Des­sin : Veesse

Mar­di 4 mai, c’était toute la force de frappe édi­to­riale du groupe EBRA, soit tous les quo­ti­diens parais­sant dans le Nord-Est, qui pas­sait Jean Rott­ner, can­di­dat décla­ré à sa suc­ces­sion pour la pré­si­dence de la « Grande Région », au grill d’un feu rou­lant de ques­tions sans conces­sions, menées par 3 jour­na­listes de renom. 

Ployant sous le choc des mots, l’ex-maire de Mul­house fut téta­ni­sé par l’incoercible téna­ci­té et la poigne inoxy­dable de ces francs-tireurs de l’information.

Par esprit de sui­visme, et par sou­ci de nous pla­cer sous l’aile de nos illustres pairs, nous nous réso­lûmes alors à lui poser les mêmes ques­tions, mais dans un contexte bien plus dili­gent et ami­cal, contrai­re­ment aux usages bel­li­queux de la presse quo­ti­dienne régionale.

Jean Rott­ner s’est alors livré à nous de la manière la plus infor­melle et spon­ta­née possible…

Ce n’était plus un secret : confir­mez-vous votre can­di­da­ture aux élec­tions régionales ?

Oui, je suis si heu­reux de vous exhi­ber mon désir de région, dans ma ville, à Mul­house, urbi et orbi. Mais je des­tine éga­le­ment ma pétu­lante ardeur aux Sélé­nites, qui m’observent d’un air plus absent que le mien, là-haut, depuis la mer de la Fécon­di­té, sur la Lune, dont j’oserais dire, contre tous ceux qui en parlent sans la connaitre aus­si inti­me­ment que moi, qu’elle consti­tue notre satel­lite natu­rel. C’est assez dire si je suis en somme le nou­veau Cyra­no poli­tique de la dia­go­nale Nord. 

Vous avez été l’un des contemp­teurs les plus vifs du Grand Est…

Ecou­tez, si mes posi­tions vous paraissent creuses, gar­nis­sez-les à votre guise. J’ai bien noté la sour­noi­se­rie maté­ria­li­sée par vos points de sus­pen­sion à la fin de votre réplique, et le four­reau de mon épée a des four­mis tant mon arme est prête à vous rendre la cour­toi­sie en pleine face. Ce n’est pas parce que je suis plus prag­ma­tique qu’idéologue, et que j’ai déci­dé par réa­lisme de m’impliquer dans le « fait régio­nal », en ver­tu du hasard des cir­cons­tances, adou­bé et ren­for­cé par la « crise », que je n’abaisserai point les masques der­rière les­quels vous culti­vez la pan­to­mime de la divi­sion et l’artefact du mensonge !

Jus­te­ment, sur quelles thé­ma­tiques enten­dez-vous orien­ter votre ambi­tion pour le pro­chain mandat ?

Ecou­tez, j’entends faire cam­pagne, et autour de cer­tains thèmes. Ne vous en déplaise. Car moi j’y place mon cœur, mes tripes, et une par­tie de mon lobe occi­pi­tal le plus droi­tier pos­sible. C’est dire si je n’en suis plus à un motif de fier­té ridi­cule près.

Mais ne vous leur­rez pas. Ce n’est pas que j’aime à bras­ser le vent mau­vais de l’extrême droite, en agi­tant le thème de la sécu­ri­té, dont on me dit qu’il serait le sou­ci pre­mier des habi­tants de la Région. Ni même que j’ouvrirai grandes les vannes bud­gé­taires aux polices muni­ci­pales et à la vidéo­sur­veillance, ain­si que je l’annonce pareillement.

D’ailleurs, aujourd’hui tout le monde se fout de savoir quelles impli­ca­tions le vidéo­fli­cage peut avoir sur le res­pect de la vie pri­vée ou la récolte de don­nées per­son­nelles. Je me balade d’ailleurs moi-même avec un mou­chard télé­pho­nique siglé à la pomme. C’est dire si j’aime assez pas­ser pour une poire en matière de discrétion.

Bon, il est vrai que la sécu­ri­té ne fait pas par­tie des com­pé­tences des conseils régio­naux, les­quels ne béné­fi­cient plus depuis la loi NOTRe de la clause géné­rale de com­pé­tences. Mais je tiens de suite à vous ras­su­rer : c’est bien mon ave­nir poli­tique qui doit être sécu­ri­sé avant tout !

Par ailleurs, j’ai pen­sé que deman­der à l’Etat de ren­for­cer ses moyens pour les TER, quand mon par­ti et les idées qu’il porte ont tou­jours mili­té pour le tout-bagnole-et-bitume, était une voie suf­fi­sam­ment bien grais­sée pour en faire une bonne loco­mo­tive de cam­pagne. C’est tou­jours mieux que la poli­tique du doigt mouillé que je pra­tique épi­so­di­que­ment avec la grâce du proctologue. 

