Le syndicat européen veut combattre l’austérité – L'Alterpresse68

Le syndicat européen veut combattre l’austérité

Vendredi 2 octobre, la Confédération européenne des Syndicats a clos son congrès qu’elle a tenu à Paris durant quatre jours. Avec ce 13e congrès, le premier en France, le syndicat européen qui fête ses 70 ans cette année, essaie de se positionner dans une dimension plus revendicative et plus offensive que par le passé.

Car, sur le papier, la CES est une réelle puissance : près de 60 millions de membres, regroupés dans 90 organisations syndicales nationales issues de 39 pays (1); elle compte, en outre, 10 fédérations de branche.

Les 500 congressistes ont élu une direction profondément renouvelée, rajeunie, avec un nouveau secrétaire général issu du syndicat UIL italien Luca Visentini, 46 ans. Notons que parmi les 7 membres du secrétariat, figure un Mulhousien, Thibaut Weber (CFDT). Les textes adoptés, programme d’action, Manifeste de Paris, motions diverses, essaient de répondre aux difficultés que rencontre le monde du travail dans la totalité des pays européens en prônant un syndicalisme moins institutionnalisé et plus proche du terrain des luttes sociales.

les trois

Juncker, Schulz, Hollande : tous présents !

La Confédération européenne des syndicats souffre de paraître comme une des institutions européennes, au même titre que la Commission. Ainsi, elle a, jusqu’à très récemment, accompagné toutes les étapes de la construction européenne sans faire preuve d’un esprit critique très poussé. Elle adhère à l’ « économie sociale de marché » qui est le « credo » de l’Union européenne alors que le « social » est le grand absent de la construction européenne. La secrétaire générale sortante, Bernadette Segol qui vient de prendre sa retraite, a commencé à dénoncer cette absence et à émettre des doutes sérieux sur la politique de la Commission. Avec difficulté, car la CES fonctionne en grande partie grâce à des subsides de la Commission et les orientations parfois profondément différentes de ses membres rend la recherche du consensus difficile. Surtout si on ne tient pas, comme l’a fait Bernardette Segol, à chercher l’unité à partir du plus petit dénominateur commun.

La séance inaugurale dans la belle salle de la Mutualité, haut lieu historique du mouvement ouvrier français, a permis à trois éminents dirigeants de l’Union européenne à prendre la parole. Inutile de vous dire que la stupéfaction m’a souvent gagnée à l’écoute des discours.

Accueillis au nom des syndicats français par Jean-Claude Mailly (« Il faut renouer avec l’objectif du progrès social et remettre le social au cœur du projet européen ») et par Anne Hidalgo, la maire de Paris (« L’Europe est menacée par le « TINA » – there is no alternative de Mme Thatcher  – il faut se réveiller sinon nous allons assister à un cauchemar »), les trois « présidents » se sont lâchés.

M. Juncker : « Nous allons créer un socle de droits sociaux minimaux »

Le Président de la Commission européenne, M. Jean-Claude Juncker (2) a reconnu que « l’état de notre Union européenne n’est pas bon ». Il estime qu’il préside « la commission de la dernière chance parce que nous observons avec inquiétude, mais aussi avec tristesse, que le fossé entre les peuples d’Europe, leurs opinions publiques et l’action politique, très souvent incompréhensible, que nous menons en Europe, ne cesse de grandir ». « Réformer, rénover, cela n’est pas une invitation à nous vautrer dans je ne sais quel délice du néolibéralisme » a-t-il rajouté. Il fait part de sa volonté de lancer le plan d’investissement dit « Juncker » qui prévoit d’injecter 315 milliards d’euros dans l’économie. Mais, précise M. Juncker, « il faut compléter la dimension sociale de l’Europe qui est tristement et pauvrement meublée. (…) Nous proposons un socle de droits sociaux minimaux (au niveau européen, ndlr) un cordon sanitaire qui entourera, pour mieux le protéger, le marché du travail. Un socle de droits sociaux minimaux ne sera pas un socle minimal mais ce sera un socle qui déterminera les plafonds sociaux qu’on ne peut pas corriger vers le bas… »

Et pour bien préciser son idée, il poursuit : « Il n’est pas normal que les contrats de travail que nous appelions atypiques – travail intérimaire, contrats à durée déterminée «  sont en train de devenir aujourd’hui les contrats de travail typique ».

Comme l’avait fait auparavant Mme Anne Hidalgo, le président de la Commission n’évite pas le thème des réfugiés : « C’est une ardente obligation de l’Europe d’accueillir les réfugiés ».

