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La ségrégation spatiale en plein décollage

Une étude publiée par l’IN­SEE en 2023, montre que les popu­la­tions les plus modestes et les plus aisées vivent dans des quar­tiers moins mixtes que celles aux reve­nus intermédiaires.

Autre­ment dit, la ségré­ga­tion spa­tiale à carac­tère social ne cesse d’augmenter. 

On enre­gistre entre 2004 et 2019 une aug­men­ta­tion de la ségré­ga­tion de 44 % pour le groupe social « modeste ». Autre­ment dit, près de la moi­tié de la popu­la­tion rési­dant à proxi­mi­té d’un groupe social défa­vo­ri­sé le quitte au pro­fit d’un groupe plus favo­ri­sé, dès lors qu’elle se trouve en capa­ci­té de pou­voir le faire. Les quar­tiers pauvres se pau­pé­risent alors d’au­tant plus. 

Ain­si, entre 2004 et 2019, les dis­pa­ri­tés spa­tiales selon le reve­nu se sont accen­tuées dans la plu­part des grandes villes : tous les groupes de reve­nus vivent dans des quar­tiers de moins en moins mixtes, à l’exception notable des popu­la­tions les plus modestes.

Le phé­no­mène est par­ti­cu­liè­re­ment saillant dans les grandes villes. Mul­house rejoint le niveau de Mar­seille (à popu­la­tion moindre tou­te­fois), de Lille, Tours, Rouen, ou Angers. Mais Stras­bourg n’y échappe pas, bien qu’à un niveau moindre :

Ce sépa­ra­tisme spa­tial, deve­nu struc­tu­rel, explique en bonne par­tie et accom­pagne le sépa­ra­tisme sco­laire à l’oeuvre par le moyen de l’offre édu­ca­tive pri­vée sous contrat avec l’État.

La pre­mière chose à noter en matière de ségré­ga­tion, ou de sépa­ra­tisme sco­laire, est que le ratio entre éta­blis­se­ments sco­laires publics et pri­vés reste modeste au niveau du pre­mier degré. 

Un premier degré relativement préservé 

Ain­si, ain­si que nous le remar­quions dans notre pre­mière par­tie à ce sujet, il n’y a que 4,42% de l’offre sco­laire rela­tives aux écoles élé­men­taires et mater­nelles qui relève du pri­vé, en Alsace. 

Pour 723 éta­blis­se­ments publics répar­tis entre Haut-Rhin et Bas-Rhin, on compte 32 éta­blis­se­ments pri­vés. C’est peu par rap­port aux ratio public/privé des col­lèges et lycées, ain­si que nous le ver­rons plus tard. 

Il faut sans doute com­prendre que le sépa­ra­tisme ter­ri­to­rial à carac­tère sco­laire n’a pas encore lieu d’être à ce niveau de sco­la­ri­té. Les parents, notam­ment et sur­tout ceux issus de la classe moyenne, se résolvent à lais­ser leurs enfants dans le sec­teur public. 

Un choix de confiance, de rai­son et de proxi­mi­té, car l’é­ta­blis­se­ment est le plus sou­vent inté­gré à l’es­pace de vie sociale du quar­tier résidentiel.

Ain­si qu’on le voit dans le docu­ments PDF ci-des­sous, les écoles dont les indices sociaux sont de loin les plus bas, sont situés dans les quar­tiers pau­pé­ri­sés des 3 grandes villes alsaciennes. 

Les valeurs pos­sibles de l’in­dice de posi­tion sociale (IPS) s’étendent de 38 (exemple de pro­fil : pro­fes­sion du père non ren­sei­gnée ou sans et mère au chô­mage n’ayant jamais tra­vaillé) à 179 (exemple type : père ingé­nieur et mère pro­fes­seure des écoles). Ces mini­mums et maxi­mums extrêmes ne se retrouvent pas en Alsace. Ils sont tou­te­fois cou­rants à Paris. 

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Le docu­ment ci-des­sus, éma­nant de la DEPP (la direc­tion de l’é­va­lua­tion, de la pros­pec­tive et de la per­for­mance de l’Éducation natio­nale), montre qu’à Stras­bourg, les écoles publiques Gyne­mer 1 et 2, situées dans le quar­tier de la Mei­nau ouvrent le clas­se­ment avec un Indice de posi­tion sociale des parentes com­pris entre 60 et 62,5 (colonne toute à droite). 

