Galerie photo de Martin Wilhelm
Le cirque Medrano, aujourd’hui licence commerciale notamment exploitée par Circa productions, fut autrefois un illustre cirque parisien sédentaire fondé par un clown d’origine espagnole, est installé jusqu’au 15 mars au parc expo de Mulhouse.
A l’heure du tout IA et de l’automatisation, Medrano se targue d’être un cirque 100 % humain, c’est à dire sans animaux. Un parti-pris choisi par la direction du cirque depuis quelques années. Et qui anticipe surtout sur la loi du 30 novembre 2021, laquelle vise à accompagner la filière circassienne à se dispenser progressivement d’animaux sauvages avant le 1er décembre 2028, date de l’interdiction effective.
Une telle perspective oblige les compagnies à redoubler de créativité pour attirer l’attention du public, et à se différencier grâce à des artistes venus des quatre coins du monde. Une créativité foisonnante qui fait oublier les montreurs d’ours et dompteurs de fauves prisonniers à vie de leurs cages et roulottes.
La piste aux mirages commerciaux
Des enfants qui pleurent car leurs parents menacent de rebrousser chemin devant la caisse du chapiteau Medrano sont des scènes que de nombreux spectateurs relèvent régulièrement sur les réseaux sociaux, et dont la presse quotidienne régionale se fait souvent l’écho.
En 2011 dans Ouest France, ou plus récemment dans L’Est Républicain à Nancy, Nord Littoral, et bien d’autres lieux. La technique semble être imparable : des invitations sont diffusées en grand nombre dans la ville de stationnement par Medrano, avant l’installation du cirque, via les comités d’entreprise, les relais institutionnels, et autres associations.
Ces documents sont aujourd’hui un peu plus clairs qu’ils ne l’étaient il y a quelques années, lors des premiers signalements. Il reste que les conditions d’éligibilité sont multiples, et la procédure draconienne : préservation sur le site, billets imprimés chez soi ou dans « l’entreprise » qui devra préalablement « tamponner » son numéro SIRET, présentation 1 heure (ou 45 minutes, selon la ligne) avant le début du spectacle, à défaut de quoi l’annulation de l’invitation est certaine !

Comme on l’imagine, les parents prêtent peu d’attention à ces petites lignes au verso de l’invitation, et se retrouvent devant un caissier inflexible parce qu’il manque un élément, parce que les réservations ne sont pas imprimées, ou parce que les places économiques (les moins bonnes, réservées aux invités) sont déjà prises… En revanche, moyennant l’achat d’un supplément ou d’un programme, des places sont évidemment disponibles…
Dans ces conditions, comment ne pas céder devant le regard inquiet ou éploré de son enfant ?
Nous avons été réceptionnaires de ces invitations. Une fois sur le site, nous sommes frappés par l’incitation du système de réservation à nous orienter vers des suppléments payants, les places économiques étant déconseillées ! Ce faisant, nous contactons la direction du cirque (au demeurant très sympathique) qui nous permet finalement d’échanger avec Raoul Gibault, patron du cirque depuis 1987.
Celui-ci nous conseille vivement de ne pas utiliser ces invitations. Elles ne sont pas pour les journalistes ! Nous choisirons finalement de nous présenter spontanément lors d’un spectacle, un samedi soir, et serons pris en charge par un caissier qui, nous frayant un chemin parmi le public en file indienne, nous installe dans le carré VIP !
Si la machine commerciale de Medrano semble parfois broyer l’enthousiasme des familles, l’humanité reprend ses droits sitôt le rideau franchi. Car derrière le marketing agressif se cachent des femmes et des hommes dont le talent, pur et brut, parvient à faire oublier les petites mesquineries placées au dos des documents commerciaux.
Artistes internationalement polyvalents
Animant la scène entre deux numéros menés sans temps morts, les clowns viennent taquiner les spectateurs à qui ils demandent d’ouvrir la bouche pour se jouer d’eux comme d’otaries sur lesquelles sont projetés des popcorns !
Les acrobates se nourrissent des encouragements du public pour accomplir leurs prouesses, telles les jongleuses qui se précipitent en se lançant les quilles et glissent avec aisance sur les quelques échecs de réception, avant de se muer en acrobates, dont l’une retient l’autre par un seul pied…
Ou encore un mono-cycliste funambule, un équilibriste-voltigeur hors-pair, un trapéziste qui se pique d’installer une chaise sur sa balançoire, un trio de danseurs acrobates grimés en cosaques farouches, des duettistes dansant dans le noir sur un rythme techno vêtus de costumes lumineux projetant des faisceaux lasers…
Les artistes semblent venir de toute l’Europe, et connaissent des conditions de travail pas toujours des plus enviables. Le cirque est aussi un jeu d’argent, et la polyvalence est ainsi de mise, pour la plupart d’entre eux.
Ainsi avons-nous remarqué qu’un machiniste actionnant des interrupteurs la tête penchée de lassitude, est aussi un artiste présent sur la piste. Quand aux duettistes clowns, ils sont par ailleurs vendeurs de friandises, colifichets lumineux, confectionnent gaufres et crêpes aux enfants ivres d’émotions, la tête dans les nuages de barbe à papa…
Entre la poussière d’étoiles et les calculs d’apothicaire, le cirque Medrano continue de faire battre le cœur des enfants dans les villes qu’il traverse. Si le spectateur ressort ébloui par l’agilité des acrobates et la résilience de ces artistes aux multiples casquettes, un goût d’amertume persiste toutefois face à une machine marketing aux rouages parfois opaques.
En fin de compte, le voyage sous le chapiteau reste une expérience de contrastes : un hommage vibrant à l’effort humain et à la magie du spectacle vivant, mais qui gagne à être abordé avec un regard aussi averti que celui des enfants est émerveillé.
L’occasion pour notre photographe de vous faire découvrir en images ses ressorts les plus poétiques et novateurs.






