Sur certains aspects du discours de M. Juncker, on était tenté de lui rappeler qu’il est aux manettes, qu’il peut décider d’initiatives qui seraient plus en conformité avec son discours que la politique réelle menée par la Commission actuellement. D’ailleurs, Bernardette Ségol a rappelé qu’une annonce de 315 milliards d’euros était louable mais que pour l’heure ils n’existent que sur le papier

M. Schulz : sus aux « papes » de la déréglementation néolibérale !

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, dresse un bilan désastreux mais réel (3): « Des chiffres effroyables : cinq millions de jeunes sans emploi en Europe, vingt-trois millions de personnes au chômage dans les vingt-huit Etats, une personne sur cinq vit sous le seuil de la pauvreté ou dans la précarité ». Il estime que tout cela constitue « un baril de poudre aux pieds de notre démocratie » et dénonce « les papes de la dérèglementation néolibérale (…) qui proclament que c’est le modèle social européen qui est le grand responsables de ces problèmes ».

Il accorde une grande importance à la révolution numérique, estimant que la numérisation porte en elles des chances mais également de grands risques entre autres  « la précarisation des conditions de travail, de la protection sociale ou des droits à la retraite ».

Il appelle les syndicats à réagir et, dit-il, « nous devons refaire aujourd’hui – avec la révolution numérique » ce que le mouvement ouvrier à fait au XIXe siècle avec la révolution industrielle ». Et d’appeler à la mise en place d’une Charte des droits fondamentaux numériques dans laquelle il placerait également une « juste rémunération du travail ».

Sur les problèmes actuels, Martin Schulz dénonce le dumping social que permet l’actuelle directive européenne sur le détachement des travailleurs(4) qu’il faut réviser pour mieux protéger les salariés.

François Hollande dénonce « les gouvernements qui  ont revu les règlementations sociales »…

Le président français a brassé très large dans son intervention(5). Et bien souvent les propos surprenaient. Ainsi sur les réfugiés : L’Europe a tardé à prendre les bonnes décisions. « Nous (les pays européens) nous nous affligions, pour certains nous nous mobilisions, c’était le cas de la France »… (…) « L’Europe a tardé à prendre la mesure de ce qui était à l’œuvre depuis déjà de longs mois au Moyen-Orient ». Les citoyens français dans la salle n’avaient pas perçu que leur gouvernement était très tôt à la pointe pour aider les réfugiés…

Très persuasif sur la nécessité de combattre le repli nationaliste devant la menace « l’extrémisme, ce populisme, qui gagne des pays qui jusqu’à présent avaient été immunisés », il l’est moins quand il aborde l’évolution du dialogue social européen.

Après avoir rappelé les avancées du dialogue social européen avec de nombreux accords dans les années 1990, il constate : « Non seulement le dialogue social s’est progressivement épuisé, mais des voix se sont élevées de plus en plus nombreuses au sein de l’Union européenne pour remettre en cause certains acquis de l’Europe sociale avec tous les risques de dislocation qui pouvaient et qui peuvent encore en résulter. Des gouvernements ont demandé que des réglementations sociales soient revues, soient mêmes abolies, pour ne pas affaiblir la compétitivité des entreprises et des économies. Dans la crise, il était demandé toujours davantage de renoncements ». Pouvait-on croire que M. Macron fait partie du gouvernement de la France à l’écoute de cette charge ?

La bonne solution ? M. Hollande en dispose, il l’a dit à propos de la « nouvelle économie » dont un partie sera portée par les décisions de la COP 21 : « Nous devons unifier les régimes sociaux, garantir les droits et définir avec beaucoup de précision ce qu’est le travail et ce qu’est le salariat. D’où l’importance du dialogue social européen ». « Il faut qu’il y ait une convergence en matière de droits sociaux, en matière de salaire, en matière de protection sociale (…) Pour cela, il faut imaginer dans un délai proche « un Eurogroupe social comme il existe un Eurogroupe monétaire et économique ».

Difficile de croire que c’est le même homme qui mène une politique sociale qui conduit à une quasi-disparition du code du travail au profit de contrats individuels fragilisant les salariés ! « Les promesses n’engagent que ceux qui y les écoutent » disait Henri Queuille, homme politique sous la IIIe république.

