisation à l’échelon national. On sait que les salariés français déplorent cette division et qu’elle est une des causes premières expliquant le faible taux de syndicalisation en France.

Et pourtant, la situation internationale et les nécessaires solidarités à ce niveau, ne sont pas les seules raisons qui devraient justifier un front uni des syndicats français.

Même les syndicats comme la CFDT qui pariaient sur la réussite pour le moins partielle, du pacte de responsabilité doivent reconnaître que cela fut un marché de dupe : le chômage ne cesse d’augmenter malgré les cadeaux fiscaux aux entreprises qui devaient amener le patronat à embaucher. Cette politique, directement inspirée par les dogmes libéraux défendus par l’Union européenne, est un désastre social et un échec économique : on ne peut mesurer la réussite désastre social et un échec économique : on ne peut mesurer la réussite d’un pays ou d’une politique aux seuls résultats de la Bourse ! C’est pourtant le seul indicateur utilisé par les gouvernements pour justifier leur action.

L’ENJEU DE LA LOI SUR LE DIALOGUE SOCIAL

Les négociations syndicats – patronat sur « Dialogue social » n’ont pas abouti essentiellement en raison d’exigences patronales inacceptables pour tous les syndicats : preuve que l’unité peut se faire « contre » un projet. A présent, le gouvernement reprend la main, et il serait pertinent que les syndicats puissent s’unir « pour » définir un projet commun sur cette importante question.

Las, quand la CFDT trouve que le projet de loi « reprend des éléments intéressants », la CGT rappelle qu’il « ne saurait être question d’inscrire dans la loi ce que le patronat n’a pas obtenu dans la négociation » tout en indiquant qu’elle « saura reconnaître les points positifs de ce projet de loi : l’émergence d’une représentation collective des salariés des TPE, la reconnaissance amorcée des parcours militants dans l’entreprise.»

Pourront-ils combattre ensemble les points négatifs, notamment la fragilisation des instances représentatives du personnel (DP, CE, CHSCT), la possibilité d’organiser la fusion des instances par accord d’entreprise majoritaire dans les entreprises de plus de 300 salariés qui répond à une revendication forte du MEDEF ?

Car si le projet de loi est « moins pire » que ce qu’on pouvait craindre, l’occasion de refonder un nouveau contrat social n’est pas à l’ordre du jour. Le projet de loi actuel reste dans la même logique que ces précédents : affaiblir la négociation collective de branche et dans l’entreprise pour favoriser l’accord individuel beaucoup moins protecteur pour le salarié.

Le Medef protestera pour la forme à propos de certains points, mais il n’est pas mécontent de voir une loi fragiliser un peu plus le code du travail et les conventions collectives. On peu penser que l’image désunie des syndicats en ce 1er mai 2015 le confortera encore un peu plus dans ses exigences à l’égard d’un gouvernement décidément bien complaisant à son égard.

Michel Muller

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