Sur­prise, car même à Col­mar, riante cité bour­geoise de 60 000 âmes, située au nord de la Haute-Alsace, qui aime tant à se dis­tin­guer de la souf­fre­teuse cité mul­hou­sienne, et où la classe moyenne supé­rieure se trouve en bon nombre, l’é­cole Anne Frank, située dans le quar­tier ouest de la ville, se dis­tingue par sa pau­vre­té, avec un indice social poin­tant à 63,7.

Mul­house n’ap­pa­rait en effet qu’en hui­tième posi­tion dans ce triste clas­se­ment, avec les écoles Per­gaud (quar­tier Coteaux), Wag­ner et Wolf, deux des quar­tiers les plus pauvres de la ville, avec des IPS éche­lon­nés entre 65,5 et 67,7.

Les 144 pre­mières écoles de ce clas­se­ment sont publiques. Et qua­si­ment toutes sont situées dans des quar­tiers popu­laires de l’une des trois grandes villes alsa­ciennes, ou leur proche agglomération. 

La pre­mière école élé­men­taire sous contrat émerge à la 145 ème place. Il s’a­git de l’é­cole Sainte-Gene­viève, située à Sainte Marie aux mines. Une petite école d’un peu plus de 150 élèves de niveau mater­nelle et élé­men­taire, dont l’IPS est de « seule­ment » 94,4. Ce qui prouve que le sec­teur pri­vé connait lui éga­le­ment des excep­tions, en pro­mou­vant de la mixi­té sociale, et en accueillant une majo­ri­té d’en­fants issus de milieux sociaux plu­tôt modestes, ain­si qu’on le véri­fie­ra encore. 

Mais les pre­miers bataillons d’établissements pri­vés arrivent depuis Ribeau­villé et de Stras­bourg, avec un IPS de 110 et plus. La mixi­té sociale com­mence déjà à y battre sérieu­se­ment de l’aile sta­tis­ti­que­ment et socia­le­ment par­lant, alors que le gros de la troupe sco­la­ro-pri­va­tiste squatte allè­gre­ment des indices allant de 120 à 145, dont des écoles bilingues fran­co-alle­mandes « ABCM », ce qui ne consti­tue qu’une demi-sur­prise, au regard du pro­fil social des sou­tiens à la struc­ture associative. 

Les quatre écoles dont l’IPS est le plus éle­vé (plus de 140) sont toutes stras­bour­geoises, et pri­vées sous contrat. Elles sont aus­si bien laïques : « conseil des XV » (classes inter­na­tio­nales), que confes­sion­nelles, avec les écoles « Aqui­ba » (judaïque), « Lucie Ber­ger » (pro­tes­tante), et « Yehou­da Ale­vi » (judaïque).

A Mul­house, c’est l’é­cole Jeanne d’Arc qui est évi­dem­ment la mieux dotée socia­le­ment, avec un indice de posi­tion sociale de 129,8. Au sein de l’ag­glo­mé­ra­tion mul­hou­sienne, l’é­cole épis­co­pale de Zilli­sheim est encore un cran au-des­sus, avec un indice de 136,6.

Une séparation sociale marquée au collège 

En Alsace, les col­lèges comptent 147 éta­blis­se­ments publics et 24 éta­blis­se­ments pri­vés, soit 16,32 % de l’offre sco­laire com­pre­nant des classes de 6ème à la 3ème. 

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Le col­lège Soli­gnac situé à Stras­bourg dans le quar­tier Neu­hof, est clas­sé REP+, et accueille notam­ment des classes SEGPA et ULIS (dis­po­si­tif pour la sco­la­ri­sa­tion des élèves en situa­tion de han­di­cap) connait un IPS 63,7 en 2021/2022, en amé­lio­ra­tion par rap­port aux 58,8 à 60,9 des années précédentes. 

Le col­lège Jean Macé (quar­tier des Coteaux), est éga­le­ment un éta­blis­se­ment d’éducation prio­ri­taire REP +. Il compte 590 élèves, dont 80 en sec­tion d’enseignement géné­ral et pro­fes­sion­nel adap­té SEGPA, et com­prend lui aus­si des classes ULIS. Sa « per­for­mance » est à peine meilleure que Stras­bourg, avec des IPS de 66,9, alors qu’il était de 61,9 et 62,4 les années précédentes. 

A Col­mar, le col­lège Molière arrive dou­zième, avec un IPS de 64,4 en 2021/2022.

