Crédit photos : Martin Wilhelm

Dimanche 6 septembre, entre 10 heures et 17 heures, le parc expo de Mulhouse vivait au rythme de Explor’Asso, la journée découverte des associations exerçant dans la cité du Bollwerk, et organisée par le Carré des associations.

Quelques heures pour arpenter les allées, papillonner entre stands, discuter bénévolat et projets citoyens : sport, culture, environnement, entraide, le tissu associatif mulhousien, réputé pour être très riche, s’y est déployé dans toute sa diversité.

Mais à mesure que nous progressions entre les stands, dont beaucoup de club sportifs, de loisirs, structures caritatives et humanitaires (aide aux demandeurs d’asile, Caritas, Banque alimentaire, Secours populaire, Cimade, CCFD…) ou sociales et militantes (MNCP, Maison de la citoyenneté…), en défense des milieux naturels (Moulin nature…) ce sont presque toujours les structures d’intérêt public et social qui accrochent le regard, et le visiteur curieux en repart rarement les mains vides.

Parmi elles, une initiative a particulièrement retenu notre attention : la Sécurité sociale de l’alimentation Alsace. Nous y avons rencontré Serge Bertelli et Patrick Franck, qui animent, avec Isabelle Maurer, l’antenne mulhousienne du mouvement. Le rendez-vous est d’ailleurs déjà pris : le lancement officiel de la Caisse alsacienne de l’alimentation (CALA) est fixé au samedi 12 septembre à Strasbourg.

Nos assiettes sont malades

Le principe tient en une seule question élémentaire : « Est-ce qu’on pourrait imaginer pour notre alimentation un système de solidarité inspiré de notre sécurité sociale ? ».

Car « manger, on le fait tous les jours, mais quand le budget est serré, bien manger peut rapidement devenir un casse-tête. Choisir entre le prix, la qualité, les produits frais… ». L’idée : consacrer chaque mois une somme à son alimentation, financée par une cotisation adaptée aux ressources de chacun.

Portée depuis 2017 par des acteurs de la société civile en France, en Belgique et en Suisse, dont ISF-Agrista, la Confédération paysanne ou le mouvement des AMAP, réunis depuis 2019 au sein d’un collectif, la proposition repose sur trois principes :

  • L’universalité du droit à l’alimentation
  • La cotisation sociale
  • Le conventionnement démocratique

À terme, ses promoteurs imaginent une « carte Vitale de l’alimentation » créditée de 150 euros par mois, financée par une cotisation de 12,6 % sur les salaires.

Le contexte presse plus que jamais : plus de 8 millions de personnes (près de 12 % de la population) ont eu besoin de l’aide alimentaire en 2021, soit trois fois plus qu’en 2005, et les prix alimentaires ont bondi de 15,9 % entre mars 2022 et mars 2023 (pic de la crise inflationniste sur l’agroalimentaire). De +1,7% entre mars 2023 et mars 2024, et environ +2% depuis 2024.

Des dizaines de communes, dont Paris, Bordeaux, Montpellier, Cadenet, Gironde, Strasbourg… expérimentent déjà des caisses locales. « La ville de Bruxelles a adopté le système », note Serge Bertelli. En Région bruxelloise, l’expérimentation de Schaerbeek a ainsi doté 70 personnes du CPAS (Centre public d’action sociale) d’un solde de 150 euros par mois dans un supermarché coopératif.

« Contrôle administratif, institutionnel : on ne le pratiquera jamais »

Concrètement, à l’antenne mulhousienne, on adhère et on cotise pour bénéficier d’un droit au remboursement d’achats alimentaires. « Chacun, selon sa ressource, va au minimum cotiser, s’il le peut, 80 euros. Selon sa ressource, ça peut monter à 100, 120, mais pour un remboursement universel et fixe de 150 euros, en nous rapportant les tickets d’achat alimentaire », détaille Serge Bertelli.

La cotisation tient compte de la composition du foyer, seul, en couple « pas forcément marié », avec ou sans enfant, pour ajuster le montant des ressources prises en compte.

Mais la sécu alimentaire refuse deux pièges : la subvention et le contrôle. La subvention à l’achat alimentaire a bien existé au début de l’expérience, « Pour vérifier une partie du projet avec les gens, des modestes, voire précaires », mais elle devait s’arrêter – et elle s’est arrêtée – car le mouvement est « basé, fondé, sur la cotisation et non pas la subvention », rappelle Serge Bertelli.

Exit également le contrôle des étiquettes-caisses : « contrôle administratif, institutionnel, que nous, on ne pratiquera jamais », tranche Serge Bertelli. À la place, une liste de magasins, de lieux et de maraîchers conventionnés : « on achète à leur prix leurs articles », pour en faire « quelque part des partenaires, mais sans qu’on ait d’intérêt chez personne ».

Le terrain de jeu est clairement délimité : « on est dans l’alimentation saine, on n’est pas dans l’agro-industriel », aux côtés des petits paysans et des maraîchers.

Un spécialiste missionné par la ville de Strasbourg, après une étude de plusieurs mois sur le contexte alimentaire, avait d’ailleurs identifié comme enjeu « le pouvoir nourricier » de toutes les formes de production, du jardin privé au maraîcher, en passant par l’agro-industrie.

« Personne ne doit être exclu »

Pas question non plus de trier les bénéficiaires. « Nous n’excluons personne parce que personne ne doit être exclu : dans l’alimentation, tout le monde a quelque chose à faire », plaident les animateurs, où l’on souhaite aussi « reprendre plaisir à manger et à cuisiner ». Isabelle Maurer résume l’ambition sur Ici Alsace : « Déjà, tout le monde a une assiette. Nous sommes 69 millions en France, nous devons tous manger. Le but final, pour moi, ce serait qu’on mange bien, qu’on mange mieux et qu’on choisisse ce qu’on veut mettre dans nos assiettes ».

Rendez-vous le 12 septembre à Strasbourg

Prochaine étape : le lancement officiel de la CALA – Caisse alsacienne de l’alimentation, le samedi 12 septembre de 10h à 12h à la Tour du Schloessel (33A, rue de la Tour, Strasbourg), suivi d’un repas partagé de 12h à 14h avec dégustation des produits des producteurs et commerces conventionnés.

L’occasion de tirer le bilan de la première année de la Caisse d’Alimentation de Koenigshoffen, dont la première phase d’expérimentation s’est déroulée de septembre 2025 à septembre 2026, avant d’ouvrir la perspective d’une caisse couvrant le Haut-Rhin et le Bas-Rhin.

En attendant, la solidarité est déjà servie à Mulhouse. À chacun d’y apporter sa contribution.

Le programme du 12 septembre est disponible sur notre site agenda.

Pour en savoir plus : la notice Wikipédia du projet / le site national