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Style bra­vache, com­mu­ni­ca­tion virale et esthé­tique mor­dant volon­tiers du côté de l’he­roïc-fan­ta­sy ou de l’i­ma­ge­rie tol­ké­niste, le syn­di­cat étu­diant made in Mul­house, « CSTE » pour « Com­mu­nau­té Soli­daire des Terres de l’Est », affi­liée à l’Union syn­di­cale, détonne dans le pay­sage alsa­cien, et selon toute appa­rence, per­turbe le plan de déve­lop­pe­ment de l’ex­trême droite estudiantine. 

Ce n’est pas une sin­gu­la­ri­té par ailleurs. Dans les années 90, les étu­diants mul­hou­siens ani­maient déjà un syn­di­cat : l’A­GEM (asso­cia­tion géné­rale des étu­diants de Mul­house), depuis le cam­pus de l’Ill­berg. Le gros des troupes pro­ve­naient des dépar­te­ment d’his­toire et de lettres. 

Le syn­di­cat mul­hou­sien était assez unique en ce qu’ils ras­sem­blaient à lui seul des étu­diant-es aux sen­si­bi­li­tés poli­tiques très diverses, alors même qu’il se trou­vait affi­lié à l’U­NEF, canal par­ti com­mu­niste. Pen­dant de longues années, le syn­di­cat étu­diant bat­tait régu­liè­re­ment le pavé face de son double : l’UNEF-ID, dont sont issus bon nombre de caciques du par­ti socialiste. 

La CSTE réus­sit le tour de force de conci­lier des aspects estu­dian­tins qu’il était a prio­ri dif­fi­cile de réunir. Ain­si, la dimen­sion « ser­vi­cielle » du syn­di­cat, orien­tée autour des condi­tions de vie maté­rielle et morale des étu­diants convainc autant, sinon plus, que la force de son enga­ge­ment poli­tique per­ma­nent au ser­vice de l’é­ga­li­té réelle, de la lutte contre le sexisme, le racisme, l’in­jus­tice sociale… et l’ex­trême droite !

Le mou­ve­ment l’é­nonce clai­re­ment dans son com­mu­ni­qué de presse du 10 février 2024, au sein duquel il reven­dique une « vic­toire du syn­di­ca­lisme de trans­for­ma­tion sociale », en rem­por­tant les élec­tions du CROUS avec 3⁄4 des voix expri­mées : « c’est une vic­toire pour la lutte de ter­rain, locale, reven­di­ca­tive qui confirme l’engagement de la jeu­nesse contre les poli­tiques de pré­ca­ri­sa­tion du gou­ver­ne­ment et contre l’extrême-droite ».

Ache­vant alors leur décla­ra­tion par un altier : « oui, 20 ans après, la jeu­nesse emmerde tou­jours le Front National » !

Le Front natio­nal s’est, il est vrai, depuis mué en « res­pec­table » et pro­sé­mite Ras­sem­ble­ment natio­nal, mais « Le ventre est encore fécond d’où a sur­gi la bête immonde. », comme l’é­cri­vait l’a­mi Bertolt. 

Et à Mul­house, les signes réap­pa­raissent plus tôt qu’ailleurs. Ther­mo­mètre média­tique de la capil­la­ri­té gran­dis­sante de l’i­den­ti­ta­risme idéo­lo­gique, le maga­zine « Valeurs actuelles » pré­sen­tait la nou­velle dans sa rubrique poli­tique heb­do du 7 décembre 2023 : 

« La Cocarde marque des points. La pro­gres­sion mérite d’être sou­li­gnée. La Cocarde, dont plu­sieurs anciens et actuels mili­tants gra­vitent autour du Ras­sem­ble­ment natio­nal, confirme sa bonne forme aux élec­tions étu­diantes. Le syn­di­cat uni­ver­si­taire, fon­dé en 2015, peut désor­mais comp­ter sur 17 étu­diants élus, contre seule­ment 5 l’année passée ».

Enfin, loca­le­ment par­lant, les effets se tra­dui­saient ain­si : « La semaine der­nière, La Cocarde a gla­né son pre­mier siège à l’université de Haute-Alsace. Fin octobre, le syn­di­cat étu­diant signait même une vic­toire de pres­tige en entrant au conseil d’administration de l’Université de tech­no­lo­gie de Bel­fort-Mont­bé­liard (UTBM) ».

Mais le maga­zine extrême-droi­tier, encore rédi­gé par Geo­froy Lejeune, avant son licen­cie­ment par son employeur Iskan­dar Safa, parce que « trop proche de l’ex­trême droite », et son para­chu­tage dans un média bol­lo­réen du sep­tième jour, ne s’ar­rête pas là. 