Le sec­teur pri­vé fait sa pre­mière appa­ri­tion à par­tir de l’in­dice 94,9, modes­te­ment atteints par l’ins­ti­tu­tion Sainte Marie de Ribeau­villé, ce qui signe une rela­tive mixi­té sociale (il était de 102,2 l’an­née sco­laire pré­cé­dente et de 105,8 en 2018/2019), prou­vant que cela est donc pos­sible dans le pri­vé sous contrat, pour peu que celui-ci prenne sa part de l’ef­fort édu­ca­tif en faveur des plus démunis. 

A par­tir d’un IPS de 130, les éta­blis­se­ments sont sys­té­ma­ti­que­ment de nature pri­vée, sous contrat d’as­so­cia­tion avec l’État. Ils forment un pano­ra­ma confes­sion­nel concor­da­taire com­plet, réunis­sant les cultes catho­liques, pro­tes­tants et hébraïques. 

Des lycées ségrégés par nature

Les lycées alsa­ciens comptent 68 éta­blis­se­ments public et 25 éta­blis­se­ments pri­vés, soit 36,76 % de l’offre sco­laire totale.

Celle-ci se dis­tingue tou­te­fois dans le clas­se­ment opé­ré par l’ins­ti­tut sta­tis­tique de l’Éducation natio­nale, par un hia­tus dans la nature des éta­blis­se­ments clas­sés. Il s’a­gi­ra en effet soit de « LEGT », c’est à dire des lycées d’en­sei­gne­ment géné­raux et tech­no­lo­giques, soit de « LPO », ou lycées poly­va­lents, qui regroupent un lycée géné­ral et tech­no­lo­gique (LGT) et un lycée pro­fes­sion­nel ou lycée des métiers (LP).

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Et l’a­na­lyse des chiffres est sans sur­prise : les lycées géné­raux situés dans les quar­tiers popu­laires de Stras­bourg, Mul­house, Col­mar, ain­si que d’autres petites villes, comme Cer­nay, Pul­ver­sheim, Wit­ten­heim, Schi­li­ti­gueim, sont voués à accueillir les élèves issus de milieux sociaux modestes. 

En outre, les lycées pro­fes­sion­nels ou lycées des métiers sont tous (à de rares excep­tions, liées à leur sta­tut d’é­ta­blis­se­ment pri­vé sous contrat (Saint-Joseph de Clu­ny, à Mul­house ; Don Bos­co Wit­ten­heim ‑presque à 100‑, Sainte-Anne ou Sainte-Clo­tilde à Stras­bourg, Sainte-Phi­lo­mène à Hague­nau etc…) en des­sous de l’in­dice 100. 

La moyenne de l’in­dice de posi­tion sociale des lycées pro­fes­sion­nels se situe aux alen­tours de 80, soit une situa­tion de ségré­ga­tion sociale nette. 

De ce point de vue, les année fai­sant, le déter­mi­nisme social (ou habi­tus au sens de Bour­dieu) par lequel les fils d’ou­vriers deviennent presque tou­jours des ouvriers, et les fils de cadre deviennent des cadres se véri­fie encore et tou­jours par l’a­na­lyse de ces chiffres. 

Stratégies d’évitement scolaire

Les phé­no­mènes de ségré­ga­tions sco­laires sont pour part la résul­tante des stra­té­gies des familles. Le cher­cheur Pierre Merle évoque à ce pro­pos une « ségré­ga­tion par le haut », qui per­met­trait la sco­la­ri­sa­tion au sein d’un même éta­blis­se­ment des élèves issus des caté­go­ries sociales favo­ri­sées. Il s’agit de la ten­dance consis­tant à fuir les éta­blis­se­ments (publics) d’affectation.

Jean-Paul Payet, socio­logue de l’é­du­ca­tion : la ségré­ga­tion sco­laire est un état et un pro­ces­sus de sépa­ra­tion phy­sique, sociale, et sym­bo­lique de popu­la­tions d’élèves en fonc­tion de carac­té­ris­tiques qui relèvent soit des popu­la­tions elles-mêmes, soit des contextes locaux (quar­tiers, répu­ta­tions, préjugés…) 

Le moteur de cette fuite des plus aisés tient d’a­bord au poids des sté­réo­types propres à cer­taines caté­go­ries, de sorte qu’un « effet repous­soir » peut être cau­sé par une variable eth­nique et condi­tion­ner ces com­por­te­ments d’é­vi­te­ment scolaire.

