Crédit photos : Martin Wilhelm

Dans le cadre de la Journée internationale pour l‘élimination de la discrimination raciale, près de 400 personnes se sont réunies à partir de 14h30 sur la place Franklin, à Mulhouse, à l’initiative notamment de la LDH, Attac, PCF68, NPA, LFI, les Ecologistes, le DAL, MNCP, CCFD, CSTE, AFPS, CGT, FSU, Génération S. Un chiffre inespéré par les organisateurs. Le cortège s’est ensuite dispersé sur la place des Victoires.

On a compté près de 100 000 manifestant-e-s au niveau national.

Gérard Moine y est intervenu pour le compte de la Ligue des Droits de l’homme, section de Mulhouse :

« Quand les discours publics cherchent à nous opposer les uns aux autres, alors que nous partageons les mêmes aspirations au bien-être, à la justice économique et sociale, et à l’égalité des droits. Quand ces mêmes discours légitiment les idées les plus réactionnaires de l’extrême droite, ouvrant la voie au courant fasciste, nous appelons à défendre les droits, la justice sociale et la dignité de chacun et chacune. Nous appelons donc les organisations démocratiques, au-delà de toute divergence d’opinion, à mettre en place une plateforme commune contre le racisme et le fascisme, en France et en Europe, pour éviter le désastre économique et social, sans précédent, que représenterait une éventuelle victoire de l’extrême droite aux prochaines élections. À l’occasion de ce 22 mars, journée internationale contre le racisme, nous appelons les Mulhousiens et Mulhousiennes à résister à l’idéologie de la haine de l’autre. Dans nos quartiers et nos lieux de travail, avec tous ceux qui le souhaitent, et tous ceux qui se trouvent confrontés au racisme et à la discrimination, unissons-nous pour la liberté, la dignité et l’égalité des droits. Nous ne voulons pas d’une société raciste. Proclamons ensemble que notre monde s’appelle Solidarité ! »

De même que Simone Roesch, pour Droit au logement :

« Les comportements racistes et xénophobes sont le quotidien pour tant de personnes aujourd’hui, au prétexte de leur origine, de leur couleur de peau, de leur religion. Le racisme est une grande graine qui progresse à bas bruit malgré les lois. Le droit. Refuser le racisme, c’est combattre son principe même, qui consiste à différencier les êtres humains selon leur origine et à attiser entre eux la rancœur et la haine. Au DAL, nous constatons régulièrement diverses formes de racisme et de stigmatisation envers les populations d’origine immigrée. Certains logements, certains quartiers sont difficilement accessibles pour les personnes d’origine étrangère. Nous voyons bien lors de nos visites que des logements insalubres occupés sont le plus souvent ceux des familles d’origine immigrée. La plupart sont des bailleurs privés, mais aussi des bailleurs sociaux.

Nous sommes indignés par l’évacuation violente des mineurs isolés à la gaieté lyrique à Paris. Et nous demandons des conditions dignes d’hébergement pour toutes, quels que soient leurs statuts. Les idées de l’extrême-droite se propagent aujourd’hui. Les thématiques majeures qui font monter le RN électoralement – islam, immigration, insécurité – sont aujourd’hui centrales dans l’espace médiatique. Elon Musk fait un salut nazi, et ça ne choque presque plus. Bayrou parle de submersion migratoire, et c’est quand même une chose qui est très intéressante. C’est considéré comme normal. L’idée est d’avoir un impact émotionnel fort, de créer une division entre nous. On observe avec l’opposition entre blancs et racisés, mais aussi avec une dimension générée qui passe par l’opposition entre le genre majoritaire et le genre minoritaire.

C’est là qu’on retrouve la question de la transphobie et une opposition plus générale à ce qu’ils considèrent être des formes de déviance. C’est utile aussi pour comprendre ce que fait Trump. « Make America great again ». C’est l’idée qu’on a remis à sa juste place dans l’histoire de la nation et dans la hiérarchie raciale. Ça s’oppose à une lecture sociale de la société. « Où allons-nous ? » disait Luther King. Sans l’espoir, sans l’apitoiement, l’aigreur, la haine, la dérive. Le fascisme est un outil pour les classes possédantes. Il se développe en période de crise économique, puis sociale, puis politique. C’est à ce moment-là que l’extrême-droite réapparaît comme une solution possible. D’un point de vue matérialiste, il faut comprendre que le capitalisme est en présentation, confronté à une situation dans laquelle il ne pourra bientôt plus exploiter comme avant les ressources naturelles, mais aussi humaines.

À ce moment-là, ressurgit la question du suprémacisme et donc de l’épuration, car les grandes puissances se disent qu’il va falloir faire le tri. Le racisme apporte une solution toute faite. Nous ne devons pas oublier que nous sommes aussi sans argent pour nous nourrir convenablement, pour nous soigner, pour chauffer nos logements, pour nous déplacer comme bon nous semble. De plus en plus d’États mènent une politique violente contre les personnes pauvres en les stigmatisant, en mettant en place des politiques de contrôle, de baisse de leurs allocations, de radiation, les laissant sans ressources. C’est une politique anti-pauvre contre laquelle nous devons lutter. Dernier en date, le gouvernement britannique qui veut réduire les emplois, les aides aux personnes en situation de handicap pour financer notamment le réarmement face à la menace russe.

Le néolibéralisme défait à la démocratie. Nous ne sommes pas les responsables, nous n’avons pas à payer pour la crise qu’ils ont créée. Il nous faut définir un projet pour le mettre en confrontation avec le leur. Réfléchir aux conditions nécessaires d’une existence paisible où la vie s’épanouit et s’éteint d’elle-même, et non pas par la violence d’un bombardement, d’un génocide ou d’une exploitation des forces du corps implique d’essayer d’articuler des politiques de reconnaissance et des politiques de redistribution.

Contre des formes mortifiantes de mépris et contre des inégalités socio-économiques meurtrières, il faut bâtir un dialogue. Sartre disait : « L’universel humain est à faire ». Il dénonçait la fausse universalité qui n’est en réalité que l’exploitation du plus grand nombre pour une minorité. Assoir un nouvel ordre social, moins indécent, moins violent, c’est le goût de mal aimer des partis, des collectifs, des militants, des intellectuels, des artistes, de tous ceux et toutes celles qui refusent ce monde de séparation et de maltraitance. Ils veulent nous empêcher de faire peuple. Nous répondrons ensemble pour notre humanité ».