Le 12 jan­vier 2024 parait en effet une enquête de l’hebdomadaire, entiè­re­ment consa­crée au syn­di­cat CSTE ! Inti­tu­lée « La Fon­de­rie: un Ever­green à la fran­çaise? », et dont le para­graphe d’in­tro­duc­tion donne le ton :« Agres­sions, non-res­pect de la déon­to­lo­gie uni­ver­si­taire et ter­reur idéo­lo­gique : un cam­pus de l’u­ni­ver­si­té de Haute-Alsace a été trans­for­mé en camp d’en­doc­tri­ne­ment à la botte d’une poi­gnée d’é­tu­diants woke et anti­ra­cistes. L’ad­mi­nis­tra­tion regarde ailleurs ».

Diantre ! Qu’ont donc fomen­té ces dia­blo­tins tout de vio­let vêtus ? « Depuis 2019, les petits com­mis­saires du peuple se sont empa­rés de la place et font régner leur loi sous les aus­pices d’une admi­nis­tra­tion qui vante son pro­gres­sisme à outrance ».

Oui, car tout est affaire de mesure. Un pro­gres­sisme de chai­sières endi­man­chées, ça passe, mais un « pro­gres­sisme à outrance », c’est écla­té au sol à coup de tonfa !

Et le mal est viral. C’est à la faveur « de la pan­dé­mie, que les for­ma­tions grou­pus­cu­laires de la gauche radi­cale se sont ras­sem­blées, en 2020, sous l’é­gide d’un syn­di­cat : la Com­mu­nau­té soli­daire des terres de l’est (CSTE), qui étend depuis son influence néfaste sur la vie étu­diante ».

Les oppo­sants ont le seum. Peut-on dis­po­ser d’un local pour l’UNI (un autre syn­di­cat de droite) ? Que nen­ni répon­dit l’ad­mi­nis­tra­tion. Par la suite, « com­mu­ni­ca­tion agres­sive » car le syn­di­cat uti­lise le sor­cier Gan­dalf pour par­ve­nir à ses fins mili­tantes ! Et le conflit israé­lo-pales­ti­nien ? Anti­sé­mites, les gau­chiasses syn­di­caux, dont le posi­tion­ne­ment « frôle l’a­po­lo­gie du ter­ro­risme en qua­li­fiant les actions d’Is­raël de « géno­cide » », alors qu’il ne s’a­git que d’a­mour inversé !

Sans comp­ter l’ex-ani­ma­teur du syn­di­cat, ce « mul­ti-redou­blant de 26 ans ». Qui conti­nue à tirer les ficelles, évi­dem­ment, puisque oppo­sé au grand rem­pla­ce­ment syn­di­cal ! « On ne sait même plus dans quel mas­ter il est, iro­nise un étu­diant » ! C’est dire l’en­geance du gars. 

Et en plus il envoie des indi­vi­dus « d’o­ri­gine étran­gère » pour régler ses comptes avec un gen­til hob­bit de la cocarde, que ce maraud d’ex­trême orient s’en va étran­gler aus­si­tôt, par ata­visme d’é­tran­ger bien sûr, ou alors en espé­rant lui emprun­ter sa faconde de super-patriote. 

Après avoir éta­bli un paral­lèle imbé­cile avec les Etats-Unis et « l’af­faire Ever­green », un hoax débun­ké depuis 3 ans au moins, la conclu­sion du capi­taine au long cours du jour­na­liste anti­pro­gres­siste, atteint le stade de la « génance », pour para­phra­ser le sabir de mon woke de neveu :

« On retrouve donc à Mul­house, à 8421 kilo­mètres de là, ces sché­mas délé­tères dans une uni­ver­si­té de proxi­mi­té: des étu­diants à l’ar­ro­gance che­villée au corps, per­sua­dés qu’ils doivent pur­ger le monde de toutes les « inéga­li­tés », sous le regard d’une admi­nis­tra­tion qui s’ac­com­mode de leurs méthodes en ce qu’elles per­mettent de dérou­ler un agen­da progressiste ».

Un vainqueur à tête de cocarde

A ce pro­pos, sur le cam­pus de la Fon­de­rie, la CSTE a désor­mais affaire avec « La cocarde étu­diante ». Un syn­di­cat étu­diant qui n’en est pas même un, puis­qu’il reven­dique ouver­te­ment sa proxi­mi­té avec le RN. Sa notice Wiki­pé­dia rap­pelle en détail une série de fait d’armes, au sens lit­té­ral du terme. 

Adepte du « grand rem­pla­ce­ment », proches des Le Pen & Zem­mour, ama­teurs de coups de poing, en proxi­mi­té avec des cou­rants néo­na­zis ain­si que l’in­dique Média­part, le mou­ve­ment néces­site d’être pris au sérieux, d’au­tant que son idéo­lo­gie surfe sur la droi­ti­sa­tion mani­feste de la société. 

