L’alerte retentissait dès l’année dernière. Pascale Schieb, l’encore directrice du centre social Pax, situé à Mulhouse Bourtzwiler, pressentait l’advenue d’orages financiers qui menaçaient d’assombrir l’avenir de cet établissement d’utilité publique situé dans le plus grand quartier enclavé populaire (plus de 11 000 habitants), au nord de Mulhouse.

Un territoire qui fut une petit ville périphérique jusque 1947, créée par Sébastien Bourtz au 18ème siècle, et rattachée à la ville d’Illzach jusque 1928. Et qui souffre notamment de taux de formation les plus faibles de l’agglomération, alors qu’il abrite la population la plus jeune.

C’est dire si la situation du centre social Pax, complexe aux larges volumes, qui fut un cinéma de quartier prisé, et sert aujourd’hui principalement de salle de spectacle, avec 320 places assises (sans compter l’ensemble des prestations d’un centre socio-culturel actif), préoccupe au plus haut point les acteurs sociaux et les habitants du quartier.

Certes, la situation des autres centres mulhousiens n’est pas plus réjouissante, mais le Pax se retrouve aujourd’hui tributaire d’un besoin de financement dépassant les 200 000 euros…

Le groupe d’opposition municipale de gauche, « Mulhouse cause commune« , vient d’en exposer quelques détails dans son dernier communiqué.

Entre la baisse des subventions de la CAF, celles de la Ville de Mulhouse, passées de 389 000 euros à 369 000 euros, s’est ajouté le dernier coup de massue budgétaire, avec des factures de gaz pouvant atteindre 400% d’augmentation, et l’échafaudage financier d’une structure sociale aussi ancrée dans son territoire manque inévitablement de s’effondrer.  

Ces 200 000 euros manquant à la trésorerie permettraient d’assurer la pérennité des activités du centre et de rémunérer ses prestataires.

20 postes de travail, en équivalent temps plein, sont ainsi concernés.

La situation n’est pourtant pas pour surprendre. Ainsi que précisé plus haut, des économies prévisionnelles relatives à la hausse du cout de l’énergie sont opérées depuis 2022, alors que les factures de chauffage atteignent 29 000 €, puis 37 500 €. Au début de l’année 2023, les projections pointent des sommets à 80 000 € !

Résultat : des restrictions de chauffage sont prises, alors que la structure est réputé être une passoire thermique. Le rez-de-chaussée et la salle de spectacle ne sont pas isolés, contrairement à l’étage.

Toujours dans le souci de viser la sobriété énergétique, l’accueil ferme pendant les congés de Noël 2022, même si le service jeunesse est maintenu partiellement au relais Brossolette. Les salariés doivent par ailleurs prendre des congés au début de l’année 2023.

Pour autant, même si l’inflation des flux énergétique est maitrisée de manière malthusienne, les recettes institutionnelles diminuent, et ce faisant la crise budgétaire s’installe durablement.

Aujourd’hui, l’avenir même du centre social est grévé, et Pascale Schieb, sa directrice depuis 17 ans, est sur le départ.

L’opposition de gauche mulhousienne réclame dans son communiqué l’octroi d’une subvention exceptionnelle à la structure afin de lui permettre de passer ce cap et de se projeter plus sereinement.

Elle invite « la municipalité à être proactive et à ne pas laisser se détériorer la situation de ces structures indispensables au vivre-ensemble et à la cohésion sociale de notre ville« .  

Pour évoquer la sortie du septième album de sa bande-dessinée, « Les vieux fourneaux« , le scénariste Wilfrid Lupano, relate à juste titre que l’ « on invoque le dieu « vivre-ensemble » au cours de cérémonies barbecuesques, mais c’est un dieu tatillon qui ne débarque pas comme ça, à la moindre hécatombe de merguez. Il a besoin qu’on lui prépare un peu mieux le terrain. Par exemple avec un peu de justice sociale« .

Crédits : Lupano/Cauuet

« Justice sociale pour les infrastructures sociales ! » Voilà une proposition de slogan moins « barbecuesque » que substantiellement politique, à destination de la majorité municipale. Souhaitant qu’elle soit consciente des enjeux et menaces qui pèsent sur l’ensemble des structures mulhousiennes…