La crise de l’é­le­vage occupe l’es­pace média­tique depuis quelques mois.

Les éle­veurs n’ar­rivent plus à vivre de leur pro­duc­tion et depuis des mois ils enchaînent  mani­fes­ta­tions et déclarations.

Mais la chute des cours et la pres­sion de la grande dis­tri­bu­tion dont ils sont vic­times sont les mani­fes­ta­tions d’une crise struc­tu­relle; les tra­di­tion­nels coups de pouce publics finan­ciers et les décla­ra­tions gou­ver­ne­men­tales léni­fiantes  n’ont évi­dem­ment rien réglé.

C’est qu’au delà des fac­teurs conjonc­tu­rels les dés­équi­libres et les sur­pro­duc­tions ont des causes pro­fondes: sup­pres­sion des quo­tas lai­tiers qui régis­saient la poli­tique euro­péenne lai­tière euro­péenne, déclen­che­ment de la guerre du lait entre pro­duc­teurs natio­naux, embar­go contre la Rus­sie suite au conflit ukrai­nien, guerre des prix et des parts de mar­chés entre grandes enseignes qui  uti­lisent volon­tiers la viande comme pro­duit d’ap­pel, recours au moins – disant pour les ache­teurs de  la res­tau­ra­tion col­lec­tive, des can­tines sco­laires, des  admi­nis­tra­tions, des hôpitaux..

Dans l’es­poir d’a­mor­tir les coûts fixes les éle­veurs se sont lan­cés dans la course au volume, au rac­cour­cis­se­ment du temps.

Des ani­maux qui n’ont jamais vu une prairie!

Les exploi­tants se sont endet­tés et le Cré­dit agri­cole comme les coopé­ra­tives liées à la FNSEA les y ont aidés, deman­dant en retour des ren­de­ments qui impliquent sou­vent  des modes de nour­ri­ture qui ne sont plus basés sur l’herbe.

De même qu’en indus­trie avi­cole les pou­lets indus­triels sont éle­vés en 6 semaines, les éle­veurs de boeufs  vendent à 21 mois des ani­maux qui n’ont jamais vu la prairie.

L’in­ten­si­té capi­ta­lis­tique exi­gée au nom de la « com­pé­ti­ti­vi­té » s’ac­croît: frais finan­ciers, cours de l’a­li­men­ta­tion dépen­dants des cours mon­diaux, pro­duits phy­to­sa­ni­taires, régle­men­ta­tions nor­ma­tives, sont des frais deve­nus incom­pres­sibles et non réper­cu­tables sur les prix.

Entre 2000 et 20010 34% des expoi­ta­tions lai­tières et 27% des exploi­ta­tions de vaches à viande ont dis­pa­ru (chifres minis­tère de l’agriculture).

Pour la FNSEA (54% des agri­cul­teurs aux élec­tions pro­fes­sion­nelles et pre­mier syn­di­cat du sec­teur) cette  logique indus­trielle est accep­tée et elle cogère lar­ge­ment le sys­tème, tout en défen­dant les inté­rêts de ses man­dants,  les exploi­tants agricoles.

Mais ce qui est désor­mais en jeu c’est ce modèle même d’é­le­vage défen­du depuis les années 60, qui repose sur l’en­det­te­ment, la course au volume, la mécanisation.

La crise du productivisme

Le porte parole natio­nal de la Confé­dé­ra­tion pay­sanne, deuxième syn­di­cat agri­cole et oppo­sé cette vision de la FNSEA, décla­rait récem­ment: « Ce que nous connais­sons c’est une crise du pro­duc­ti­visme; il y a trop de lait, de viande; il faut réduire la pro­duc­tion et reve­nir à des modes de pro­duc­tion plus rai­son­nables, plus res­pec­tueux de la nature… » .

Il ne repré­sente pas l’o­pi­nion de tous les éle­veurs, loin s’en faut, mais l’im­passe est désor­mais incon­tes­table et l’a­ve­nir tou­jours plus difficile.

C’est bien cette  ques­tion d’un modèle agri­cole sou­te­nable que pose la Confédération.

En Alsace le pro­jet de la ferme des 1200 tau­rillons à Win­ter­shouse (67) est deve­nu emblé­ma­tique de ce conflit entre l’in­dus­tria­li­sa­tion de l’a­gri­cul­ture et les prin­cipes d’une agri­cul­ture paysanne.

Ini­tié par  3 exploi­ta­tions moyennes qui se regroupent au nom de la com­pé­ti­ti­vi­té, il entre dans la logique des fermes usines.

Pour Bru­no Dal­pra, secré­taire régio­nal  Alsace des amis de la Confé­dé­ra­tion pay­sanne, les prin­cipes de base sont d’a­bord à réaf­fir­mer: « répar­tir les volumes de pro­duc­tion, réaf­fir­mer le rôle des petites exploi­ta­tions proches du citoyen – consom­ma­teur, favo­ri­ser les cir­cuits courts de distribution ».

Et pour cette asso­cia­tion les réponses à la crise de l’é­le­vage passent en par­ti­cu­lier par l’op­po­si­tion aux pro­jets de fermes usines.