Ensuite, après avoir accom­pa­gné la fer­me­ture des hôpi­taux locaux, ain­si que les pro­cès-ver­baux du GHRMSA l’at­testent, au nom du mal­thu­sia­nisme bud­gé­taire en matière de san­té, j’ai pen­sé fort de café d’o­ser pro­mettre la for­ma­tion de 2000 infir­mières, 2000 aides-soi­gnantes et 2000 auxi­liaires de vie par la voie de l’apprentissage.

Bon, là encore, c’est sur­tout un pro­pos d’estrade. Parce que la loi pour la liber­té de choi­sir son ave­nir pro­fes­sion­nel du 5 août 2018 signe la fin du pou­voir de régu­la­tion des régions en matière d’apprentissage. En lieu et place des sub­ven­tions actuel­le­ment déli­vrées par les régions, les centres de for­ma­tion des appren­tis seront finan­cés au contrat. Les aides seront gérées par l’Etat… C’est noté clai­re­ment sur le site du citoyen Grand-Estien. Mais heu­reu­se­ment pour moi, ce n’est point vrai­ment lu. 

Et le qua­trième thème ?

J’y viens, j’y viens. A vous voir dans cet état, je devine une hypo­gly­cé­mie ful­gu­rante. Au moins les jour­na­listes sala­riés du groupe de presse EBRA/Crédit Mutuel vont à la soupe sans se plaindre de son amertume !

Voi­là, mon thème num­ber four, c’est le déve­lop­pe­ment durable. J’en mets par­tout en ce moment. Ça relève mon pud­ding rhé­to­rique d’écologiste durable, qui passe la réces­sion à l’herbicide. Vous trou­vez que c’est du flan ? Lais­sez-moi vous plan­ter mon crayon en aca­cia dans l’œil !

Et ça va dépo­ter, je vous le garan­tis. Un mil­lion d’arbres seront plan­tés, car j’aime les séquences chif­frées qui déroulent les zéros. C’est dire si mes troncs vous rin­ce­ront l’œil avant même de défon­cer votre gueule de bois.

Mais je ne suis pas fait du petit-bois dont on ali­mente les che­mi­nées. Et puisque je kiffe grave le déve­lop­pe­ment durable, j’ajouterai à cela 1000 kilo­mètres de haies, der­rière les­quels je ferai bâtir deux lycées qui for­me­ront aux métiers de l’environnement de demain, si demain n’est pas déjà trop tard.

La crise du Covid a‑t-elle pesé dans votre déci­sion de vous présenter ?

Ecou­tez, le mieux est encore de repro­duire une syn­thèse de la réponse que j’ai four­nie à vos confrères de la presse sérieu­se­ment quo­ti­dienne. En 2 mots, oui, mon équipe est d’accord avec moi pour me ser­rer les coudes, tan­dis que nous por­tons une ambi­tion et répon­dons dif­fi­ci­le­ment à l’efficace moment ambi­tieux, ou le contraire. Il est vrai que je radote un peu à force de mou­li­ner de concert soupe et flan, en sorte que je ne sais plus si je dois vous com­mu­ni­quer d’abord le plat géla­ti­neux qui tapis­se­ra idéo­lo­gi­que­ment votre esprit ou bien l’entrée aqueuse qui ser­vi­ra de pur­ga­tif politique.

Etiez-vous pour autant le seul can­di­dat « natu­rel » de la droite républicaine ?

Je le pense, oui… Et ce n’est pas être nom­bri­liste et oppor­tu­niste que de dire cela, bien qu’il me coute d’a­voir à le nier. C’est aus­si le sou­hait de toute équipe, et j’ai la fai­blesse d’aplanir au hachoir les diver­gences en son sein, en tran­chant menu les débats qui me sont défavorables.

Evi­dem­ment, je ne suis pas for­cé­ment tou­jours le meilleur dans tous les domaines, même si la science infuse s’écoule spon­ta­né­ment de mon corps, un peu comme les reliques de mar­tyrs chré­tiens dont le sang coa­gu­lé se liqué­fie au cours des pro­ces­sions, ou le miracle des saints qui embaument post-mor­tem. Il suf­fit de m’entendre devi­ser sur les bien­faits de la 5G au cours des conseils muni­ci­paux de Mul­house, pour s’en convaincre.

Quand le plan de relance Etat-région signé fin mars por­te­ra-t-il ses fruits ?

Mais il fruc­ti­fie déjà abon­dam­ment dans le ver­ger de la post-moder­ni­té néo­li­bé­rale. « Inves­tir, inno­ver, for­mer », c’est le trip­tyque indis­pen­sable pour que tout change, quand rien ne doit chan­ger. Et mes amis inves­tis­seurs pri­vés, ceux grâce aux­quels les tra­vailleurs tra­vaillent, ont déjà fait ruis­se­ler 650 mil­lions d’euros sur leur dos pour conti­nuer à leur man­ger la laine qui subsisterait. 

