Vou­lue essen­tiel­le­ment par Jean Rott­ner, Pré­sident de la Région Grand Est, qui aime­rait en tirer quelque béné­fice, « L’école 42 Grand Est » sera « le 5e cam­pus ouvert en France » (comme aime à le répé­ter la maire de Mul­house), après Paris, Lyon, Angou­lême et Nice.

Un article consa­cré par l’Al­sace-DNA donne la tona­li­té des enjeux : « Sous la toi­ture à sheds d’un des bâti­ments de KMØ, les tra­vaux d’aménagement des 900 m² de futurs locaux de l’école 42 sont en cours, un chan­tier de 1,3 mil­lion d’euros. Il y aura une entrée à l’intérieur de la cité numé­rique, mais aus­si une entrée exté­rieure auto­nome, notam­ment pour l’accès de nuit : l’école fonc­tion­ne­ra en effet 24 heures sur 24, explique l’architecte Guillaume Dele­ma­zure. Et sept jours sur sept ».

Cette école de codeurs à l’ap­proche aty­pique, fon­dée par Xavier Niel, un « serial entre­pre­neur à suc­cès fran­çais » (selon la for­mule du site de l’enseigne), ou ce « centre de for­ma­tion patro­nal », selon le sen­ti­ment de l’opposition de la gauche mul­hou­sienne, mar­que­rait-elle le triomphe des prin­cipes de la péda­go­gie inver­sée, ou ne consti­tue-t-elle qu’un nou­veau miroir aux alouettes naze-tech ?

Le moins que l’on puisse dire est que le nou­veau-né a été pla­cé sur les fonts bap­tis­maux mul­hou­siens par une belle pro­fu­sion de liqui­di­tés publiques. C’est que tous les res­pon­sables poli­tiques du Sud-Alsace ont tenu à par­rai­ner la nais­sance du divin enfant péda­go­nu­mé­rique, dont l’officialisation ne date que du 27 jan­vier 2021.

Si la « gra­tui­té » (pour les étu­diant-es) est sans doute l’argument mar­ke­ting de pre­mier choix uti­li­sé par les por­teurs du pro­jet, il faut bien que d’autres paient. Les col­lec­ti­vi­tés locales ont ain­si toutes mis la main à la poche, et pas en mégo­tant sur les montants. 

La signa­ture du contrat « 42 Mul­house Grand Est » avec les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales par­te­naires et finan­ceurs du pro­jet, fera donc de la Région Grand Est, la pre­mière des contri­bu­trices, ver­sant plus de 400 000 euros (soit 1 mil­lion d’euros en incluant l’achat de la « licence 42 », qu’il faut payer en sus). Mul­house agglo­mé­ra­tion (M2A) en sera pour plus de 300 000 euros en 3 ans, la CEA se déles­te­ra éga­le­ment de 300 000 euros, et enfin la seule ville de Mul­house abon­de­ra pour 32 000 euros.

Un joli cadeau de bap­tême de plus de 1 300 000 euros d’argent public, pour accueillir 150 étu­diants, c’est pas don­né. Il est vrai que l’on annonce un relais pro­gres­sif de finan­ce­ments pri­vés pas­sé les pre­miers temps. 

42 bugs par million d’euros 

A l’origine, le modèle éco­no­mique de l’école 42, « c’est la carte bleue de Xavier Niel » pour reprendre la for­mule de l’un des cofon­da­teurs, cité dans un article de Média­part. Le patron de Free y a en effet dépen­sé au moins 10 mil­lions d’euros, dont 7 mil­lions pour le fonc­tion­ne­ment de l’école pari­sienne et 3 mil­lions pour l’antenne amé­ri­caine, nou­vel­le­ment créée dans la Sili­con Val­ley, en Cali­for­nie. Une brou­tille tou­te­fois, eu égard à sa fortune.