Les dif­fé­rentes formes de ségré­ga­tions sco­laires citées pré­cé­dem­ment sont cumu­la­tives et dépen­dantes. Elles viennent aggra­ver et creu­ser les inéga­li­tés sco­laires en ren­for­çant des situa­tions de handicap.

Par­mi les formes de ségré­ga­tion sco­laire, la ségré­ga­tion eth­nique est la plus sévère et en même temps la moins docu­men­tée, car elle fait l’ob­jet d’un déni de la part des ins­ti­tu­tions et des parents court-cir­cui­tant les éta­blis­se­ments publics. 

La ségré­ga­tion eth­nique désigne la concen­tra­tion des popu­la­tions immi­grées ou d’enfants d’immigrés dans les ban­lieues et quar­tiers popu­laires. Elle affecte éga­le­ment signi­fi­ca­ti­ve­ment cer­tains éta­blis­se­ments sco­laires avec une concen­tra­tion mas­sive d’élèves allochtones.

Le cher­cheur Georges Felou­zis montre que les col­lèges les plus ségré­gés d’un point de vue eth­nique le sont aus­si socia­le­ment et scolairement.

Ségrégation ethnique et inégalités scolaires

D’a­près l’IREV des Hauts-de-France, l’un des 19 centres de res­sources poli­tique de la ville en France : « les taux de ségré­ga­tion sont bien plus impor­tants en fonc­tion de l’origine eth­nique qu’en fonc­tion de l’origine sociale ou du retard sco­laire ».

« La ségré­ga­tion pro­duit et ren­force les inéga­li­tés car les éta­blis­se­ments les plus ségré­gés n’offrent pas les mêmes oppor­tu­ni­tés d’apprentissage aux élèves que les autres éta­blis­se­ments ».

Le contexte d’apprentissage créé par un niveau sco­laire faible en moyenne génère des pro­gres­sions sco­laires elles aus­si plus faibles. Les ensei­gnants modu­le­raient en effet leur ensei­gne­ment en fonc­tion du niveau sco­laire, réel ou sup­po­sé, de leurs élèves. De fait, l’enseignement est moins inten­sif, le rythme est moins sou­te­nu et les objec­tifs sont plus modestes.

Car les pré­ju­gés sociaux pré­valent aus­si en matière de qua­li­té ou de niveau d’en­sei­gne­ment, ain­si que nous en informe la psy­cho­lo­gie sociale

Il y a un turn-over des ensei­gnants plus impor­tant dans les écoles les plus ségré­guées, avec des ensei­gnants débu­tants ou peu expé­ri­men­tés, voire moins diplô­més que les autres.

Les écoles ségré­guées se carac­té­risent enfin par un cli­mat sco­laire décrit comme dif­fi­cile à la fois par les élèves comme par les ensei­gnants, avec une pro­por­tion impor­tante de vio­lences sco­laires et d’incivilités.

Une discrimination systémique et des réponses possibles

Le cumul des méca­nismes : stra­té­gies d’établissements, poli­tiques de peu­ple­ment, et les choix fami­liaux conduisent à pro­duire une ségré­ga­tion mas­sive à l’égard de cer­taines mino­ri­tés, regrou­pées mas­si­ve­ment voire exclu­si­ve­ment dans cer­tains établissements.

En France, la pre­mière des mesures qui per­met­trait de limi­ter dras­ti­que­ment les effets d’é­vi­te­ment des éta­blis­se­ments sco­laires publics par de nom­breuses familles bour­geoises (ou plus sûre­ment issues de la classe moyenne), consis­te­rait à for­cer les éta­blis­se­ments pri­vés sous contrat avec l’État, à s’ins­crire dans la logique de la carte sco­laire ter­ri­to­riale : c’est à dire à inter­dire au pri­vé le droit de choi­sir les élèves qui la fré­quentent. Lui per­met­tant au pas­sage d’af­fi­cher des taux réus­site pré­ten­du­ment miro­bo­lants au bac, par rap­port au public. 

On dira par euphé­misme qu’il s’a­git d’ « Inclure les éta­blis­se­ments pri­vés dans les stra­té­gies de désé­gré­ga­tion »…

Cette absence de contre­par­tie, alors que l’État fran­çais dis­tri­bue plus de 12 mil­liards de sub­sides aux éta­blis­se­ments confes­sion­nels est une aber­ra­tion française. 

