Crédit photos : Martin Wilhelm

L’enseigne irlandaise de fast-fashion, fondée en 1969 sous le nom de Penneys, est implantée dans la galerie commerciale Porte jeune de Mulhouse depuis l’été 2023. Elle est devenue la locomotive de la zone commerciale, après un déclin progressif depuis quelques années.

Une partie des salariés de l’entreprise ont déclenché un mouvement de grève ce samedi 22 mars, entre 12h et 15h, journée traditionnelle d’affluence.

Présent à 12 heures pétantes avec quelques camarades de l’union départementale, Anis se veut le porte-parole de débrayage. Affublé d’un chasuble de la CGT, il est employé depuis l’ouverture du magasin, voici 2 ans, et veut s’exprimer au nom des quelques dizaines de ses collègues qui n’osent pas se montrer sur le piquet de grève situé devant l’entrée.

Une devanture d’ailleurs attentivement surveillée par des cadres de l’entreprise, en place dès avant l’arrivée des grévistes, et qui notaient scrupuleusement tout ce qui s’y déroulait.

Anis insiste sur la souffrance vécue par le collectif de travail : « il y a beaucoup de gens dans ce magasin qui se tuent au travail, qui ne parlent pas, qui souffrent intérieurement, il y a des gens qui ont pensé à se suicider, il y a des gens qui sont là, qui souffrent, et moi, je ne veux pas accepter ça, en sachant qu’on a une direction vraiment médiocre, vraiment catastrophique, et surtout un directeur qui n’est pas à l’écoute de ses employés« .

Il évoque en outre le manque de respect, les salaires régulièrement amputés ou incomplets, la RH incompétente : »dès que l’on veut aller leur parler, ils nous envoient chier, ils nous envoient balader, ils nous disent : envoyez des mails. On n’a aucune réponse. Et moi, personnellement, qui est encore un jeune travailleur, je ne trouve pas ça normal« .

Anis évoque particulièrement le sort de la vingtaine de salariés en reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) : « au moins 18 actuellement souffrent à cause de ce travail. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas écoutés, ils ne sont pas entendus. Certains viennent chez moi, ils viennent se confier, ils me disent, Anis, j’en peux plus, j’en ai marre. Je suis à deux doigts de me suicider, je suis à deux doigts de sauter, j’en peux plus. C’est des personnes reconnues handicapées. L’entreprise connaissait leur handicap avant de les embaucher, et pourtant ils les traitent comme des chiens ».

Outre les retenues de salaire injustifiées, parfois drastiques, sans explication claire de la part des ressources humaines, Anis évoque également un management autoritaire, marqué par des pratiques qu’il qualifie de harcèlement, comme l’utilisation abusive des caméras de surveillance pour réprimander les employés, ou l’attribution punitive des tâches. Ces méthodes, combinées à un manque de reconnaissance et à une pression constante, ont conduit à une détérioration du climat social, avec de nombreux collaborateurs en arrêt maladie ou en dépression.

« Allez voir la médecine du travail. Il y a je ne sais pas combien de plaintes par rapport à Primark. La médecine du travail est débordée par rapport à tout ça. On n’a aucun aménagement de poste. Et pour vous dire, là, il y a quelques semaines, il y a deux personnes de la santé du travail qui sont venues pour voir les personnes en aménagement de poste. Qu’est-ce qu’ils font de la direction ? Ils les prennent, ils les ramènent. Ils les prennent dans deux bureaux, ils les cloisonnent et ils ne leur montrent que ce qu’ils veulent voir. Nous, on n’a pas le droit de parler ».

Le témoignage illustre aussi une critique plus large de la politique managériale de l’entreprise. L’intervenant souligne le décalage entre l’image positive que Primark cherche à projeter et la réalité vécue par les employés : surcharge de travail, absence de remerciements et focalisation sur les erreurs.

« Oui, la pression, elle est là. Dites-vous que quand je ne viens pas travailler, quand je me mets en arrêt maladie, c’est à ce moment-là que je commence à revivre. Quand je viens travailler ici, que je passe le palier, j’ai la boule au ventre. Est-ce que vous trouvez ça normal ? Ils sont là, ils clament, ils clament le respect. La seule chose qu’on voit, c’est la mise en danger de la santé physique et mentale des salariés« .

Il insiste sur le fait que ces problèmes ne sont pas liés au modèle économique de l’enseigne (ce que de nombreux analystes et sociologues relient pourtant à la violence sociale subie par les salariés) mais bien à une direction qu’il qualifie de « catastrophique ». Le turn-over y est d’ailleurs élevé, de l’ordre de 25 %.

Le mécontentement généralisé parmi les salariés reflète quoi qu’il en soit un besoin urgent d’amélioration des conditions de travail et un dialogue social plus respectueux des collaborateurs de cette enseigne, qui, à l’instar d’autres acteurs du low-cost, violentent et dédaignent toujours davantage le facteur humain…

Le service communication de Primark n’a pas souhaité donner suite à notre demande de contact.