Depuis lors, 42 est deve­nue une fran­chise dont on achè­te­rait la marque et les « méthodes », comme si la péda­go­gie inver­sée cen­trée autour des pro­jets était com­pa­rable à une chaine de pizza.

Mais puisqu’il s’agit bien aujourd’hui d’en faire une fran­chise de la for­ma­tion, celle-ci connait quel­que­fois des ratés en matière stra­té­gique, et cer­tains mar­chés sont moins faciles à conqué­rir que d’autres.

Ain­si, l’implantation cali­for­nienne de la marque 42 semble mal en point, à en croire un article publié par un site spé­cia­li­sé. C’est que, contrai­re­ment à la plu­part des repré­sen­ta­tions sociales conti­nen­tales, et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans les pays de l’Europe du sud, les citoyens nord-amé­ri­cains (et sans doute une bonne par­tie des indus­triels du numé­rique qui s’inspirent de la Sili­con Val­ley) consi­dèrent l’argent comme une valeur en soi. De sorte que ce qui ne coute rien (ain­si que le pro­clame l’école)… ne vaut rien !

Un bain qui précède la douche froide

En matière d’emploi, l’affichette publi­ci­taire du réseau pro­clame que plus de « 2 000 jeunes ont pu trou­ver du travail ».

Mais bien avant ce terme pro­fes­sion­nel idyl­lique, les étu­diants devront tou­te­fois pas­ser les épreuves de sélec­tion (c’est « la pis­cine », d’une durée de 4 semaines).

Le dis­cours des res­pon­sables poli­tiques fran­çais qui sou­haitent implan­ter le réseau sur leur ter­ri­toire se concentre éga­le­ment sur le carac­tère sup­po­sé­ment « social » du centre de for­ma­tion, puisqu’il accueille­rait volon­tiers des publics en dif­fi­cul­té d’insertion éco­no­mique, et peu diplô­mé, outre sa gratuité.

A Mul­house, Cécile Sor­nin, adjointe délé­guée à la poli­tique de la ville est d’ailleurs inter­ve­nue au conseil muni­ci­pal du 11 février 2021, pour défendre la dimen­sion « inclu­sive » de l’école « accueillant tous les publics, y com­pris en recon­ver­sion pro­fes­sion­nelle ».

Il est pour­tant impos­sible de véri­fier par le détail une telle asser­tion, puisque l’agence de com­mu­ni­ca­tion de l’école 42 n’a pu que nous indi­quer que « 38% des étu­diants intègrent 42 sans diplôme », ajou­tant par ailleurs qu’elle ne détient pas de don­nées sur les caté­go­ries sociales (ou CSP) des étudiants.

Le départ en 2017 de l’ancien direc­teur, Nico­las Sadi­rac, accu­sé de mul­tiples tur­pi­tudes, dont cer­taines à l’encontre de la gent fémi­nine, nous a valu la pré­ci­sion (par le ser­vice com­mu­ni­ca­tion) que sa suc­ces­seuse, Sophie Viger (venue visi­ter les locaux mul­hou­siens), a ini­tié de nom­breux chan­ge­ments au sein de l’organisation.

« Que ce soit en rap­port avec les mesures pour fémi­ni­ser 42 et donc contri­buer à fémi­ni­ser la Tech (50% de femmes à la der­nière pis­cine sur 42 Paris), la fin de la limite d’âge… ».

Cepen­dant, qui pour­rait croire que des per­sonnes en situa­tion de recon­ver­sion pro­fes­sion­nelle, ayant donc 10, 20, voire 30 ans d’écart avec le public de ving­te­naires, prêt à suer sang et eau pour réus­sir dans des condi­tions spar­tiates et de pro­mis­cui­té juvé­nile, puisse se retrou­ver dans le modèle pro­po­sé par 42, ayant des pro­fils de pères ou mères de famille qui sou­haitent chan­ger de car­rière professionnelle ?