Une dégradation générale des conquêtes sociales

Alors, où en est-il ce fameux dialogue social ? En recul, voire en disparition dans la plupart des pays. Aucun délégué n’a fait état de sa satisfaction en la matière. Le DGB allemand n’a toujours pas digéré les mesures de la loi Hartz IV qui généralisent le travail précaire, les salaires de misère hors conventions, une protection sociale qui se délite et l’obligation du salaire minimum est allègrement contournée par le patronat. A la demande des syndicats britanniques, jadis si puissants et créateurs du Parti Travailliste, le congrès a adopté une motion dénonçant la décision de David Cameron de limiter drastiquement le droit de grève.

La si vertueuse Finlande, comme tous les pays du nord de l’Europe, n’échappe pas au démantèlement progressif de son modèle social. Il y avait quelque chose d’émouvant d’entendre la représentante du SAK (confédération finlandaise) Ann Selin, faire état de la première grève générale depuis cinquante-neuf ans le 18 septembre dernier, de manifestations massives protestant contre le gouvernement qui veut réduire les salaires, la protection sociale sous prétexte de lutter contre… la dette ! Les Grecs ont appréciés ! La représentante finlandaise a remercié  « les syndicats des pays en voie de développement » pour l’expression de leur solidarité en ajoutant, avec une certaine émotion : « Jusqu’à présent, la solidarité s’exprimait plutôt dans l’autre sens » !

Salaire minimum plus bas qu’en Chine

Les syndicats des pays d’Europe centrale et orientale se sont tous désolidarisés de leurs gouvernements tant sur l’attitude à l’égard des réfugiés que sur la politique sociale. Ce sont eux qui ont dénoncé le plus fortement le patronat qui refuse de se structurer et ainsi privé les syndicats d’interlocuteurs pour mener un dialogue social. Le représentant tchèque s’adressant à ses homologues de l’ouest a clairement exposé sa situation : « Si le salaire minimum en République Tchèque est de 332 euros (380 € en Slovaquie, 410 € en Pologne, 791 en Slovénie  – ndlr) c’est parce qu’il est défini par les entreprises multinationales de l’Ouest (entre autres de l’automobile) qui viennent pour obtenir de bas salaires ! Nous faisons partie de l’Europe où le salaire minimum est en-dessous de celui de la Chine ! » Et d’appeler les syndicats de l’ouest européen à plus de solidarité…

La délégation espagnole a tenu a remettre les pendules à l’heure : le retour de la croissance est lié à la baisse du coût du pétrole et à la parité euro-dollar et non pas aux « réformes » imposées par la troïka qui a eu pour conséquence  la destruction de 5 millions d’emplois entre 2008 et 2014.

Toujours dans la péninsule ibérique, la CGTP rappelle qu’au Portugal il y a plus de pauvreté et d’inégalités que dans tout autre pays. La responsabilité des  institutions européennes qui n’ont pas joué leur rôle face à la finance est rappelée. « Nous attendions hier (lors des discours de la séance d’ouverture – ndlr)  qu’ils s’excusent, ceux qui sont responsables de la situation. Mais non, ils continuent… Les réformes structurelles demandées font que 2/3 des salariés n’ont plus de couverture sociale et 83% ont des emplois précaires. Ceux qui appellent au dialogue social sont les mêmes qui mettent en cause les droits des salariés ».

Mais c’est Marc Goblet, le président de la Fédération générale des travailleurs belges (FGTB) qui résume le plus clairement la situation : « Les syndicats sont en difficulté car la politique de droite domine et les employeurs ne sont plus d’accord avec la concertation sociale. Le salaire minimum existe bien en Belgique, mais il n’a plus augmenté depuis des années. La concurrence n’a jamais été aussi forte au niveau européen entre les travailleurs car jamais on n’a effectué une harmonisation sociale ou fiscale. Nous allons vers la concurrence entre travailleurs qui mettra à mal la solidarité.

Il faut une politique de l’emploi  avec une relance économique pour relancer la croissance. Il n’y a qu’une alternative : défendre la réduction collective du temps de travail, sinon nous allons créer un problème énorme avec la jeunesse. » Revendication soutenue lors d’un amendement au programme d’action par la CGT française.

emloi

Un programme d’action ambitieux

Dans son « Manifeste de Paris », véritable programme d’action à mettre en œuvre dans les quatre années à venir(6), la CES énumère toute une série de revendications qui répondent aux attentes des délégués qui l’ont d’ailleurs voté à la quasi-unanimité.

La CES a deux interlocuteurs pour faire avancer ses propositions : Business-Europe (le MEDEF européen) totalement réfractaire à tout accord contraignant et qui torpille toutes les demandes depuis une dizaine d’années et la Commission Européenne qui a mis le dialogue social sous l’éteignoir durant cette même période.

