Crédit photos : Martin Wilhelm

Un cortège bien fourni a traversé la ville de Mulhouse en ce samedi 23 septembre sous un beau soleil automnal. Pas moins d’une vingtaine d’associations, de partis, de syndicats* ont appelé à se rassembler place Franklin pour une « Marche contre les Répressions ».

Parmi les quelques 150 personnes qui ont répondu à l’appel, il est à noter qu’on débordait du cadre habituel des militants mulhousiens arpentant les rues de la cité : on y retrouvait des citoyens révoltés par la tournure des événements et qui estiment, avec raison, qu’une restriction des libertés est en cours dans notre pays.

Simone Roesch, au nom du Droit au Logement DAL, parlant au nom de plusieurs associations, a défini le contexte dans lequel cette marche a été initiée : « … Le contexte est celui d’un État répressif qui débride sa violence au fil des contestations sociales. (…) Le meurtre de Nahel (cité par quasi tous les intervenants – ndlr) tué par un policier à bout portant (…) a mis la lumière sur ce qui doit cesser : le racisme systémique, les violences policières et les inégalités sociales qui creuse la politique de ce gouvernement. Une politique néolibérale imposée par des méthodes autoritaires, des lois sécuritaires et une doctrine du maintien de l’ordre décriée jusque dans les plus hautes instances internationales. Une politique régressive qui fait le lit du fascisme et piétine toujours plus les libertés publiques (…) »

« Nous sommes certes dans une démocratie », rajoute l’oratrice, « mais avec un mode autoritaire d’exercice du pouvoir ».

Et d’énumérer les revendications de l’ensemble des organisations qui ont appelé à cette marche : l’abrogation de la loi sur l’assouplissement de l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre, une réforme en profondeur de la police, le remplacement de l’IGPN par un organisme indépendant, la création d’un service dédié aux discriminations touchant la jeunesse, un plan d’investissement ambitieux (…) pour rétablir les services publics, le financement des associations et des centres sociaux particulièrement dans les quartiers populaires…

Gérard Moine pour la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) constate que « les violences ont explosé sur les lieux de rassemblement et de manifestation, entravant les possibilités d’expression politique. » La LDH sait de quoi elle parle, étant dans le viseur du ministre de l’Intérieur et de la Macronie qui va jusqu’à contester son existence ! « Cette situation reste taboue, précise Gérard Moine, pour une large partie de la classe politique alors que de nombreuses voix du monde associatif et syndical ont appelé à revoir les modes d’intervention de la police et à lutter contre le racisme qui s’y manifeste trop souvent ».

Le Parti Communiste haut-rhinois était présent à cette marche contrairement à sa direction nationale qui boudait cette manifestation. Jean-Claude Pelka a clairement explicité la raison de sa présence : « Depuis le début de l’année 2023, les préfectures ont multiplié les interdictions de manifester jusqu’à interdire le port de sifflets ou de casseroles. (…) Ces arrêtés illustrent une dérive autoritariste inquiétante du pouvoir tout comme la tentative de dissolution des « Soulèvements de la Terre » ou les menaces à l’égard de la Ligue des Droits de l’Homme ». Et de conclure en rappelant que « contre la répression et la criminalisation des manifestantes et manifestants associatifs, syndicaux et politiques, la stigmatisation de certains quartiers et de leurs habitants, la discrimination à l’égard d’une partie de la jeunesse, les atteintes aux libertés publiques, les communistes du Haut-Rhin sont présents aujourd’hui ». Espérons que ces paroles résonneront jusqu’à la place du Colonel Fabien…

Le représentant de La France Insoumise a dénoncé « le tournant libéral autoritaire du gouvernement, en rappelant que 1.000 militants syndicaux ont été convoqué, pour certains arrêtés, pour beaucoup comparus devant des tribunaux. » « La résistance à la politique gouvernementale conduit le pouvoir à pratiquer une répression contre les mouvement sociaux : cela fut le cas déjà pour les Gilets Jaune ; lors de la révolte des banlieues, comme si le gouvernement n’avait que la force à opposer à la mobilisation sociale ». Et d’exiger une réponse immédiate aux revendications énoncées par les initiateurs de la marche…

Le syndicat Sud a appelé à élargir les mobilisations si nombreuses actuellement mais qu’il faudrait faire converger pour amplifier la pression sur le gouvernement.

Au nom de EELV, Cécile Germain, a fait le lien avec le rassemblement de protestation de la décision d’enfouissement des déchets toxiques qui s’était déroulé auparavant à Wittelsheim et d’où elle venait, pour lancer un appel à la convergence des mobilisations car les luttes pour la planète et pour la justice sociale sont de même nature.

A l’arrivée du cortège Porte Jeune, Jeannot Celle, de Thur Ecologie et transports, appela à la poursuite de telles initiatives car la politique du gouvernement et du monde économique continue sa remise en cause des conquêtes sociales et des libertés publiques.

*ATTAC, DAL Droit au logement, Communauté solidaires des Terres de l’Est, LDH Ligue des Droits de l’Homme, Thur Ecologie Transports, Maison de la Citoyenneté MCM, Justice Insertion droits, Les résistances de la Terre, Alternatiba, Stop Fessenheim, Destocamine, CGT68, Solidaires, SudRail, EELV, LFI, MJCF68, NPA, PCF68.