Et quant à celui qui scrute le fond de l’a­bysse, l’a­bysse le scrute à son tour.

F. Nietzsche

L’entrevue de Bar­ba­ra Pom­pi­li, ministre de l’Ecologie, publiée mar­di dans l’Alsace, alors qu’elle n’est pas même arri­vée en gare de Mul­house depuis laquelle elle devait se rendre à Sto­ca­mine, ne laisse aucun doute. Elle s’apprête sans doute à opter pour le confi­ne­ment des déchets sto­ckés dans l’an­cienne mine de sel.

La réunion « Face­book live » qui s’ensuivit depuis la pré­fec­ture de Col­mar, et dura près de 3 heures, ne ser­vant que d’amuse-gueule discursif.

Pour la recen­sion pré­cise des faits sur sto­ca­mine et son his­toire, repor­tez-vous à l’excellente syn­thèse publiée sur le sujet par notre confrère Rue89 Strasbourg.

Alors qu’un article de L’Alsace montre la ministre s’extrayant des 535 mètres de pro­fon­deur, où elle était allée asseoir sa cer­ti­tude du confi­ne­ment néces­saire des déchets sous des hec­to­litres de béton, Bar­ba­ra Pom­pi­li a tou­te­fois lais­sé au fond du gouffre un édi­to­ria­liste de l’Alsace, per­du dans des abimes de sen­ti­men­ta­lisme du meilleur aloi.

Laurent Bodin, que d’aucuns sur­nomment l’impayable, l’immarcescible, ou encore le suc­cu­lent, nous a donc gra­ti­fié d’une nou­velle prouesse nar­ra­tive en forme d’ascenseur, que dis-je, de tor­rent émo­tion­nel, à l’occasion de l’ex­plo­ra­tion minière de la ministre :

« Les larmes lui sont mon­tées, la gorge s’est sou­dai­ne­ment nouée, et puis, Bar­ba­ra Pom­pi­li a pris sur elle pour ne pas pleu­rer. C’est de l’émotion qui a étreint la ministre de la Tran­si­tion éco­lo­gique, ce mar­di en début de soi­rée, lorsqu’elle s’est pré­sen­tée devant micros et camé­ras. […] Mais ces larmes qui n’ont fina­le­ment pas cou­lé sont liées à l’histoire per­son­nelle de Bar­ba­ra Pom­pi­li, petite fille de mineurs ayant quit­té l’Italie pour le Nord de la France comme tant d’Italiens et de Polo­nais le firent aus­si dans le Bas­sin potas­sique. »

Que les mau­vaises langues sortent aus­si leurs mou­choirs pour les pla­cer dans leur bouche !

Et tan­dis que la direc­trice des MDPA tenait à faire savoir à madame la ministre com­bien son équipe est for­mi­dable, com­bien elle sus­cite d’admiration chez les voi­sins ger­mains qui s’inspireront sans doute de leur génie, mais que le tra­vail de son équipe n’est pas valo­ri­sé, le tru­cu­lent Bodin retrans­cri­ra ver­ba­tim, en gref­fier ins­pi­ré : « Mes­sage bien reçu, Mme Schumpp », lui a répon­du Bar­ba­ra Pompili.

Certes, des fâcheux ver­ront dans les ful­mi­na­tions rhé­to­riques de Bodin une élo­quente illus­tra­tion de l’obséquiosité tra­di­tion­nelle que l’on ne ren­contre guère que chez quelques rares ser­vants de messe offi­ciant encore dans le Bas-Poi­tou, et que le double jour­nal unique alsa­cien réserve d’ordinaire aux puis­sants locaux et nationaux. 

Mais on aurait tort. J’y vois pour ma part le lyrisme lucide et la jus­tesse de ton de l’homme à qui sied de devi­ser le monde chaque matin que Dieu fait, dans les colonnes d’un quo­ti­dien de pro­vince, à la manière d’un Mar­co Polo d’opéra bouffe.

Qu’il soit ain­si remer­cié de demeu­rer pour nous l’éclaireur de tou­jours, res­té vaillam­ment au fond du puits jour­na­lis­tique, comme le navet ultime que per­sonne ne vou­drait jamais extraire.

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