Tout le congrès considère que les seuls arguments ne suffisant pas, il faut passer à la mobilisation, à l’action. Et c’est là que le bât blesse. Les différences d’orientation, de cultures, d’histoires, que connaît le syndicalisme européen, sont autant d’obstacles pour définir une action d’ensemble dans laquelle tout le monde se retrouverait.

Mais un de ces obstacles est en train d’être levé, celui des différents modèles sociaux. Jusqu’à présent, des syndicats, surtout ceux du nord de l’Europe, étaient hostiles à une politique sociale contraignante au niveau européen. Ils craignaient qu’une norme européenne ne puisse être qu’inférieure aux leurs et risquaient de tirer leurs acquis sociaux vers le bas. Ce qui est en train de se faire… mais suite à la politique libérale européenne. Pour la première fois  à un congrès de la CES, la question d’un socle social minimal en Europe, avec un salaire minimum, a recueilli une majorité. Les quelques réticences existant encore relèvent plus de la méthode pour y arriver : le choix entre loi ou négociation divise encore les organisations syndicales. Nous verrons dans les mois à venir, si la Confédération européenne des syndicats continue sa mue vers une organisation moins « institutionnelle » et un contre-pouvoir à la Commission européenne.

barbeles

Les réfugiés se sont invités au congrès

Une motion sur la question des réfugiés(7) a été votée à l’unanimité moins deux abstentions.

C’est le président de la confédération LO suédoise qui présente le texte en rappelant que la Suède a accueilli 100.000 réfugiés et la population le comprend.

« Des pays  prennent d’autres décisions. Mais les syndicats doivent avoir leur propre position et ne pas suivre aveuglément les gouvernements. »

Une intervention émeut profondément la salle. Celle d’Aïda Hadzialic, ministre suédoise de l’enseignement secondaire supérieur, issue de l’immigration des années 90, de Bosnie plus précisément. « L’Europe a choisi la coopération, la fin des frontières, la solidarité. On se pose ici la question où va l’Europe et certains la choisissent pour venir s’y refugier. Je suis aujourd’hui une des membres du gouvernement mais ma vie a commencé par la guerre, la mort, les camps des réfugiés et de nombreuses pertes. Perte d’une maison, d’êtres chers. » Elle trace le parcours d’une réfugiée qui a pu bénéficier non pas uniquement de compassion, mais d’une solidarité active. La Suède y a gagné une ministre brillante et efficace.

Bernadette Ségol, la secrétaire générale sortante, enfonce le clou : « Depuis 6 mois nous sommes témoins d’une stratégie épouvantable. L’Europe est forcée de reconnaître la misère et le désespoir de personnes voulant échapper à la guerre ou à la misère. Il y a urgence dans tous les sens du terme. Notre motion est un appel aux dirigeants européens pour que cessent les atermoiements.

Les syndicalistes ont le devoir d’aider les réfugiés et de s’opposer à la construction de murs et d’obstacles. »

Le secrétaire général de l’UGTT de Tunisie, Hassine Abassi, invité au congrès, fait état de la situation bien plus préoccupante dans son pays qu’en Europe : « Il faut reconnaître le désastre de certaines stratégies en Irak, Lybie, Syrie. Et n’oublions pas que la Palestine est le seul pays au monde a encore être occupé. Cela alimente des courants dangereux. Nous nous  sentons seuls en Tunisie pour affronter la situation. Mon pays accueille 1 million de réfugiés pour une population de 11.000.000 d’habitants. » De quoi faire réfléchir assurément bien des femmes et hommes politiques français…

Le président du DGB allemand, Rainer Hoffmann, résume un sentiment très partagé dans la salle :

« Le message qui sera  issu de ce congrès est important : L’Europe pas une forteresse et la réponse n’est pas des barbelés… Le droit d’asile est un droit de l’homme et cela ne supporte pas de nouveaux murs.

Nous connaissons une vague de sympathie et de solidarité, mais devons veiller pour que cela continue. Il faut donc que les venants soient intégrés et cela passe par l’intégration dans le travail. Les réfugiés ne peuvent être l’objet de concurrence avec les travailleurs et les chômeurs. » Et il précise qu’il a signé, la veille de ce débat, un accord avec les patrons allemands qui ont accepté que tous les réfugiés bénéficieront du même salaire que les autres salariés.