On a enten­du que les pré­ten­dants plon­geurs de la « pis­cine » seront « coa­chés avec empa­thie », selon la for­mule de la même Cécile Sornin.

Même en accep­tant d’y croire, le fait est que deux-tiers des « plon­geurs » boi­ront la tasse au terme des 4 semaines éprou­vantes pour les nerfs et le som­meil que consti­tue la phase de pré­sé­lec­tion, au cours de laquelle il fau­dra se don­ner jusqu’à plus soif.

Il s’agira alors, tou­jours selon Sor­nin, qui semble avoir le sens de la litote, d’« accom­pa­gner » leur échec… Sachant par ailleurs, qu’elle qua­li­fie le modèle d’ « école de la deuxième chance ».  

4+2 alternatives

Lors du vote au conseil muni­ci­pal, la maire Michèle Lutz rabroue­ra en mai­tresse d’école le conseiller d’opposition Jason Fleck (groupe Cause com­mune), pour avoir osé poser la ques­tion du bien­fon­dé du ver­se­ment d’argent public envers une fran­chise dont la for­tune du fon­da­teur est esti­mée à 8 mil­liards de dol­lars. Réponse de Lutz : « ce n’est pas le moment pour ces ques­tions, main­te­nant on vote ! »  

Lisant ses notes, la maire affir­me­ra que 42 consti­tue une « offre de for­ma­tion com­plé­men­taire à ce qui existe déjà ».

Un doute sur­git alors dans les esprits. L’exécutif, du haut de sa tran­quille arro­gance, sait-il véri­ta­ble­ment quelle est l’offre exis­tante sur Mulhouse ?

Car des for­ma­tions qui per­mettent l’accès à des for­ma­tions de déve­lop­peur ou de génie logi­ciel, il en existe déjà à Mul­house. Y com­pris des modèles basés sur « l’auto-apprentissage, l’autonomie et l’entraide », expo­sés sage­ment par l’adjointe Marie Hot­tin­ger pour pré­sen­ter l’é­cole. L’é­lue pren­dra même soin d’expliquer à ses chers col­lègues non-com­pre­nants ce qu’est un codeur !

Si les locaux de « KM0 » abrite déjà « Epi­tech », une autre fran­chise de la for­ma­tion au numé­rique (dont des cadres ont fon­dé 42 !), dont le coût est éle­vé, mais la répu­ta­tion recon­nue par nombre d’employeurs, il s’y trouve aus­si une grande école acces­sible à tous : le Conser­va­toire Natio­nal des Arts et Métiers (ou Cnam).

Cette école his­to­rique pari­sienne (fon­dée à la Révo­lu­tion) est éga­le­ment régio­na­li­sée, et por­tée par des asso­cia­tions de droit local. On y pro­pose toute une série de for­ma­tions uni­ver­si­taires et pro­fes­sion­na­li­santes, construite comme des modules, ou des « briques » qui per­mettent de construire un par­cours de for­ma­tion qui per­mettent d’accéder à de nom­breux diplômes à par­tir du bac, voire moins, pour des prix modiques voire « gra­tui­te­ment », puisque sub­ven­tion­nés par la Région, sur­tout quand on est deman­deur d’emploi.  

Il existe encore l’Ensi­sa sur le cam­pus de l’Illberg. C’est une grande école d’ingénieur, avec 150 ans d’expérience sur le bas­sin mul­hou­sien, dont l’un des dépar­te­ments est voué au génie logi­ciel et au développement.

Mais, pour res­ter au plus près du modèle 42, il existe sur­tout l’ « UHA 4.0 », qui est une antenne uni­ver­si­taire nova­trice de l’Université de Haute Alsace, créée dans le sillage de l’é­cole de Xavier Niel, et qui a le grand mérite d’avoir ouvert le champ de la péda­go­gie inver­sée et de la for­ma­tion orien­tée pro­jet au sein même du champ universitaire.

