Ode au cou­rage du peuple pales­ti­nien, et mani­feste pour le droit au retour des réfu­giés, tel que déci­dé par la Réso­lu­tion 194 (III) des Nations Unies, préa­lable à l’ad­mis­sion d’Is­raël à l’O­NU en 1949, le film docu­men­taire « Lit­tle Pales­tine », signé Addal­lah Al Kha­tib, était pro­je­té au ciné­ma Bel Air de Mul­house le 13 mai à 20 h, en lien avec l’AFPS Alsace.

Il est dis­po­nible sur les pla­te­formes de vidéos à la demande.

En ouver­ture, face camé­ra, un jeune homme indique démis­sion­ner de ses mis­sions envers l’organisme des Nations Unies pour se libé­rer de la neu­tra­li­té récla­mée par cette orga­ni­sa­tion, incom­pa­tible avec le besoin vital pour lui de s’exprimer.

À la suite de la perte d’un ami proche tor­tu­ré à mort, et devant la situa­tion poli­tique, Addal­lah Al Kha­tib décide, sans aucune for­ma­tion, de s’emparer d’une camé­ra, confiée par son ami afin de fil­mer au bout des poings le nou­veau quo­ti­dien qui l’entoure.

« Lit­tle Pales­tine » est la chro­nique d’un désastre, celui du camp de Yar­mouk situé à 8 kilo­mètre au sud de Damas, où réside l’une des plus grandes dia­spo­ras pales­ti­nienne du monde depuis 1957 à la suite de la guerre de 1948, ain­si que dans 13 autres camps crées autour des villes syriennes.

Début 2011, Yar­mouk comp­tait 160 000 habi­tants.

À par­tir de l’été 2013, Bachar el-Assad décide d’assiéger ce camp en guise de repré­sailles à une ten­ta­tive de révo­lu­tion dans son pays, sous le pré­texte que de nom­breux mili­ciens pro-révo­lu­tion­naires se cachent dans la région. 

C’est que Yar­mouk, ancien camp de réfu­gié pales­ti­nien en Syrie (le plus grand du monde), était deve­nu une ville popu­laire de la ban­lieue de Damas. En 2011, au début de la révo­lu­tion syrienne, dans le contexte des prin­temps arabes, la popu­la­tion de Yar­mouk y est consi­dé­rée comme par­tie prenante. 

Le régime de Bachar el-Assad y assurent une répres­sion ter­rible avant d’as­sié­ger la ville qui, comme bien d’autres villes de la ban­lieue de Damas, dont Daraya ou la Ghou­ta, se retrouve cou­pée du monde.

Le siège est ain­si mis en place en 2013. La route prin­ci­pale est blo­quée, et le camp se trans­forme alors en pri­son à ciel ouvert, en dépit des coups de force déses­pé­rés des pales­ti­niens pour le fuir, comme on le voit dans le film. 

Pro­gres­si­ve­ment, les 18000 réfu­giés res­tants (dont 3500 enfants) sont pri­vés de nour­ri­tures, d’eau, d’électricité et de médi­ca­ments. Les réfu­giés souffrent de mal­nu­tri­tion extrême, de déshy­dra­ta­tion et de manque de soins. 

Tour­né sur place, entre 2013 et 2015, par le réa­li­sa­teur, à la fois cap­tif et obser­va­teur atten­tif, le camp pas­se­ra sous la coupe de l’organisation État isla­mique, avant d’être qua­si­ment rasé en 2018 par le régime de Damas, allié aux Russes. 

Le siège d’une durée de 644 jours fera 4000 vic­times, dont au moins 170 per­sonnes mortes de faim selon l’ONG pales­ti­nienne Jafra, 200 selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

330 per­sonnes sont por­tées dis­pa­rues par­mi les réfu­giés pales­ti­niens et plus de 1800 per­sonnes ont connu la déten­tion dans les pires condi­tions à la suite de ces événements.

Parti pris contemplatif et philosophique 

Dans diverses séquences du film, Abdal­lah Al Kha­tib s’exprime en tant que nar­ra­teur, en voix-off, comme lisant son propre jour­nal intime en une sorte de pro­so­die résis­tante et résiliente.

Par exemple :

« Le siège est une inter­mi­nable noyade dans le temps » et la marche quo­ti­dienne est un « rituel de sur­vie », le moyen d’occuper d’interminables jour­nées sans but.

« Le siège est un long empri­son­ne­ment, fait d’attente et d’ennui, qui ne pose pas de limites aus­si claires que les bar­reaux d’une pri­son : il s’étale comme un désert écra­sé de cha­leur en plein été. Le siège est un che­min qui conduit à la folie et au sui­cide, et le seul moyen d’en réchap­per, c’est de trou­ver une idée qui en vaille la peine ».

Il lui parait ain­si fon­da­men­tal de « rem­plir le vide du temps », et de « le rem­plir par le sens ».

Le sens contre les puis­sances de mort, pré­sentes par­tout (via des mis­siles ou des héli­co­ptères de guerre se déles­tant de leurs bombes…) mais jamais explicitées. 