Super Grand-Rem­pla­cé et Boucle d’Or vont au cirque après un bru­shing aryen

Paul Ren­kert, étu­diant en L1 his­toire, en est le prin­ci­pal ani­ma­teur sur le cam­pus mul­hou­sien, et le « syn­di­cat » y comp­te­rait une dizaine de per­sonnes. Il est par ailleurs le res­pon­sable des jeunes RN d’Alsace. 

On le voit sur son fil Ins­ta­gram en train de poser avec ses amis, ain­si que Chris­telle Ritz, élue RN, en plein conseil muni­ci­pal de Mul­house, ou même Jor­dan Bar­del­la, lui même grand rem­pla­çant des Le Pen à la tête de l’af­faire fami­liale. Mais l’am­bi­tion du jeune homme ne se limite pas à ces quelques expé­dients formels. 

« Apé­ro patriote », bien­ve­nue aux nou­veaux du RN Alsace, par­tage de la patrio­tique galette des rois répu­bli­caine, le gar­çon est mani­fes­te­ment moti­vé et omni­pré­sent, quand bien même son gaul­lisme révé­ren­cieux détonne dans un mou­ve­ment his­to­ri­que­ment fon­dé par des nos­tal­giques du nazisme et de la col­la­bo­ra­tion, acces­soi­re­ment antisémites. 

Dans une autre publi­ca­tion parue sur son compte Ins­ta­gram, Polo nous montre encore sa binette, et on l’y voit voit trô­ner en homme tronc, s’empourprant d’aise à la place n°440 de l’hé­mi­cycle du Par­le­ment euro­péen, en « grand rem­pla­çant » la dépu­tée ita­lienne « Lega », Gian­na GANCIA, du Groupe «Iden­ti­té et démo­cra­tie» (extrême droite). 

Il y rap­porte non­cha­lam­ment des pro­pos fus­ti­geant une dépu­tée pas assez res­pec­tueuse des nations à son sens. Ajou­tant, pour se don­ner un air de quelque chose : « Pro­pos que j’ai tenu hier en hémi­cycle lors des ques­tions. Après avoir enten­du une dépu­tée affir­mer que les lois de l’Union euro­péenne devaient pré­va­loir sur les lois des nations ».

Comme quoi, un simple badge de visi­teur au par­le­ment euro­péen four­ni par un élu faf, et c’est plus belle la weed pour le Polo ! 

Sérieusement frappés

Les mili­tants de la cocarde étu­diante sont par moment tel­le­ment bar­rés, qu’ils réus­sissent à embar­ras­ser jus­qu’à leurs élus, notam­ment dépu­tés, si sou­cieux de polir leur image politique. 

Ain­si, Libé­ra­tion raconte que le dimanche 21 mai 2023, à l’occasion du dixième anni­ver­saire de la mort de Domi­nique Ven­ner – un intel­lec­tuel radi­cal-racia­liste sui­ci­dé dans Notre-Dame-de-Paris en 2013 pour pro­tes­ter, selon sa lettre post­hume, contre «le crime visant au rem­pla­ce­ment de nos popu­la­tions» –, le syn­di­cat étu­diant la Cocarde décide de publier un hom­mage sur ses réseaux :

«L’héritage qu’il nous laisse doit nous pous­ser quo­ti­dien­ne­ment à nous enga­ger pour notre iden­ti­té !».

Numé­ro 2 du groupe RN à l’Assemblée, le dépu­té de la Somme Jean-Phi­lippe Tan­guy charge Pierre Char­ron, l’un des fon­da­teurs du syn­di­cat, de rap­pe­ler à l’ordre cet organe qui four­nit bon nombre de col­la­bo­ra­teurs par­le­men­taires et même le pré­sident du mou­ve­ment jeune lepé­niste (le RNJ), Pierre-Romain Thionnet…

Un réel « progressiste » 

Les der­niers résul­tats natio­naux four­nis par le CNOUS lors des der­nières élec­tions en son sein, per­mettent de tem­pé­rer le sen­ti­ment que l’ex­trême-droi­ti­sa­tion des étu­diants est élec­to­ra­le­ment inéluctable :

Union Étu­diante : 59524 voix (31,61%) – 64 élu·es
FAGE : 55638 voix (29,55%) – 60 élu·es
UNEF : 43190 voix (22,94%) – 38 élu·es
UNI : 20492 voix (10,88%) – 11 élu·es
Cocarde : 5074 voix (2,69%) – 0 élu·es
SESL : 4688 voix (2,49%) – 1 élu·es
EMF : 2621 voix (1,39%) – 1 élu·es
Autres : 837 voix (0,44%) – 7 élu·es

La cocarde n’a obte­nu aucun élu au sein de ins­ti­tu­tion char­gée des oeuvres sociales dans l’u­ni­ver­si­té, à com­men­cer par le loge­ment, la restauration… 

A contra­rio, l’U­nion étu­diante, à laquelle est affi­liée la CSTE68, conso­lide son ascen­sion en obte­nant la pre­mière place devant la FAGE…