Mar­di der­nier, le tri­bu­nal ren­dait son ver­dict concer­nant le der­nier (et le plus impor­tant) réfé­ré contre le GCO lan­cé par Alsace Nature. La déci­sion, favo­rable à la pour­suite des tra­vaux, n’est pas aus­si cho­quante que les argu­ments qui ont déter­mi­né cette prise de position.

Le tri­bu­nal a en effet recon­nu qu’il avait « des doutes sérieux quant à la léga­li­té de l’arrêté atta­qué « . Le pré­fet a en effet fait expul­ser les citoyen.ne.s opposé.e.s au GCO qui s’é­tait réunis début sep­tembre sur la ZAD du mou­lin. On se sou­vient des vidéos de la vieille dame, Ger­maine, bous­cu­lée par les gardes mobiles, de l’eu­ro­dé­pu­tée Kari­ma Del­li, éva­nouie après une attaque au gaz poivre (pour­tant inter­dit en France) ou encore de ce jeune homme tiré par des gardes mobiles alors qu’il chan­tait sim­ple­ment « Gar­dien de la paix ». Tous les recours n’é­taient pas ren­dus que le pré­fet pas­sait déjà en force, fou­lant au pied les valeurs d’un Répu­blique qu’il est cen­sé incar­ner et défendre. On se sou­vient aus­si, quelques jours plus tard, des images de déso­la­tions avec les arbres cou­pés à la va-vite pour ne lais­ser aucun espoir, des oiseaux tour­nant dans les airs à la recherche d’un pay­sage connu et des hommes en armure noire, empê­chant les mani­fes­tants de se rendre sur le site…

Oui, les 3 juges ont fait part de leurs doutes quant à la léga­li­té des démarches entre­prises par Vin­ci et le pré­fet. Pour­tant, leur pre­mier argu­ment au rejet du réfé­ré se fonde sur le soi-disant  » inté­rêt public majeur  » du pro­jet et que donc,  » à titre excep­tion­nel  » ils rejettent le recours d’Al­sace Nature. Étrange… On peut se deman­der qui lui a mur­mu­ré cela à l’o­reille, quand on sait que l’en­quête publique et 6 autres avis d’or­ga­nismes affi­liées à l’État ou indé­pen­dants ont com­plè­te­ment démon­té cet aspect du pro­jet. Cepen­dant, ce n’est pas la pre­mière fois que des juges écoutent l’État plu­tôt que les argu­ments des citoyen.ne.s concerné.e.s.

S’il n’y avait que ça… Le deuxième argu­ment est en effet bien plus inquié­tant. Le tri­bu­nal parle dans son compte-ren­du des actions des militant.e.s de GCO Non Mer­ci ! en met­tant en cause leur mobi­li­sa­tion contre le pro­jet. Cela s’ap­pa­ren­tant à des « troubles à l’ordre public néces­si­tant la pré­sence des forces de l’ordre », les opposant.e.s ne peuvent avoir gain de cause. L’ar­gu­ment est-il de dire que désor­mais toutes les actions non-vio­lentes (occu­pa­tions, mani­fes­ta­tions paci­fiques) contre des déci­sions arbi­traires de l’État, en l’occurrence, l’ar­rê­té pré­fec­to­ral du pré­fet, sont à rete­nir à la charge des citoyen.ne.s ? En bref, ceux qui ont défen­du la jus­tice sont péna­li­sés et ceux qui ont enfreint la loi sont félicités !

Depuis des années déjà le col­lec­tif GCO Non Mer­ci ! s’op­pose à ce pro­jet sur des aspects aus­si variés que l’emprise sur les terres agri­coles, l’aug­men­ta­tion de la pol­lu­tion de l’air, la perte de bio­di­ver­si­té avec la menace sur le grand ham­ster d’Al­sace, le coût exor­bi­tant payé par la com­mu­nau­té mais dont les pro­fits seront amas­sés par la com­pa­gnie Vin­ci, l’o­pa­ci­té des déci­sions et, sur­tout, le déni de démo­cra­tie dont nous avons par­lé der­niè­re­ment. Les actions entre­prises par une poi­gnée d’as­so­cia­tions, de par­tis poli­tiques et de citoyen.ne.s pour nous infor­mer et défendre notre ave­nir sont condamnées.

Ces col­lec­tifs existent par­tout en France. En Île de France contre les centres com­mer­ciaux, en Guyane contre la mon­tagne d’Or, en Bre­tagne contre l’ex­trac­ti­visme, en Alsace à Sto­ca­mine, contre toutes les cen­trales nucléaires, contre tous ces pro­jets impo­sés par l’État au nom de l’in­té­rêt géné­ral, et qui ne servent fina­le­ment que les inté­rêts d’un petit nombre. Toutes les actions non-vio­lentes que pour­raient entre­prendre ces col­lec­tifs pour­raient main­te­nant être taxées de troubles à l’ordre public, et être rete­nues par la jus­tice pour don­ner rai­son aux entre­pre­neurs et à l’État !

Mon­tes­quieu et sa sépa­ra­tion des pou­voirs doit se retour­ner dans sa tombe, main­te­nant que la vio­lence et l’illé­ga­li­té de l’État marchent main dans la main avec la Justice… 

Mer­ci à GCO Non mer­ci ! pour l’emprunt de l’illustration

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