Chaque Pales­ti­nien conjure la fau­cheuse à sa manière, sans pathos, entre fata­li­té divine et appels de détresse lais­sés sans réponse par la com­mu­nau­té internationale… 

Si le film est d’abord une ode au cou­rage du peuple pales­ti­nien, ain­si qu’il a été dit plus haut, il l’est d’a­bord au titre de ses enfants. 

Le tra­gique des lieux semble en effet glis­ser sur eux, comme la pluie sur un imper­méable, tan­dis que la joie sur­vit encore, avec rete­nue et pudeur. 

En témoigne la séquence de clô­ture du film, mon­trant une petite fille qui ramasse du mou­ron blanc dans une éten­due her­beuse, une plante à usage médi­ci­nal dont elle se nour­rit avec sa famille, faute de mieux, comme l’on ver­ra d’autres réfu­giés se nour­rir de racines ou de cactus. 

  • Tu as peur des bombes ? Lui demande le réa­li­sa­teur, alors qu’une bombe s’é­crase sur l’im­meuble voi­sin en ruine. 
  • Non (bra­vache, elle regarde tou­te­fois autour d’elle) 
  • On dirait que tu n’aimes pas la vie
  • J’aime la vie, mais pas ici 

Contexte des réfugiés palestiniens en Syrie 

En 1850 la colo­ni­sa­tion de la Pales­tine depuis l’Eu­rope débute. 

Lors de créa­tion de l’E­tat d’Is­raël en 1948, 700 000 Pales­ti­niens ont été chas­sés par la vio­lence de leurs terres ances­trales (sur les 900 000 des ter­ri­toires conquis).

Ils sont deve­nus des réfu­giés, soit dans leur propre pays, soit dans les pays limi­trophes (Liban, Jor­da­nie, Syrie). C’est la « Nak­ba » (la grande catastrophe).

Ils peuvent même être réfu­giés dans un ter­ri­toire sous blo­cus, comme à Gaza dont ils repré­sentent près de 60 % de la population.

Ils sont gérés par l’UNRWA – Office de secours et de tra­vaux des Nations–Unies en charge de l’ac­cueil et de l’aide aux réfugiés.

Hôpi­taux, éta­blis­se­ments sco­laires, amé­na­ge­ments urbains sont gérés par cette agence pour les 58 camps recon­nus, dont 19 en Cisjordanie.

Plus de 3 mil­lions de Pales­ti­niens sur les 5 mil­lions enre­gis­trés le sont dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens, au Liban, en Jor­da­nie et en Syrie (750 000 Pales­ti­niens ont été exi­lés en Syrie et de nou­velles vagues de réfu­giés (guerre des 6 jours) ont gon­flé ce chiffre).

Chaque année l’As­sem­blée géné­rale des Nations-Unies renou­velle la réso­lu­tion 194 qui sti­pule que « les réfu­giés qui dési­rent ren­trer dans leurs foyers et vivre en paix  avec leurs voi­sins devraient y être auto­ri­sés le plus vite pos­sible, et que des dédom­ma­ge­ments devraient être ver­sés pour les pro­prié­tés et ceux qui ne veulent pas revenir ».

L’UNRWA est le seul garant par défaut du sta­tut inter­na­tio­nal du réfu­gié pales­ti­nien qui se trans­met de géné­ra­tion en génération.

L’ad­mi­nis­tra­tion israé­lienne, quant à elle, n’a jamais accep­té le droit au retour des réfu­giés, mal­gré ces réso­lu­tions onusiennes.

La poli­tique amé­ri­caine de finan­ce­ment de l’UNR­WA est sou­mise à ses orien­ta­tions et choix de poli­tique étran­gère, tou­jours favo­rable à la puis­sance israélienne.

Les annu­la­tions de cré­dit déci­dées par l’ad­mi­nis­tra­tion Trump avaient mar­qué un som­met de cette orien­ta­tion, avant leur réta­blis­se­ment par l’ad­mi­nis­tra­tion Biden avec tou­te­fois des condi­tions de contrôle strict sur l’Of­fice (posi­tions expri­mées publi­que­ment par le per­son­nel et conte­nus des pro­grammes sco­laires notamment).

A ce jour : l’UN­WRA reste chro­ni­que­ment dans une situa­tion bud­gé­taire gra­ve­ment déséquilibrée.

Pire, c’est la qua­li­té même de la trans­mis­si­bi­li­té du sta­tut de réfu­gié au sens du droit huma­ni­taire inter­na­tio­nal, qui est régu­liè­re­ment mise en ques­tion pour ces Pales­ti­niens réfu­giés qui ne dépendent pas du Haut-Com­mis­sa­riat aux réfu­giés (HCR), et notam­ment par la com­mis­sion juri­dique spé­cia­li­sée onusienne.

Et demain ?

Dans son mes­sage du 23 avril le com­mis­saire géné­ral de l’Of­fice, Phi­lippe Laz­za­ri­ni, a insis­té sur les  nou­velles dyna­miques régio­nales et les risques de crise huma­ni­taire, notam­ment compte tenu des réti­cences de cer­tains des dona­teurs arabes.

Selon l’UNR­WA les 2/3 des 570 000 Pales­ti­niens pré­sents en Syrie avant 2011 sont aujourd’­hui des dépla­cés internes et le main­tien de leur sta­tut de réfu­gié est vital pour eux.

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