Le document de 136 pages (+ 10 pages d’introduction) publié par M2A, entérine le bilan de la concertation pour l’implantation du data center Microsoft à Petit-Landau, avant mise en branle de l’enquête publique, puis approbation de la « déclaration de projet emportant mise en compatibilité du PLU de Petit-Landau, le cas échéant après modification du projet« , prévue en juillet 2026.

Un hiatus demeure toutefois : derrière les conclusions administratives positives, sinon enthousiastes, de l’agglomération mulhousienne, se révèle d’abord et surtout une communication massivement orchestrée par le géant américain, tandis que des questions cruciales sur l’environnement et l’agriculture passent au second plan, ou demeurent en suspens.
Parmi les 70 élus du conseil communautaire présents lors du vote de la délibération, seuls six ont jugé bon de voter contre : Nadia EL HAJJAJI, Thierry ENGASSER (maire de la commune voisine de Hombourg, et qui ne se représentera pas en 2026), Loïc MINERY, Maëlle PAUGAM, Pascale Cléo SCHWEITZER, Philippe WOLFF, et onze se sont abstenus : Jean-Paul JULIEN, Isabelle GODBILLON, Ginette RENCK, Pierre SALZE, Joseph SIMEONI, Corine SIMON, Cécile SORNIN, Christophe STEGER, Paul-André STRIFFLER, Philippe STURCHLER et Joseph WEISBECK.
Une communication « Made in Microsoft »
Ce qui frappe d’emblée à la lecture de ce bilan, c’est sa composition même. Sur les quelque 146 pages qu’il compte, M2A n’en occupe réellement qu’une trentaine pour dresser le bilan et répondre à quelques questions de citoyens inquiets. Le reste — soit plus des trois quarts du document (pages 31 à 146) — est constitué d’une succession de diapositives estampillées « Microsoft Confidential » ou aux couleurs de la firme.
Le lecteur se retrouve ainsi face à un document hybride où l’argumentaire promotionnel de l’industriel (vidéos YouTube suggérées, schémas simplifiés, promesses de « bon voisinage ») pèse davantage qu’une réelle analyse contradictoire et objective. Cette omniprésence visuelle pose question quant à l’indépendance de la restitution : le bilan de la concertation semble en effet servir de vitrine au porteur de projet plutôt que de rapporter la parole des citoyens.

L’agriculture sacrifiée et la biodiversité en sursis
Le point noir majeur du dossier reste la consommation de terres agricoles. Le projet engloutira en effet 35 hectares de « terres nourricières », une artificialisation que M2A justifie par l’absence de friches industrielles de taille suffisante dans le secteur. Si l’agglomération promet des compensations peu définies, la perte sèche de ce potentiel agronomique est actée, transformant des champs en zone logistique pour le cloud.
Les conséquences sur la faune et la flore ne sont pas neutres. Le document admet la présence de quatre noyaux de population d’alouettes des champs sur le site, une espèce qui sera impactée. Les mesures proposées (création de prairies ailleurs) restent à l’état d’étude ou de validation, sans garantie immédiate de succès. De plus, l’étude d’impact mentionne un réchauffement localisé de la zone boisée voisine (jusqu’à +4°C selon le vent), qualifié d’« îlot de chaleur ponctuel » par les experts, mais dont les conséquences à long terme sur le microclimat local interrogent.

Des faiblesses structurelles et des zones d’ombre
Au-delà de l’environnement, plusieurs failles apparaissent dans l’argumentaire du projet :
- Une faible densité d’emplois : Avec seulement 200 emplois directs pour 35 hectares, le ratio est de 5,5 emplois/ha. C’est nettement inférieur aux standards industriels locaux (15 à 20 emplois/ha pour le site Stellantis par exemple). M2A reconnaît la modestie du chiffre, tentant de le compenser par des promesses de formation et de retombées indirectes difficiles à chiffrer précisément.
- Le « saucissonnage » du projet : Le dossier révèle une fragmentation des procédures qui dilue l’impact global. Le transformateur électrique RTE nécessaire (dépassant les besoins du seul data center) et l’éventuelle voie ferrée font l’objet de procédures distinctes. Cette méthode empêche le public d’appréhender l’impact cumulé de toutes ces infrastructures sur le paysage et les sols. D’autant qu’il est prévu une construction en phases successives.
- La question de l’eau : Si Microsoft martèle que son refroidissement se fait en « circuit fermé » sans prélèvement dans la nappe, le site consommera tout de même environ 5 000 m³ d’eau par an pour ses usages courants. L’argument de la sobriété absolue est donc à nuancer.
En conclusion, ce bilan de concertation, bien que juridiquement « positif » selon M2A, laisse transparaître un déséquilibre. La voix de l’agglomération semble s’effacer derrière la puissance de communication de Microsoft, laissant les inquiétudes sur l’artificialisation des sols et la biodiversité sans réponses définitives.
D’autant que, ainsi que le rappelle Arvind Krishna, PDG du géant américain des services informatiques IBM, avec des coûts d’équipement vertigineux, des cycles de remplacement courts (les puces sont obsolètes au bout de 5 ans), une facture énergétique exponentielle, et 8 000 milliards de dollars à provisionner dans les toutes prochaines années en matière de financements infrastructurels, l’équation économique est simplement intenable pour l’industrie de l’IA…









