Crédit vidéo : Max-Emilien Silva – Crédit photos : Martin Wilhelm
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L’intersyndicale enseignante appelait hier à la mobilisation contre la réforme du lycée professionnel.
Un rendez-vous de manifestation était fixé à Strasbourg dans l’après-midi du mardi. À Mulhouse, quelques dizaines de grévistes se sont réunis à partir de 10 heures devant le lycée professionnel Franklin Roosevelt.
Ainsi qu’il est visible dans nos entrevues vidéos disponibles ci-dessous, on y comptait notamment des représentants de la CGT éducation, Sud éducation-Solidaires, Sgen-CFDT, Snetaa-FO, et FSU.
Il s’agissait de témoigner des menaces et problèmes occasionnés par la réforme en cours, mise en oeuvre par Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la formation professionnelle.
L’objectif de la réforme est notamment de rendre l’année de terminale en voie pro «plus modulaire pour les lycéens selon qu’ils veulent s’insérer dans l’emploi ou poursuivre leurs études», ainsi qu’elle le détaille dans une entrevue donnée au Monde.
Le tout incluant « un stage de six semaines s’ils souhaitent s’insérer dans l’emploi, ou une préparation à la poursuite d’études, centrée sur les matières fondamentales, la méthodologie, et l’autonomie»
Enfin, il est question de refonte de la carte de formations. Emmanuel Macron, lequel a déclaré les lycées professionnels «cause nationale», veut transformer et refondre les formations d’ici 2026, afin de favoriser l’orientation des élèves vers les métiers en « tension ». C’est à dire insuffisamment recruteurs, en raison notamment des conditions de travail ou du niveau de rémunération.
Et, selon la ministre, les formations qui ne trouvent pas un rendement suffisant sur le marché du travail (on parlera de « taux d’insertion » ou de « taux de poursuite d’études » en langage bureaucratique), « doivent être reconsidérées».
«L’objectif est de transformer le quart de ces formations dont ces taux sont les plus faibles pour qu’elles ne soient plus proposées aux élèves à la rentrée 2026», a annoncé la ministre. Pour autant, cela «ne veut pas dire nécessairement qu’on va les fermer».
Une nouvelle et absconse illustration du « en même temps » macronien, où l’on ne fermerait pas des formations qui n’existeraient plus…
Le texte doit être présenté par la ministre au Conseil supérieur de l’Éducation ce jeudi 14 décembre.
Des syndicats qui craignent un accroissement du décrochage scolaire et une dégradation des conditions de travail des personnels
Les enseignant redoutent en premier lieu « Le calendrier imposé« , considéré comme « intenable et irrespectueux du travail des personnels car la mise en œuvre de ce projet est envisagée dès la rentrée 2024 ».
Par ailleurs, ils soupçonnent le ministère d’organiser un bac pro en 2,5 ans, voire 2 ans, au lieu des 3 années nécessaires, « au prétexte de diversification, le ministère détournerait un grand nombre d’heures de cours pour répondre à une commande présidentielle : augmenter le nombre de semaines de stages. Inacceptable quand nos élèves ont besoin de plus et mieux d’école. C’est toute l’architecture du bac pro qui est laminée ».
Ils récusent en outre le fait d’imposer des stages en juin en lieu et place des épreuves actuelles. Un fait considéré comme absurde et dangereux pour des « élèves qui seront en concurrence avec les élèves de 2nde GT dont le capital réseau pour trouver des entreprises d’accueil est plus important ».
Cette séquence de stage favoriserait selon eux un décrochage scolaire, quand le lycée pro perd déjà des heures de cours depuis 3 ans, avec deux heures de cours en moins par semaine en seconde ainsi qu’en première, et 71 heures d’enseignement en terminale, soit 203 heures de moins, ou l’équivalent de sept semaines d’enseignement.
Mais l’argument qui revient systématiquement dans les propos est le sentiment de devoir remettre leurs missions au main du patronat, lequel choisira les parcours de formations en fonction d’intérêts économiques court-termistes et autocentrés, réduisant les élèves à ne devoir choisir qu’entre des carrières ou l’intérêt propre et la libre autodétermination passeraient derrière des calculs de placement dans le marché de l’emploi, alors même que la notion de travail, et ses fins, sont réinterrogées toujours davantage par les jeunes générations…
Le contexte local est par ailleurs au malthusianisme budgétaire, puisqu’on apprenait récemment que les élèves du lycée des métiers Charles-de-Gaulle de Pulversheim (qui s’apprête à fermer) devraient être répartis dès la rentrée prochaine au sein du lycée des métiers Gustave-Eiffel de Cernay et du lycée Schweitzer de Mulhouse.
Un communiqué de l’intersyndicale au sujet de la réforme Grandjean est disponible ici.
Nos entrevues avec les représentant-e-s syndicaux interrogés par Michel Muller :
La galerie photo de Martin Wilhelm :


















