L’ar­rê­té minis­té­riel du 15 mars 2020 pré­cise le type de com­merces auto­ri­sés à rece­voir du public, en ces temps de confi­ne­ment lié à l’é­pi­dé­mie de covid19. 

Par­mi ceux-ci, de nou­velles héroïnes se font faites jour, au même titre que le per­son­nel soi­gnant dans son ensemble, que l’on célèbre chaque soir à coup de tam­bou­rins et de concerts de cas­se­roles sur les rebords de fenêtre ou autres bal­cons. A l’i­mage de ce qu’ont ini­tié les chaines de soli­da­ri­té à l’i­ta­lienne, depuis de longues semaines déjà. 

Les cais­sières, puis­qu’il s’a­git d’elles, par­ti­cipent de fait du ser­vice public essen­tiel que sont deve­nus les points de dis­tri­bu­tion ali­men­taire. Elles font par­tie de ces tra­vailleuses de pre­mière ligne de la « guerre » en cours, dans un contexte sani­taire anxio­gène, et font face chaque jour au pas­sage de cen­taines de clientes et clients, dont une frac­tion a été ou est fata­le­ment por­teur du coro­na­vi­rus. Ce qui occa­sionne nombre d’in­quié­tudes par­mi le personnel. 

Elles ne portent bien sou­vent pas de masques, mani­pulent des pro­duits sai­sis par les clients, encaissent des pièces de mon­naie tou­chées des mil­liers de fois, sans sou­vent avoir le temps de se laver les mains régulièrement…

700 000 cais­sières et cais­siers de la grande et petite dis­tri­bu­tion – dans l’im­mense majo­ri­té des femmes – tra­vaillent la peur au ventre, et se sentent aban­don­nées par les pou­voirs publics. Et le chef de la « guerre » sani­taire, dont le pays s’est tota­le­ment désar­mé tout le long des der­nières années, à coup de mitrailles bud­gé­taires et de liqui­da­tion de stocks stra­té­giques de pro­duits pro­phy­lac­tiques (masques, médi­ca­ments, gels, tests…), n’a pas eu un mot pour elles lors de ses deux der­nières interventions. 

Le chef des armées est déci­dé­ment un ingrat, dou­blé d’un irres­pon­sable issu de la comp­ta­bi­li­té publique, lui et ses pré­dé­ces­seurs, qui auront pré­ci­sé­ment un solde de tout compte à rendre devant l’his­toire et la population. 

Des fédé­ra­tions syn­di­cales de la grande dis­tri­bu­tion et de l’a­li­men­taire CGT ou CFDT ont pro­tes­té contre les condi­tions de tra­vail délé­tères que connaissent ces pré­cieuses tra­vailleuses de l’ombre, en appe­lant notam­ment au res­pect de leur droit de retrait. 

Les employeurs sont en effet sou­mis à des obli­ga­tions fortes de pro­tec­tion, comme le rap­pelle la fédé­ra­tion syn­di­cale Soli­daires: « L’employeur a une res­pon­sa­bi­li­té abso­lue en matière de san­té phy­sique et men­tale de ses sala­riés qui est incon­tes­table. Il doit tout faire pour y par­ve­nir ! ».

Dans l’agglomération mul­hou­sienne: du bri­co­lage et des dis­po­si­tifs à géo­mé­trie variable 

A Mul­house et dans agglo­mé­ra­tion mul­hou­sienne, c’est plu­tôt en ordre dis­per­sé, et de façon inco­hé­rente, que la sale « guerre » est menée par les employeurs de la dis­tri­bu­tion alimentaire. 

En témoigne les quelques exemples cités ci-après:

Ain­si, à Cora Dor­nach, les cais­sières ont été « pro­té­gées » der­rière des films en plas­tique trans­pa­rent dérou­lées à la hâte en bout de caisse. Les quelques cais­sières pré­sentes au moment de notre pas­sage n’ont pas de masque, mais l’une d’entre elle a récu­pé­ré un masque coqué de chan­tier, lequel filtre la pous­sière, mais n’est pas des plus effi­caces contre les gout­te­lettes fines. 

A Cora Wit­ten­heim, un cir­cuit avait été mis en place la semaine der­nière. Il s’a­gis­sait d’u­ti­li­ser deux caisses: l’une avec la cais­sière où il fal­lait poser ses achats; puis emprun­ter un contour­ne­ment en uti­li­sant le pas­sage de la deuxième caisse afin de reprendre ses achats scan­nés par la cais­sière et payer. Le dis­po­si­tif, qui se mon­trait assez pro­tec­teur, car il éloi­gnait phy­si­que­ment les clients de la cais­sière, a dis­pa­ru ce jeu­di. D’a­près les infor­ma­tions recueillies sur place, le direc­teur sou­hai­tant que toute les caisses soient ouvertes pour… les fêtes de Pâques !

A Leclerc Gay Lus­sac de Mul­house, une per­sonne s’occupant de l’approvisionnement des fruits et légumes ne por­tait pas de masque de pro­tec­tion. La rai­son étant qu’il ne le sup­por­tait pas. A la caisse on s’est diri­gé auprès de l’une des rares cais­sières qui en por­tait un. Nous nous sommes enquis de savoir si cela dépen­dait d’un achat per­son­nel, la per­sonne nous répon­dant que la direc­tion lui avait four­ni, mais à rai­son d’un seul par jour, sachant que « sa pro­tec­tion ne dépasse guère 3 heures », pré­cise-t-elle. Les autres cais­sières ne portent pas de masque, et disent ne pas les sup­por­ter quand on s’en inquiète. Une légère bar­rière en plexi­glass a fait son appa­ri­tion cette semaine, mais tou­jours pas de gants.

En revanche, rien de tel au Leclerc drive situé le long du bou­le­vard Stoes­sel à Mul­house. On a ain­si vu débar­quer une jeune femme sans aucune pro­tec­tion se diri­ger promp­te­ment vers nous sans consi­dé­ra­tion d’une quel­conque mesure bar­rière ou de distanciation… 

Si vous dis­po­siez de témoi­gnages per­son­nels à ce sujet, n’hé­si­tez pas à nous en faire part, en pas­sant par ici.

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