A Paris une expérience visant à contrer les logiques concurrentielles par la multi-sectorisation

Il s’agit d’une expé­ri­men­ta­tion ins­ti­tuant des sec­teurs mul­ti-col­lèges à Paris dans les 18ème et 19ème arrondissements.

En 2017, le Conseil de Paris vote la créa­tion de trois sec­teurs bi-col­lèges dans ces deux arron­dis­se­ments. Un sec­teur mul­ti-col­lège consiste à défi­nir un sec­teur com­mun à plu­sieurs col­lèges géo­gra­phi­que­ment proches mais pré­sen­tant des com­po­si­tions sociales contras­tées afin de diver­si­fier leur recru­te­ment social.

Cette expé­ri­men­ta­tion a fait l’objet d’une éva­lua­tion dont les conclu­sions relèvent le carac­tère glo­ba­le­ment posi­tif de l’expérimentation sur la mixi­té sociale des établissements.

A Toulouse, un système de « bonus-malus »…

En Haute-Garonne, et notam­ment à Tou­louse, il a été obser­vé une forte concen­tra­tion d’élèves favo­ri­sés dans les col­lèges pri­vés et une forte concen­tra­tion d’élèves défa­vo­ri­sés dans les col­lèges publics.

Pour palier à ce phé­no­mène, un sys­tème de bonus-malus a été mis en place. Les col­lèges qui feront un effort pour aug­men­ter leur popu­la­tion d’élèves défa­vo­ri­sés ver­ront leur dota­tion de fonc­tion­ne­ment ver­sée par le conseil dépar­te­men­tal aug­men­ter, et dans le cas contraire, baisser. 

Ces volumes finan­ciers ne concernent tou­te­fois que les finan­ce­ments qui servent à réa­li­ser des sor­ties cultu­relles ou des voyages sco­laires (car les col­lec­ti­vi­tés locale n’osent réduire leur dota­tion géné­rale), avec un mon­tant for­fai­taire annuel de 54 euros par élèves.

Ain­si, en 2019, sur les 96 col­lèges publics de Haute-Garonne, 56 ont béné­fi­cié d’un bonus, un seul col­lège a subi un malus, les 39 res­tant n’ont pas vu leur dota­tion évoluer.

Dans le pri­vé la pro­por­tion est inverse, sur les 21 col­lèges, 16 ont per­du de 6 à 10 euros par élève, un seul a béné­fi­cié d’un bonus et quatre ont conti­nué à per­ce­voir les dota­tions habituelles.

Pédagogies alternatives ?

D’autres expé­riences coexistent, comme celle de Mons-en-Barœul, où le col­lège a adop­té la péda­go­gie Frei­net. D’a­près l’I­REV, il s’a­git de « lut­ter contre l’échec sco­laire et les ten­sions quo­ti­diennes qui impac­taient le cli­mat sco­laire de l’école. Le pro­jet, ini­tié en 2001, a sen­si­ble­ment modi­fié les résul­tats des élèves et a favo­ri­sé la réus­site scolaire ».

Ce fai­sant, il a per­mis d’attirer des familles exté­rieures au quar­tier et a impac­té sen­si­ble­ment la mixi­té sco­laire de l’établissement.

Dans d’autres pays des modèles asso­ciant rup­ture avec la péda­go­gie ordi­naire et inci­ta­tions sociales et fis­cales tentent de favo­ri­ser la mixi­té sociale. 

Quoi qu’il en soit, l’é­cole de l’é­vi­te­ment social est un mal endé­mique sin­gu­liè­re­ment fran­çais, qui ronge toute chance de mettre en oeuvre une éga­li­té réelle au sein de la socié­té, et a for­tio­ri au sein des ins­ti­tu­tions poli­tiques et admi­nis­tra­tives, que les jeunes éco­liers seront bien­tôt ame­nés à investir. 

Il y va de la paix sociale si une inflexion pro­gres­siste et une prise de conscience ne pre­nait pas chez les parents sou­cieux-de-choi­sir-le-meilleur-pour-leurs-enfants, et auprès des éta­blis­se­ments sco­laires sup­po­sé­ment éli­taires qui se croient rele­vés de toutes obli­ga­tions sociales, ou bien alors de la tech­no­po­lice tous azi­muts, en cas de guerre sociale…