On sou­li­gne­ra, à juste titre, que ces for­ma­tions ne sont pas acces­sibles à toutes les bourses. Mais il est tout à fait pos­sible d’en négo­cier l’échelonnement, voire des réduc­tions sub­stan­tielles, dès lors que l’on est au chômage.

Par ailleurs, com­ment sou­te­nir que les frais de sco­la­ri­té puissent consti­tuer un pro­blème dès lors que les employeurs manquent de per­son­nels ? Ledit employeur ne serait-il pas dis­po­sé à embau­cher des jeunes et des adultes en alter­nance ou par appren­tis­sage, pre­nant de ce fait à sa charge le cout de for­ma­tion ? D’autres solu­tions de cofi­nan­ce­ment existent, en lien avec… la Région Grand Est !

N’évoquons pas même l’offre de for­ma­tion (de qua­li­té) dis­po­nible en ligne, comme celle pro­po­sée par Open Class Room, dont les cer­ti­fi­ca­tions (recon­nues par l’État) sont finan­çables par Pôle-emploi.

Disruption vers la norme 

Mais le plus pro­blé­ma­tique dans le modèle 42 tient à son carac­tère « dis­rup­tif » au sein du pay­sage des centres de for­ma­tion. L’école est en effet le fruit de la volon­té d’un entre­pre­neur des télé­coms. Elle répon­dait donc d’abord à un pro­blème de recru­te­ment au sein même de ses entre­prises, dont la prin­ci­pale, « Free Télé­com ». En ce sens, elle est bien le « centre de for­ma­tion patro­nal » que dénon­çait l’élu Joseph Siméo­ni au conseil muni­ci­pal de Mulhouse.

Mais les élus de la majo­ri­té y voient au contraire le moyen de la répli­ca­tion d’un modèle entre­pre­neu­rial suc­cess­full qui vien­drait essai­mer par­tout dans le cadre fan­tas­ma­tique de la « start-up nation » déve­lop­pée par Emma­nuel Macron, qu’ils ima­ginent pou­voir trans­po­ser au ter­ri­toire de Mul­house, afin d’en faire un hub des ser­vices numé­riques, en lieu et place de son pas­sé indus­triel, ce que pré­voit pré­ci­sé­ment le lieu KM0.

D’au­tant que la pro­messe de diver­si­té est aus­si rafrai­chis­sante qu’im­pro­bable: « On a des per­sonnes sor­ties de l’école en 5e et des cen­tra­liens. C’est la richesse de 42 : la diver­si­té », sou­ligne Sophie Viger ». Les cen­tra­liens dis­posent-ils au moins de leur « pis­cine » dédiée dans laquelle il peuvent s’é­battre plus commodément ? 

L’autre fai­blesse du modèle 42 est une consé­quence directe de cette « dis­rup­tion ». Échap­pant à toute construc­tion péda­go­gique pro­gres­sive et struc­tu­rée (la for­ma­tion peut durer de 2 à 5 ans), l’école ne délivre pas de diplômes recon­nus natio­na­le­ment au RNCP, mais une simple certification. 

Autre­ment dit, l’étudiant est cen­sé­ment « employable » sur la base de la seule répu­ta­tion de l’é­cole. Admet­tons même que cela soit pos­sible, tant la pénu­rie de main d’œuvre est patente dans le sec­teur, com­ment fera-t-il, le jour où il aura déci­dé de chan­ger de car­rière ? Ou quand le mar­ché de l’emploi sera satu­ré ? Aucune uni­ver­si­té ou école ne lui recon­nai­tra un niveau uni­ver­si­taire, ou ne vali­de­ra d’autres pré­re­quis que la seule dis­ci­pline assi­mi­lée chez 42.

