Plein d’ampoules aux mains à force de tirer sur les rames de la galère sociale…..

  • La rédaction
  • 6 juin 2015
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Dédé, figure bien connue du monde associatif mulhousien depuis plus de 10 ans, délaisse un peu son arme favorite – le dessin – pour adresser à l’Alterpresse68 un texte en forme de manifeste où il explique ses constats, ses axes de réflexion, sa colère  mais aussi sa lassitude devant la gravité des question sociales et l’impuissance des bonnes volontés.

Vrais pour Mulhouse où ces problèmes sont particulièrement aigus (rappelons simplement que cette ville est classée 6e des villes de plus de 100 000 habitants au « palmarès » des villes les plus pauvres de la France métropolitaine et également « bien » classée à celui des villes les plus inégalitaires (Observatoire des inégalités et bureau d’études Comas), ils ne le sont pas moins pour nombre de nos territoires et parties de la population désormais oubliés (condamnés?) au sous développement, à la désespérance sociale, à la peur des lendemains.

La « bonne volonté » pour suppléer aux carences des pouvoirs publics ?

Dédé écrit: “Je  sais que nous avons des analyses, des expériences et des pratiques diverses; mais je sais aussi et surtout que nous poursuivons les mêmes buts: travailler pour une société meilleure, plus juste et moins violente”. Parmi nous ? Les uns privilégient l’épanouissement personnel, d’autres l’accès à la culture ou l’engagement dans des activités bénévoles; d’autres encore l’action revendicative ou le combat politique ou la défense juridique; ou encore la création de monnaies solidaires ou bien l’amélioration du cadre de vie, la circulation de l’information et bien d’autres formes d’action encore, toutes privilégiant la solidarité dans un environnement tout entier tourné vers la compétition et le chacun pour soi…”

Hé bien, selon moi, toute cette richesse, cette diversité, ne doivent pas nous faire perdre de vue que l’accroissement monstrueux des inégalités auquel nous assistons depuis maintenant plusieurs décennies, nous prive des moyens de mener à bien nos différents projets d’amélioration de notre vie quotidienne et qu’il importe que nous nous regroupions et luttions pour exiger des pouvoirs publics de tous niveaux et de toutes natures, de reprendre le contrôle de l’activité financière sans laquelle toute vie en société civilisée est impossible.”

Et il ajoute: “Pour être plus clair encore, les pouvoirs publics ne peuvent plus continuer à faire appel à la bonne volonté et à la capacité de résilience de la société civile tout en prétendant qu’il n’y a pas d’argent pour cela et que le bénévolat et les efforts financiers des particuliers, voire le sponsoring des entreprises pourvoiront à tout.

Il faut arrêter de se moquer du monde! Jamais les gros actionnaires et les grands groupes multinationaux n’ont fait autant de profits! Jamais la fraude, pardon « l’optimisation fiscale » n’a été aussi répandue et n’a autant manqué aux budgets des Etats! Jamais les paradis fiscaux n’ont été aussi nombreux, dont un certain nombre au cœur même de notre vertueuse Europe!

Et à qui les pouvoirs publics garants de la prospérité générale demandent-ils de mettre la main à la poche, au nom de la solidarité et de la bonne gouvernance? A vous, à nous tous, chers camarades – citoyens – militants- bénévoles- bienfaiteurs! Mais jamais aux multimilliardaires qui ont arrondi leur pelote sur notre dos et qui se permettent en plus de nous donner des leçons de morale et de bienséance!!!

Je sais, pour vous croiser dans une multitude de cercles, groupes de travail, collectifs et autres réseaux multiformes et protéiformes, certains mêmes à l’instigation des pouvoirs publics, communes, territoires, pays, comcom et autres conseils citoyens, que nous sommes tous à la manœuvre pour tenter d’empêcher cette société de sombrer tout à fait dans la misère et la désespérance”.

La saturation guette…

Et enfin: “Il me semble que l’état du monde associatif et son intervention de plus en plus indispensable dans l’espace public sans moyens supplémentaires méritent que l’on se demande jusqu’à quand et jusqu’où nous accepterons de jouer les supplétifs de la puissance publique, et quels moyens nous pouvons nous donner pour nous faire respecter par ces instances”.

Dédé écrit aussi “Je sais que nombre d’entre vous [bénévoles, militants associatifs] commencez à en avoir marre de vous coltiner des problèmes qui avaient disparu de notre horizon pendant les trente glorieuses et qui, à force de s’installer dans le paysage, font de plus en plus ressembler nombre de nos villes à des pays du tiers – monde, pardon “en développement”, qui eux-même font surtout du sur place et que nous allons bientôt rejoindre au fond du trou… Il n’y a pas de raison qu’on ne retrouve pas le chemin du progrès humain et de la justice sociale. Mais il faut pour cela forger de nouveaux outils intellectuels et inventer de nouvelles formes d’organisation sociale, et ne se tromper ni d’adversaire, ni d’objectif.”

Un cri salutaire…

Tu as tout dit Dédé, d’un épuisement associatif et d’une impuissance politique. Tout, sauf peut- être, que certains affirment que dans notre situation de blocage institutionnel, de discrédit d’organisations traditionnelles, de luttes trop souvent défensives, de marées d’indignation inutiles et de cris de colères impuissantes, ces nouvelles formes d’expression sociale et d’outils intellectuels que tu réclames  apparaissent.

Ce sont celles qui en Europe commencent à inquiéter les castes au pouvoir. Celles qui font mieux que d’ « accumuler des forces lentement », celles qui veulent créer un élan et commencer à construire le puzzle, même avec des pièces qui ne s’emboîtent pas toutes.

Elles disent: “il est possible et important de créer une organisation politique dont la force et l’unité s’établissent au delà de l’idéologie, nous concentrant sur la définition des tâches politiques centrales” (Miguel Romero).

Nous sommes quelques uns à L’Alterpresse 68 à placer pas mal d’espoir dans ces forces là ; d’autres parmi nous sont plus sceptiques. Si ces derniers ont raison, il va falloir, cher Dédé, qu’on te propose de continuer à ramer. Et nous avec. Et alors gare à nos ampoules !…

Christian Rubechi et l’équipe de L’Alterpresse68

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