Bri­gitte Klin­kert, sou­te­nue par LaRem, vous fait face alors qu’idéologiquement vous êtes assez proches…

Ecou­tez, moi je ne suis aux ordres de per­sonne, sui­vez mon regard alors que je louche. En revanche, j’aime à don­ner des ordres à tout mon monde, y com­pris à Mul­house, sui­vez mon regard affli­gé de stra­bisme convergent. Alors ni le pré­sident de la Répu­blique, ni son Etat major, qui pré­parent ardem­ment la pré­si­den­tielle, ne m’empêcheront de mettre un pied dans la porte quand il s’agira de dire oui pour deve­nir ministre !

Je me pré­sente par pas­sion et envie, pour peu que je n’en change pas sou­dai­ne­ment, comme mon ancienne hos­ti­li­té au Grand Est. Idéo­lo­gi­que­ment, Klin­kert s’est peu expri­mée. C’est donc mau­vais signe : elle doit être aus­si prag­ma­ti­que­ment sous-idéo­lo­gi­sée que moi…

Ne vous condamne-t-elle pas à faire alliance pour le 2ème tour en empié­tant sur votre électorat ?

Je vais tout faire pour mobi­li­ser afin que cette ques­tion ne se pose pas. Et au besoin, moi, les dingues, je les soigne. Je vais lui faire une ordon­nance et une sévère… Et si elle fait dans l’antibiorésistance, on va la retrou­ver, épar­pillée par petits bouts, façon puzzle. Moi, quand on m’en fait trop je cor­rec­tionne plus : je dyna­mite, je dis­perse, je ventile !

Com­ment comp­tez-vous contrer le Ras­sem­ble­ment Natio­nal (RN) ?

En démon­trant que ses affir­ma­tions sont géné­ra­le­ment contraires aux faits. Alors même que c’est le choix opé­ré par mon par­ti que de faire ren­trer les faits divers les plus sca­breux dans des affir­ma­tions à carac­tère accu­sa­toire et géné­ral, visant notam­ment les citoyens de confes­sion musul­mane. Nous sommes là pour ras­sem­bler, et pas détruire ou sépa­rer. La preuve est que Jaco­bel­li [can­di­dat RN] uti­lise les mots liber­té et éga­li­té, mais jamais fra­ter­ni­té. C’est dire com­bien ces dix lettres me dif­fé­ren­cient de lui.

Pour beau­coup d’élus alsa­ciens la Col­lec­ti­vi­té euro­péenne d’Alsace (CEA) n’est qu’une « étape » avant de sor­tir du Grand Est. Quel est votre état d’esprit à son égard ?

J’étais signa­taire de l’accord de créa­tion. Donc oui à la CEA mais en équi­té avec les autres ter­ri­toires. Cela signi­fie ma volon­té de par­ti­ci­pa­tion, pour le cas où j’aurais déci­dé de rede­ve­nir hos­tile à la région. Pas ques­tion de me retrou­ver seul à Mul­house dans le bureau de Lutz ! Elle n’a certes pas de liber­té ou d’égalité vis-à-vis de moi, mais elle s’est créée une soro­ri­té à sa main. C’est affli­geant à voir et entendre.

Comp­tez-vous vous impli­quer dans la cam­pagne pré­si­den­tielle de l’an prochain ?

Lais­sez-moi me concen­trer sur les régio­nales ! Je décla­re­rai ma can­di­da­ture à la pré­si­den­tielle 15 jours après le scru­tin, rien que pour voir la tête de Xavier Ber­trand ! Il est vrai que si cet imbé­cile mul­ti­pliant les thé­ma­tiques sécu­ri­taires arri­vait à se faire élire, rien n’est per­du pour moi !

Vous pour­riez deve­nir ministre dans un an ?

Je constate que vous dou­tez encore de ma capa­ci­té à le deve­nir d’ici quelques semaines, petits polis­sons de jour­na­listes alter­na­tifs ! Evi­dem­ment, je vais démen­tir devant vous cet ardent désir, bien qu’il déborde de tous les pores de ma sur­puis­sante per­sonne. J’ajouterais que je suis mon propre patron à la région, et que les sous-fifres de Macron n’ont pas de liber­té d’action. Mais je ne ferai illu­sion pour per­sonne en disant cela !

Si vous êtes élu pré­sident de la région, ce sera pour l’intégralité du mandat ?

Vous plai­san­tez ! Aus­si­tôt que le secré­ta­riat d’Etat à l’épluchage de bananes se libère, je lâche­rai cette chi­mère bureau­cra­tique à tex­ture de flanby.

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