Dans un article du jour­nal L’Alsace daté du 4 novembre der­nier, le quo­ti­dien régio­nal vient au secours de la majo­ri­té poli­tique diri­geant le Grand Est, appe­lé aus­si le Grand Machin… On se sou­vient que mi-octobre la Cour des comptes sur les le pre­mier rap­port de la Chambre des comptes sur la région Grand Est appelle M. Rott­ner et sa majo­ri­té à « une ges­tion bud­gé­taire plus lisible » de la col­lec­ti­vi­té et émet des réserves sur la ges­tion des TER et des agents des lycées.

Cela n’a pas plu au Pré­sident et c’est sa vice-pré­si­dente Valé­rie Debord (LR) qui est mon­tée au cré­neau en s’appuyant sur une autre étude, celle réa­li­sée par l’IFRAP (Fon­da­tion pour la recherche sur les admi­nis­tra­tions et les poli­tiques publiques. Rap­pe­lons que cette Fon­da­tion est qua­li­fiée d’ultra-libérale et ses rap­ports sont consi­dé­rés « pseu­do-scien­ti­fiques » par  nombre de cher­cheurs en éco­no­mie. Il s’agit en fait d’un « think-thank » diri­gé par Agnès Ver­dier-Moli­nier, com­plai­sam­ment invi­tée par Yves Cal­vi et consorts dans leurs incon­tour­nables émis­sions poli­tiques. Ain­si, l’IFRAP défend la réduc­tion des indem­ni­tés des chô­meurs, la sup­pres­sion du SMIC et autres joyeu­se­tés qui sont bien en cours auprès de notre actuel gouvernement.

Cette IFRAP a fait son étude sur les Régions après celle de la Cour des comptes et L’Alsace annonce avec délec­ta­tion que  « La majo­ri­té régio­nale du Grand Est tient sa revanche sur l’« avis étroi­te­ment finan­cier » de la Cour des comptes et de la Chambre régio­nale des comptes qui avaient poin­té les sur­coûts liés à la fusion des trois anciennes régions. » Il faut donc lire : la Cour des comptes a racon­té des balivernes…

Grâce au « Club Pers­pec­tives Alsa­ciennes » qui exa­mine à la loupe l’évolution du Grand Est et milite pour la mise en place d’une vraie Région Alsace, la super­che­rie de la majo­ri­té diri­geant la Région appa­raît au grand jour.

Il est véri­fié que la Cour des comptes a en effet « tout juste » et seule une mani­pu­la­tion gros­sière d’une étude pseu­do-scien­ti­fique de l’IFRAP auto­rise Mme Debord à contes­ter les conclusions.

Le tableau ci-des­sus montre que les dépenses de fonc­tion­ne­ment ont bien aug­men­té. Contrai­re­ment à ce qu’affirmait Fran­çois Hol­lande et son gou­ver­ne­ment, la fusion des anciennes régions n’a pas conduit à des éco­no­mies : on com­prend d’ailleurs que les charges de per­son­nels ne se soient pas réduites puisque les fonc­tion­naires ter­ri­to­riaux à sta­tut béné­fi­cient de la garan­tie de l’emploi en com­pen­sa­tion du pré­ju­dice qu’ils subissent dans leur salaire par rap­port au pri­vé. L’augmentation sur deux ans est de 12,2%.

Mais les « charges à carac­tère géné­ral » ont, elles, explo­sé : + 107% ! Comme le rap­pelle le Club Pers­pec­tives Alsa­ciennes, « dans les dépenses de fonc­tion­ne­ment, il faut dis­tin­guer les dépenses d’intervention (ser­vices ren­dus à la popu­la­tion) et les charges à carac­tère géné­ral (coûts de ges­tion de la col­lec­ti­vi­té). C’est au niveau des charges géné­rales, qui consti­tuent les « mau­vaises dépenses », qu’on nous pro­met­tait des éco­no­mies. Ce sont donc ces charges qu’il faut regar­der en prio­ri­té. Le ver­dict est sans appel : ces charges sont en très forte hausse. »

Alors, qu’est-ce qui per­met à Mme Debord de pavoi­ser ? L’IFRAP annonce que les frais de fonc­tion­ne­ment par habi­tant ont bais­sé. Mais un exa­men plus pré­cis montre qu’ils sont pas­sés de 293 euros en 2015 (avant fusion) à 292 euros en 2018, soit une baisse… d’un euro ! 

En regar­dant de plus près, il s’agit en réa­li­té des « frais de fonc­tion­ne­ment hors trans­ports » : si on intègre les trans­ports, les dépenses par habi­tant sont pas­sés de 293 à 339 euros, soit une pro­gres­sion de 46 € (+15,7%).

Morale de l’histoire : à force de vou­loir prou­ver le contraire de la réa­li­té on passe pour ceux qu’on est vrai­ment : un bonimenteur…

Pour en savoir plus, on peut s’en réfé­rer ici.

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