La Grèce ? Cela mérite juste une motion…

Le fait que la Grèce n’ait été quasiment jamais évoquée lors de ce congrès est surprenant à plus d’un titre. Il est vrai que le syndicat grec membre de la CES est le GSEE, proche du PASOK. De nombreux dirigeants syndicaux que j’ai rencontrés sur place, venant de très nombreux pays, craignaient de voir ce syndicat intervenir plus sur le terrain politique grec que sur le fond du problème. Va pour cette explication qui semble néanmoins être un peu courte.

J’y vois beaucoup plus un embarras sur l’analyse des difficultés et la frilosité dont à fait preuve la CES depuis le début de l’élection de Syriza et surtout devant son programme. Il est difficile pour le syndicat européen, d’imaginer une autre politique opposée à la simple « économie sociale de marché » qui est pourtant inexistante.

Dans la motion adoptée (8), la CES renouvelle ce qu’elle a déjà exprimé auparavant. Certes, elle rappelle dans le dernier paragraphe qu’elle « s’engage avec ses syndicats affiliés à faire pression sur les gouvernements nationaux et sur les institutions européennes pour qu’ils reviennent sur les exigences économiquement et socialement destructrices du protocole d’accord, en particulier en matière de restrictions budgétaires, de privatisations et d’ingérences dans la convention collective. » Et elle plaide « pour une restructuration de la dette pour assurer une croissance durable. »

Un « service minimum » qui montre les limites de l’organisation qu’elle n’arrive pas à dépasser. Enfermée dans une logique institutionnelle, elle arrive à s’en sortir formellement, dans des déclarations, mais ne peut envisager une rupture avec une orientation économique et sociale qui est pourtant un échec patent. Aujourd’hui en Grèce et demain partout ailleurs.

luca

Luca Visentini : quoi de neuf ?

Un nouveau secrétaire général, syndicaliste italien, bon connaisseur du terrain car ancien secrétaire régional de la région du Frioul, ouverte vers la Croatie entre autres, peut-il mettre en œuvre une autre orientation ?

Dans ses premières déclarations, il ne fait pas preuve d’une grande originalité : « La priorité absolue : la nécessité de sortir de la crise économique que connaît l’Europe. Les solutions et les ressources mises sur la table par l’UE ne sont pas adéquates, en misant exclusivement sur l’austérité et la réduction des déficits publics, la réduction des protections et des droits sociaux. Pour combattre le chômage, créer des emplois de qualité, non précaires, il y a pour moi deux axes prioritaires : d’abord, la relance de l’investissement, notamment public dans l’industrie, l’innovation, la recherche, la formation, les infrastructures… Ensuite, la relance de la demande interne en mettant au centre la question du revenu : les salaires, mais aussi les pensions de retraite. »

Et pour faire prendre cela en compte, il faut se bouger un peu, non ? La CES va-t-elle envisager des actions syndicales concrètes ? « Les syndicats ont des méthodes diverses : dans certains pays, le droit de grève n’est pas du tout le même et cela rejaillit sur l’action syndicale. Dans certains pays, on fait grève pour des revendications particulières ; dans d’autres, on fait grève pour des sujets plus politiques, comme s’opposer aux réformes d’un gouvernement… La question est donc de définir des stratégies communes. »

Est-ce vraiment suffisant, camarade secrétaire général ?

Michel Muller

(1) https://www.etuc.org/fr/conf%C3%A9d%C3%A9rations-syndicales-nationales-88-liste-des-organisations-membres

(2) http://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-15-5741_fr.htm

(3) http://www.europarl.europa.eu/the-president/fr/press/press_release_speeches/speeches/speeches-2015/speeches-2015-september/html/13e-congres-de-la-confederation-europeenne-des-syndicats—discours-de-martin-schulz–president-du-parlement-europeen;jsessionid=8D8B50C272E29641AD160465731F14E9

(4) http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=471&langId=fr

Cette directive concerne les salariés d’un autre pays qui viennent ponctuellement travaillé dans un autre de l’Union européenne. Si la directive prévoit le paiement des mêmes salaires (dispositifs qui est très souvent contournés par les employeurs), le montant des cotisations sociales reste celui du pays d’origine.

(5) http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-au-13e-congres-de-la-confederation-europeenne-des-syndicats-2/

(6) https://www.etuc.org/fr/documents/manifeste-de-paris-d%C3%A9fendons-la-solidarit%C3%A9-pour-des-emplois-de-qualit%C3%A9-les-droits-des#.Vg_lWuztlB

(7) https://www.etuc.org/sites/www.etuc.org/files/document/files/e

(8) https://www.etuc.org/sites/www.etuc.org/files/document/files/emergency_motion_on_greece_trilingual.pdf

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