42 térabits d’inculture générale

Bien sûr, les enjeux dépassent de loin cette seule école, car l’offre de for­ma­tion mul­hou­sienne et fran­çaise, de manière géné­rale, au-delà même du sec­teur numé­rique, tend à se pro­fes­sion­na­li­ser sur cer­tains sec­teurs éco­no­miques, et se déleste tou­jours davan­tage des matières géné­rales, ou des « huma­ni­tés », c’est-à-dire ce qui relève de la connais­sance ou de la culture générale.

En bref, la dis­pa­ri­tion des dis­ci­plines de réflexion géné­rale qui per­met­traient par exemple à des codeurs de se sen­tir en capa­ci­té de lever un moment la tête de l’écran, et d’imaginer un futur dési­rable à par­tir de ce qu’ils conçoivent au quo­ti­dien, voire même d’émettre un doute sur le sens qu’il y a à mener un pro­jet particulier. 

C’est donc la capa­ci­té d’autonomisation cri­tique de l’homo faber nume­ri­cus qui est ain­si déniée ou reje­tée. En cela le poli­tique est par­ti­cu­liè­re­ment res­pon­sable, lui qui ne sau­rait appa­rem­ment pro­mou­voir que l’utilitarisme éco­no­mique. Ce qui réus­sit éco­no­mi­que­ment est bon. Est bon ce qui réus­sit économiquement.

42 gigabits d’expériences de pensée 

Car même si les employeurs espèrent de leur futur per­son­nel des « approches » nou­velles, il ne s’a­git que de ser­vir au mieux l’ob­jet éco­no­mique : « On a du mal à trou­ver des res­sources for­mées, dans la par­tie codage entre autres. Par 42, on espère accé­der à de nou­veaux talents […] 42, c’est l’accès à des talents qui pensent dif­fé­rem­ment, out of the box , qui vont avoir d’autres approches. Et ça, on y croit beaucoup. »

Voi­ci à ce pro­pos une expé­rience de pen­sée cri­tique typi­que­ment « out of the box » : le chô­mage est un pro­blème struc­tu­rel et social. Ce pro­blème n’a pas à être étu­dié struc­tu­rel­le­ment et socia­le­ment, et aucune conclu­sion quant au sens et à l’orientation pro­duc­tive n’est menée. Car dans le monde éco­no­mique idéal, il se trouve que de nou­veaux employeurs appa­raissent, auprès de qui il faut une main d’œuvre la plus opé­ra­tion­nelle pos­sible, à défaut d’être la plus docile. 

Cette main d’œuvre ne sau­rait remettre en cause la forme de la pro­duc­tion, ni ne doit jamais s’interroger sur le rap­port social de pro­duc­tion qu’elle enté­rine, à com­men­cer par qui détient le pou­voir de déci­der ce qui est pro­duit, et pourquoi ?

Cette expé­rience de pen­sée est-elle appli­cable à l’industrie du numé­rique, dont 42 vou­drait être un vec­teur, et Mul­house le récep­tacle idoine ? Dif­fi­cile de ne pas devoir l’ad­mettre. Il s’y trouve des don­neurs d’ordre, et des subor­don­nés. Et ce n’est pas parce qu’un employeur ins­taure le tutoie­ment obli­ga­toire, ins­talle une cui­sine pour vous inci­ter à res­ter sur place, un baby-foot et un sofa jaune dans la salle de repos, que la situa­tion hié­rar­chique et les rap­ports de pou­voir et de pro­duc­tion ont fon­da­men­ta­le­ment chan­gé, par rap­port au quo­ti­dien des ouvriers de DMC ou de la SACM.

Le pro­blème n’est pas rhé­to­rique. Il ne relève pas d’une grille d’analyse mar­xi­sante digne du 19ème siècle. Il est au contraire très actuel, notam­ment au sein de l’in­dus­trie « tech ». Les petits sol­dats du numé­rique ne sont pas fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rents de leurs ainés en bleu de chauffe. 

La pan­dé­mie de coro­na­vi­rus aura peut-être eu pour ver­tu d’illustrer com­bien la consom­ma­tion de biens et de ser­vices de masse appa­raissent en véri­té superfétatoires.

