Jean-Jacques Rasetti a 66 ans. Il est invalide à 80 % depuis plus d’une dizaine d’années, à la suite d’un accident neurologique. Cycliste amateur, mais émérite, il est également citoyen engagé. Partie prenante du mouvement des gilets jaunes, il a, comme tant d’autres, été le témoin direct de la dérive d’un certain pouvoir judiciaire, et fait les frais d’une politique de répression délibérée et disproportionnée à l’endroit des militants du mouvement social.

Voici son témoignage :

Coup de téléphone de la gendarmerie de Soultz, le 21 janvier 2020 à 11heures. Je suis au casse croûte offert par l’intersyndicale des cheminots après la manif chez Engie, rue de l’Ill, et l’occupation des rails en face du foyer SNCF.

On me demande où je suis et à quelle heure je rentre ? (je ne sais pas, vers 18h00)

Je rentre vers 13h30 et vers 14h10, coup de sonnette. Je coupe mon PC. 2 gendarmes en civil se présentent.

Ils me montrent le mandat du procureur de Colmar pour : dégradation ou complicité de dégradation de biens publics sur la commune de Riquewihr, dans la nuit du 9 au 10 juillet 2019, c’est à dire au moment du passage du Tour de France. J’y lis le nom d’une amie gilet jaune, comme moi, qui est co-accusée, S.H.

Ma voiture a été vue sur place et mon téléphone aurait borné dans le coin.

Ils me donnent le document mentionnant mes droits.

J’ai droit à un médecin, que je demande, et à un avocat. Les avocats sont en grève, ils ne trouvent pas d’avocat commis d’office.

Ils vont m’emmener en garde à vue, après avoir été effectué une perquisition.

Ils ont ouvert tous les tiroirs, armoires, sans rien toucher. M’ont réclamé mon portable, que j’ai coupé avant de leur remettre. Ils emportent aussi un vieux téléphone et un autre, tout neuf, appartenant à ma mère qui n’en voulait plus.

Dans le garage, ils alignent une bombe de peinture noire, une de peinture jaune, et 2 bouteilles entamées de white spirit pour en faire une photo*

Ils ouvrent le coffre de ma voiture pour voir la trappe à outils.

Puis ils m’emmènent en voiture banalisée à l’hôpital pour la visite médicale que j’avais réclamé. On trouve 22 de tension, le médecin attend 1/2h qu’elle retombe (à 16).

Je suis amené à la gendarmerie de Soultz pour interrogatoire.

Je n’ai rien à déclarer et invoque mon droit au silence. Ils me montrent 2 photos floues d’une voiture rouge. Je dis que ce pourrait être la mienne. Puis une autre également floue (ce sont des captures d’écran, à mon avis) de 3 personnes ; ils me disent: “ça vous inspire quoi”, je réponds “rien” !

Je refuse le prélèvement ADN, et de donner le code de déverrouillage de mon téléphone.

Ils me prennent les empreintes digitales.

Repas du soir. Toujours en garde à vue. Ils me réveillent vers 23h30 pour mes médicaments. Réveil par 2 gendarmes en tenue, puis réveil par coups sur la porte à intervalles de 3/4 heures.

Le lendemain, ils me demandent si je n’ai toujours rien à dire, puis mettent mes 3 téléphones dans des sachets plastique (sous séquestre).

Puis ils font les photos anthropométriques (qu’ils avaient oublié de faire la veille).

Ils me font signer deux documents, barrés de rouge, où il est spécifié que j’ai refusé de donner mon ADN et de donner le code de mon téléphone portable. Me disent aussi qu’ils ont récupéré mon ADN sur le gobelet et la fourchette qui m’ont servi pour le dîner ***.

NB:

*mon ancien vélo était jaune canari, et le nouveau noir (couleurs des bombes prises en photo)

** je ne suis pas certain de connaître mon numéro, alors que mon amie S.H. s’en rappelle ?

*** j’apprendrais que la capture d’ADN sans mon consentement n’est valable juridiquement qu’à partir d’une certaine gravité de faits reprochés.

Mon amie, me dira qu’ils lui ont montré une photo où elle “bombait” un gros pot de fleurs, et une autre de ma voiture avec la plaque. Elle reconnaît les faits, et leur dit que je n’était “que” le chauffeur de la voiture, et que je n’ai rien fait d’autre.

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