Mise à jour: samedi 03-09-2016

En ce jour de ren­trée, l’ambiance est à la fébri­li­té dans la cour de la nou­velle école « les Rives de la Dol­ler », à Rei­ningue, près de Mul­house. Les parents d’élèves ont pré­pa­ré des écri­teaux qu’ils ont pla­cé sur les piliers du préau, tan­dis que les enfants patientent sage­ment en atten­dant l’appel de leur nom, assis en grappe sur des bancs en zig­zag. Des ban­de­roles sont dépliés par quelques adultes. On y réclame d’urgence la créa­tion d’une troi­sième classe de mater­nelle. Devant l’équipement sco­laire flam­bant neuf, pour lequel la com­mune a inves­ti 2 mil­lions d’euros (et M2A près de 150 000 euros, afin d’assurer la construc­tion du péri­sco­laire), la délé­gué des parents d’élèves s’étrangle devant son micro. On recense en effet 65 élèves de mater­nelle, et seules deux classes sont ouvertes. La troi­sième a été fer­mée l’an der­nier. Les petits s’entassent donc à 33 et 32 dans cha­cune des 2 salles, alors que le seuil maxi­mal légal est de 64 élèves, et que la situa­tion est connue de l’inspection aca­dé­mique depuis le mois de juin der­nier. Il est dit par ailleurs qu’une réunion devrait se tenir ven­dre­di matin auprès des ser­vices aca­dé­miques pour faire le point sur ces problèmes. 

Alain LECONTE, maire divers gauche de la com­mune, évoque lui aus­si l’absurdité de la situa­tion, alors que les nou­velles infra­struc­tures ont lar­ge­ment de quoi accueillir des classes sup­plé­men­taires, et que sa com­mune a déci­dé le main­tien du poste de la troi­sième ATSEM (auxi­liaire mater­nelle), afin d’être prêt à ouvrir la troi­sième classe dès lors que l’administration le permettra. 

D’ici là, les parents ont conve­nu d’occuper l’école jusqu’à ce que l’Inspection dépêche un ou une res­pon­sable en urgence à ce sujet.

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Une situa­tion d’épuisement

Le fait est qu’au delà du cas alsa­cien de Rei­ningue, de blo­cages éven­tuels ou d’une mau­vaise foi de la part de l’administration, la situa­tion illustre assez bien l’état de ten­sion, sinon de désar­roi, dans laquelle se retrouve l’ensemble des aca­dé­mies fran­çaises. Le recru­te­ment du per­son­nel ensei­gnant est en effet deve­nu par­ti­cu­liè­re­ment aléa­toire ces der­nières années, de sorte que le pour­voie­ment des places aux concours de l’enseignement ne suf­fit plus à conso­li­der le besoin en per­son­nel édu­ca­tif, par­ti­cu­liè­re­ment dans le secon­daire. Héri­tage de la funeste RGPP (réduc­tion géné­rale des poli­tiques publiques) des divers gou­ver­ne­ments Fillon, laquelle a pro­gram­mé la sup­pres­sion de plu­sieurs dizaines de mil­liers de postes de fonc­tion­naire, mais sans doute pas uni­que­ment, puisque Fran­çois Hol­lande a ten­té d’in­ver­ser la tendance. 

Le désert des voca­tions tient tout autant à la « mas­te­ri­sa­tion » de la for­ma­tion (niveau bac+5 au lieu d’un bac+3 ou 4), qu’à la déva­lo­ri­sa­tion du métier. Absence de recon­nais­sance éco­no­mique et ins­ti­tu­tion­nelle, charges de tra­vail qui vont crois­santes, intru­sion gran­dis­sante d’une bureau­cra­tie tatillonne et/ou kaf­kaïenne au quo­ti­dien, et un niveau de res­pon­sa­bi­li­té consi­dé­rable expliquent pour par­tie les réti­cences de la part de cer­tains étudiants. 

En témoigne, à l’échelle locale, l’abondance, tout à fait sin­gu­lière, d’offres d’emploi dis­po­nibles sur le site de l’Académie de Stras­bourg, (voir ci-des­sous) à valoir pour des postes du pre­mier degré, dans le Haut-Rhin. 

Ain­si, au 1er sep­tembre 2016, une offre men­tionne 25 postes à pour­voir dans le seul dépar­te­ment 68, au sein de la filière monolingue :

Une offre simi­laire (sans men­tion du nombre de postes dis­po­nibles) concerne la filière bilingue du même pre­mier degré :

Les dif­fi­cul­tés de recru­te­ment dans cette filière spé­ci­fique sont d’ailleurs chroniques. 

La filière ger­ma­no­phone, pour beau­coup por­tée par la volon­té poli­tique d’édiles et de hauts res­pon­sables régio­naux, n’arrange en rien les pro­blèmes de recru­te­ment ren­con­trés par les ser­vices cen­traux de l’Éducation Natio­nale. D’autant que cer­tains consi­dèrent que le bilin­guisme ajou­te­rait encore au pro­blème, s’agissant d’enfants en grande dif­fi­cul­té, qui trou­ve­raient meilleur inté­rêt à tra­vailler les appren­tis­sages fon­da­men­taux du fran­çais, ce qu’un emploi du temps frac­tion­né entre langue fran­çaise et alle­mande ne per­met pas nécessairement. 

MAJ 03-09-2016: Le déblo­cage de l’é­cole mater­nelle a été déli­bé­ré, alors même que la com­mis­sion rec­to­rale oppose un sta­tu quo à la com­mune. Les ser­vices du rec­to­rat réclament en effet 3 ins­crip­tions sup­plé­men­taires, sans déro­ga­tion, afin de jus­ti­fier l’ou­ver­ture d’une 3ème classe avant la Tous­saint ! La chasse aux familles nom­breuses (et jeunes) qui sou­haitent s’ins­tal­ler sur le ter­ri­toire de la com­mune est donc ouverte…

Gun­dulf

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