Le courrier parait on ne peut plus officiel, en apparence. On y repère le blason municipal en haut à gauche (outre le logo de la « journée citoyenne« , une innovation politique destinée à « réinventer l’action publique« , conçue en 2006 par Fabian Jordan et appliqué originellement à son hameau de Berrwiller, et qui a depuis fait florès), enfin la signature du maire, Vincent Hagenbach, semble sceller officiellement la communication du premier magistrat à ses administrés.
La missive est intitulée « Information à la population – invitation« . Mais à y regarder de plus près, l’illusion ne tient plus. Les espaces entre les mots traduisent en effet une compétence plutôt erratique dans l’usage du traitement de texte.
Par ailleurs, un nom propre est transcrit de manière erronée (« Simone Weill« ). Et ceux qui caractérisent les insultes traditionnelles du petit blanc raciste (et vieillissant) à l’endroit d’habitants racisés et originaires des anciennes colonies de la Grande Nation, sont quant à eux gratifiées d’une majuscule.
L’imposteur municipal y annonce en l’espèce « l’implantation dans le nouveau quartier Simone Weill d’un champ de Melons« . Et prévient que l’évènement sera fêté autour d’un « Méchoui« , la veille du 14 juillet, et sera « suivi d’un beau feu d’artifice« .
C’est que le courageux noceur entendait sans doute protester contre la dénaturation ethnique de son quartier et/ou l’arrivée de la populace-pas-de-chez-nous, en incarnant les Dupont-Lajoie de pâté de maison.
Y aurait-il donc un odieux crime qui sourdrait le long de ce propret quartier pavillonnaire de ce modeste village du bassin potassique, pour qu’un autochtone radicalement droitisé devant son téléviseur (à moins qu’il ne soit haineux de nature), puisse espérer susciter quelque réflexe politique aussi grégaire que lâchement fagoté comme le sien ?
Seigneur, ce ne sont que quelques logements – Des logements oui, mais pas ici !
Eh bien, oui, à quelques jours d’une élection européenne où l’extrême-droite est donnée largement gagnante dans les sondages, la fin du monde est annoncée prochaine à Richwiller : quelques parcelles du quartier de la rue de la Forêt ont récemment été hérissées de maisonnettes conçues par un opérateur social.
Des maisonnettes au style carrément barbare, comme on le voit ci-dessous !

Une rue perpendiculaire mène en outre vers une autre parcelle d’un ancien terrain agricole, lui aussi jalonné d’immeubles construites en rangs serrés, proposés soit en location-accession sociale, en prêt à taux zéro, en TVA réduite, ou simplement en location sociale.
L’opérateur de logement en cause de tant de tracas est Neolia. Et comme il est aussi pousse-au-crime que sarcastique, il a nommé le nouveau quartier sorti de la-bonne-terre-de-chez-nous : « Les coquelicots« . Dont les subtiles fragrances ont dû singulièrement irriter les fondements de notre courageux marchand de haine, à travers son courrier bidonné.

Au total, ce sont 153 logements qui ont été construits sur 4 hectares de terrain depuis 3 ans, pour le plus grand malheur des autochtones-bien-de-chez-eux.
La promesse d’un nouvel afflux d’habitants de classes sociales plus modestes, et d’origine immigrée pour partie, que le maire n’avait pas manqué de chercher à déminer dès 2021 auprès du voisinage.
En témoigne un article daté du 18 septembre 2021, publié dans L’Alsace : « L’affichage des panneaux de permis de construire d’un nouveau quartier, il y a quelques années, n’avait pas fait que des heureux parmi les riverains de l’opération« .
Après quoi Vincent Hagenbach [le maire] « a dû rappeler à ce qu’il appelle « les esprits chagrins », qu’eux aussi avaient eu la chance de pouvoir s’installer dans la commune, grâce à une vingtaine de lotissements qui avaient été autorisés. Les choses se sont un peu apaisées au fur et à mesure que les grues pointaient« .
Depuis lors, les grues mentales n’ont pas cessé de solidifier les prisons mentales peuplées de racistes ethniques autant que sociaux, si bien que Vincent Hagenbach a porté plainte pour faux en écriture publique, et usurpation d’identité, assurant dans un courrier (authentique) adressé à ses administrés, qu’il condamnait « fermement de tels écrits, qui vont à l’encontre de nos valeurs et affirmons avec force que la municipalité ne tolère aucune forme de discrimination, de haine ou de préjugé« .
L’enquête a été confiée à la brigade de gendarmerie de Lutterbach, qui a déjà mené plusieurs investigations dans le quartier en question.
Ci-dessous le courrier incriminé (à gauche) et celui du maire :