Les défis qui se font jour pour l’humanité, à com­men­cer par la tran­si­tion éco­lo­gique impé­ra­tive, sont abso­lu­ment redou­tables, et, qu’on le veuille ou non, intro­dui­ront des chan­ge­ments de para­digme éco­no­mique et social de grande envergure.

C’est pour­quoi les pro­po­si­tions à courte vue de nos poli­tiques appa­raissent déses­pé­rantes. Alors qu’il s’agit de pen­ser la trans­for­ma­tion sociale et éco­lo­gique dans le temps long, au cours duquel le sec­teur numé­rique aurait un rôle fort utile à jouer, il n’est ques­tion que de for­mer du per­son­nel à des métiers qui ne ser­vi­ront qu’à repro­duire des rap­ports sociaux fon­dés sur la domi­na­tion, for­ce­ront la sur­con­som­ma­tion d’énergie en démul­ti­pliant les objets connec­tables et la pro­duc­tion ten­ta­cu­laire de don­nés personnelles. 

Et lire qu’il s’a­git notam­ment d’  »accom­pa­gner des start-up et sus­ci­ter la créa­tion de nou­velles entre­prises à fort poten­tiel ; répondre aus­si aux besoins de com­pé­tences des entre­prises », afin de « faci­li­ter la for­ma­tion et l’intégration de jeunes sans qua­li­fi­ca­tions ou la recon­ver­sion d’étudiants et de deman­deurs d’emploi », c’est peu dire que l’intérêt public éco­lo­gique relève du débat en ape­san­teur. On s’en fout roya­le­ment. Car tout, abso­lu­ment tout, doit conti­nuer comme avant, comme toujours. 

En cela, on peut dire que le « débat » mul­hou­sien et l’argumentaire com­mer­cial qui en tient lieu, est mar­tien. Il sous­trait la réa­li­té de la vio­lence sociale et envi­ron­ne­men­tale qui est déjà à l’œuvre, sous nos yeux. Seule la langue extra­ter­restre de la conti­nui­té pro­duc­ti­viste, que défend l’exé­cu­tif muni­ci­pal, semble avoir droit de cité.

Cela dans une pers­pec­tive où l’imprégnation de la pré­di­ca­tion éco­mar­ke­ting, mâchon­née de for­mu­la­tions glo­bish, doit pro­di­guer à l’exé­cu­tif muni­ci­pal une impres­sion de hau­teur insoup­çon­nable. Jean Rott­ner doit être abso­lu­ment convain­cu du bien­fon­dé matri­ciel de ses idées, et, à en croire ses nom­breux enne­mis, aime à les par­ta­ger avec les occu­pants de l’O­lympe qu’il estime digne de les comprendre. 

A Jason Fleck qui s’est ris­qué à ques­tion­ner la dépense publique affé­rente à cette ins­tal­la­tion, la majo­ri­té muni­ci­pale agite le spectre de la jalou­sie sup­po­sé­ment fran­çaise contre les riches : « Mon­sieur Niel n’a pas volé son argent » décla­re­ra même Cécile Sor­nin ! La palme reve­nant alors à Rott­ner, qui inter­pelle Fleck, en lui deman­dant quelle était la marque de son télé­phone. Cela pour en arri­ver à décla­rer qu’il avait payé son télé­phone, pour­quoi lui en aurait-on fait cadeau ? 

Mieux vaut ne pas cher­cher à com­prendre les termes de la com­pa­rai­son « out of the box » du pre­mier adjoint et Pré­sident du Grand Est. Il a dû confondre « péda­go­gie inver­sée » et inver­sion raisonnante… 

« 42 » est une réfé­rence à un ouvrage de l’é­cri­vain de science fic­tion Dou­glas Adams : « Le guide du voya­geur inter­ga­lac­tique »

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