Il rap­pelle qu’aux Etats-Unis on en est  déjà à des exploi­ta­tions de 30 à 40 000 vaches  (100 000 en Chine est un chiffre qui cir­cule…) et il suit avec inquié­tude les consé­quences pré­vi­sibles d’un mar­ché trans­at­lan­tique (pro­jet trans­at­lan­tique dit TAFTA) en négo­cia­tion entre les Etats Unis et l’Eu­rope où des normes d’ex­ploi­ta­tion euro­péennes, voire  natio­nales, seraient abais­sées dans le contexte d’un ali­gne­ment par le bas calé sur des normes des éle­veurs nord-amé­ri­cains à ce jour pro­hi­bées en Europe  (type de nour­ri­ture, hor­mones, condi­tions d’é­le­vage et res­pect du vivant et du bien être ani­mal, pou­lets chlorés…).

Il sou­ligne éga­le­ment les consé­quences envi­ron­ne­men­tales pré­vi­sibles (pol­lu­tions phréa­tiques et lisiers dont l’u­ti­li­sa­tion en épan­dage a ses limites dans les exploi­ta­tions géantes); il rap­pelle que la métha­ni­sa­tion  doit être locale pour être ren­table (néces­si­té d’in­té­grer les les déchets ména­gers) et  que les nui­sances et pol­lu­tions induites par un tra­fic de camions for­te­ment accru ne sont pas sans conséquences.

Il insiste sur  la réduc­tion du per­son­nel induite par ces exploi­ta­tions géantes en hausse comme sur leur lien avec des entre­prises (l’a­bat­toir de Bru­math pour le pro­jet de Win­ter­shouse ) pour les­quelles l’ex­ploi­ta­tion est ins­crite dans une « chaîne de valeur indus­trielle » avec des contraintes de volume et de ren­ta­bi­li­té tota­le­ment impo­sées et dans laquelle les frais de per­son­nel deviennent une des rares variables d’ajustement.

Asso­cier pay­sans et consom­ma­teurs pour chan­ger les choses

Ses for­mules résument les moyens d’une résis­tance intel­li­gente, asso­ciant pay­sans et consom­ma­teurs: « Exi­ger  un éti­que­tage infor­ma­tif lisible sur l’o­ri­gine des viandes », « pro­duire local et man­ger local », « pri­vi­lé­gier les cir­cuits courts » – dont les mar­chés locaux qui évitent tout inter­mé­diaire entre le pay­san et le consom­ma­teur -, « s’ap­puyer sur les asso­cia­tions locales type AMAP » - qui asso­cient consom­ma­teurs et pay­sans pour une agri­cul­ture éco­lo­gique, éco­no­mique et convi­viale dans une démarche de par­te­na­riats locaux de proxi­mi­té – , « diver­si­fier les exploi­ta­tions » – la réfé­rence aux fermes auberges des Vosges s’im­pose – , « pro­duire et consom­mer en confiance, avec une visi­bi­li­té du pay­san et une tra­ça­bi­li­té totale du produit ».…

Bref, pri­vi­lé­gier le bien man­ger – sou­vent bio -, la proxi­mi­té et la sécu­ri­té ali­men­taire induite par la maî­trise d’une exploi­ta­tion contrô­lée par le pro­duc­teur – pay­san,  le sou­ci du res­pect du vivant et la pro­tec­tion des besoins essen­tiels des ani­maux, la conscience des impacts envi­ron­ne­men­taux de l’é­le­vage de masse…

Bru­no Dal­pra n’ou­blie pas pour autant les pro­po­si­tions de révi­sion de la Poli­tique agri­cole com­mu­nau­taire (PAC) en deman­dant des méca­nismes pour favo­ri­ser les répar­ti­tions de primes qui favo­risent aujourd’­hui les grandes exploitations.

Il résume ce que veulent les Amis de la Confé­dé­ra­tion Pay­sanne d’Al­sace : « Vou­loir inon­der le mar­ché et se sou­mettre aux dik­tats de la grande dis­tri­bu­tion, alors que l’en­semble de la pro­fes­sion est en détresse et le mani­feste est tout sim­ple­ment irres­pon­sable. Il faut être soli­daire avec les petits pay­sans qui se battent pour le main­tien du prix de la viande et s’in­ter­ro­ger sur le modèle agri­cole que nous voulons »

Les Amis de la confé­dé­ra­tion ne placent pas leur action sur le ter­rain des grandes mani­fes­ta­tions pay­sannes dont raf­folent les médias (déver­se­ment de lisiers devant les pré­fec­tures, blo­cages de routes par les trac­teurs…) mais tous les same­dis du mois sur la place Klé­ber à Stras­bourg ils sont pré­sents avec d’autres asso­cia­tions et col­lec­tifs enga­gés là où sont des enjeux envi­ron­ne­men­taux, éco­no­miques et sociaux qui concernent tous les citoyens : les luttes pour le cli­mat, contre le nucléaire,  les grands tra­vaux inutiles, les sto­ckages de pro­duits dan­ge­reux (Bure, Sto­ca­mine), le déni des droits de l’a­ni­mal (centre de pri­ma­to­lo­gie d’Oberhausbergen)…

Non au pro­jet des 1200 tau­rillons à Wintershouse!

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