Crédit photos : Martin Wilhelm
La fermeture du guichet SNCF de la gare de Thann marque un tournant pour les usagers de cette commune alsacienne proche de Mulhouse. Une centaine de manifestants ont organisé une marche funèbre symbolique, ce samedi 31 janvier 2026, pour protester contre cette décision de la Région Grand Est.
Contexte institutionnel et politique
Le guichet de Thann a fermé définitivement le 30 janvier 2026, dans le cadre d’une vague de suppressions touchant 13 gares du Grand Est, dont 4 en Alsace (Thann, Bischwiller, Soultz-sous-Forêts, Wissembourg).
La Région justifie cela par la chute des ventes physiques de billets, qui seraient passées de 31% en 2019 à 11% en 2024, avec un coût annuel de 200 000 à 300 000 € par guichet contre seulement 8 000 € de recettes. Un chiffre difficile à croire.
En effet, à Thann, le guichet générait encore plus de 12 000 opérations par an, soit 33 par jour, et offrait un lien social essentiel pour les seniors ou ceux dénués de smartphone.
Marche funèbre associative et syndicale
Le cortège, parti de la gare vers 9h30, a rejoint la collégiale Saint-Thiébault en une quinzaine de minutes, mené par l’association Thur écologie & transports, la CGT Cheminots et Sud Rail.
Devant l’édifice gothique emblématique, les participants ont dénoncé une déshumanisation des services publics et une privatisation rampante initiée en 2020 avec la transformation de la SNCF en société anonyme.
Discours et réactions
Nous vivons des jours toujours plus tristes, ce chagrin dû aux faiseurs des services publics, ont déploré les orateurs, refusant la résignation face à la dématérialisation imposée par l’État, la Région et la SNCF.
Jonathan Seiller de la CGT Cheminots a rappelé les 55 salariés reclassés dans le Grand Est, dont certains handicapés, et averti d’une seconde vague de fermetures à Altkirch, Munster ou Mulhouse. Olivier Malbos, de la Société d’Histoire a évoqué l’inauguration joyeuse de la ligne Mulhouse-Thann en 1839, contrastant avec ce « enterrement » ensoleillé.
Charles Schnebelen, conseiller municipal et candidat à la mairie a exprimé son soutien aux manifestants, soulignant la congestion routière dans la vallée de la Thur et la nécessité d’un contact humain pour promouvoir le train.
Chants funèbres… mais ressuscitation souhaitée au plus tôt
Non dénuée d’une bonne dose d’humour au vitriol, la cérémonie s’est conclue par des chants, dont un « De Profundis SNCF » pour les guichets supprimés, suivi d’une parodie sur l’air du « Lion est mort ce soir« .
Les manifestants ont affirmé que le combat pour des services publics en chair et en os reste intact. La vente de billets se poursuit désormais via automate ou depuis La Poste, dès le 6 janvier, dont les agents ont reçu la visite des manifestants avant le départ du cortège pour la collégiale.
Train fantôme en perspective ?
Les manifestants ont par ailleurs fait état de la crainte que ne soit supprimée la ligne SNCF de proximité. Ces inquiétudes s’inscrivent dans un contexte de dégradation du service sur la ligne Mulhouse-Thann-Kruth. Ne resterait alors plus que le « Drame-train ». Surnommé ainsi par les usagers en raison de suppressions fréquentes, retards et pannes récurrentes…
La ligne fonctionne toujours avec 18 trains quotidiens entre Thann et Kruth (durée moyenne de 27 minutes), assurés par TER Grand Est. Des travaux de maintenance ont eu lieu, comme une fermeture temporaire en juillet 2022 pour la voie du tram-train, mais aucune suppression définitive n’est pour le moment annoncée par la SNCF ou la Région Grand Est.
La fréquentation entre Thann et Kruth a baissé ces dernières années, avec 1 200 trains/km supprimés entre 2010 et 2020, alimentant les débats sur son avenir. Thur écologie & transports appelle à des améliorations plutôt qu’à une fermeture.































