Entrée en politique à la faveur d’une rupture professionnelle, dont elle a conservé des stigmates personnels, voici une députée alsacienne qui n’a pas oublié de rompre également avec les affres politiques, au sein même de l’instance où la souveraineté du peuple est censée se tenir en représentation.

Dans ses “Confessions d’un révolutionnaire” Pierre-Joseph Proudhon, qui, chose surprenante pour un libertaire, tint lui aussi son siège de député, parapha quelques cruautés à ce sujet:

Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle l’Assemblée nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent.

Alors que la pandémie de coronavirus n’aura peut-être que renforcé la désolante situation d’une institution muée en chambre d’enregistrement croupion, parce que dépourvue d’une authentique représentativité populaire, Martine Wonner, qui se présente d’abord en médecin psychiatre, semble faire exception à ce que beaucoup d’esprits forts et de contestataires considèrent comme une règle immuable.

La députée, membre de la commission des affaires sociales, nous a paru intéressante par la variété et le spectre de ses prises de positions atypiques ou hétérodoxes, bien qu’elle se défende de les rechercher délibérément. Le tout au sein d’une majorité parlementaire (dont elle vient d’être chassée) soucieuse de marcher à la cadence d’un monarque républicain, auprès duquel elle se sent assurément l’indéfectible obligée.

Trois rédacteurs d’Alterpresse68 se sont enquis sur son parcours et ses choix politiques, qui ont l’avantage non négligeable de se montrer réfractaires à langue de bois, et peu soucieux de lui compter quelques durables inimitiés.

Vous trouverez ci-dessous la restitution audio de cet entretien enregistré téléphoniquement le 5 juin :


A propos de son positionnement libéral et social, et la manière d’articuler deux credo pour le moins antinomiques :

Sur de ses prises de positions hétérodoxes depuis le début de votre mandature (contre la prorogation du glyphosate, le traité d’échange commercial CETA, abstention sur la loi asile, défense de l’aide médicale d’État pour les étrangers sans papiers, opposition au GCO [grand contournement ouest à Strasbourg], enfin un vote contre la stratégie de déconfinement du gouvernement, qui lui a valu l’exclusion du groupe parlementaire LREM :

Sur la pandémie de covid-19, à propos de laquelle elle souhaite créer une commission d’enquête parlementaire :

A propos des interrogations sur l’impartialité de cette commission, et ce qu’elle en attend :

Sur le vote d’une proposition de loi LREM permettant aux salariés de « donner » des congés sous forme de chèques vacances aux soignants. Un texte jugé « hors sujet » voire « un peu obscène » par l’opposition de gauche, au vu des difficultés de l’hôpital :

A propos du protocole proposé par Didier Raoult, dont elle défend le principe, sans prendre parti pour le personnage, notamment au travers du collectif « Laissons les médecins prescrire » :

Sur les cellules de crise comme parapluie politique et sur l’incapacité devant laquelle est place l’opinion publique à juger du niveau de gravité de l’épidémie, de son étendue, et ses modalités de traitement éventuel, alors qu’elle évoque “une affaire Dreyfus” sur le sujet :

A propos du secteur de la culture et de son “rayonnement” à l’aune du “business act” régional mené par Jean Rottner, et du but assigné à la création de manière générale :

Sur les effets de la réforme de l’indemnisation du chômage, notamment relative aux intermittents du spectacle, alors que Macron avait appelé ces artistes à occuper des fonctions qui ne sont pas celles du spectacle :

A propos de la certification en langue étrangère pour les diplômes du supérieur, qui ne retiennent que l’anglais comme langue de référence, au détriment d’autres langues, et dans une région germanophone :

Sur le fait qu’elle soit arrivée en politique à la faveur d’un motif incident et sur son désir d’occuper un mandat local, alors qu’elle s’est fortement engagée contre le GCO, et que l’Alsace retrouverait une existence politique sous la forme de la CEA :

A propos de la nature de la CEA et de sa représentation dans l’espace culturel régional :

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