Ce qui se cache derrière la déferlante médiatique

Ils se déchaînent sur les chaînes d’information continue, dans la télévision et la radio publique, dans la presse écrite officielle ! Les salves viennent de tous horizons politiques : droite et son extrême, de la social-démocratie et même d’autres « alliés » de la NUPES, qui siègent pourtant à l’Assemblée nationale grâce à la création de cette coalition de gauche.

Alors, de quelle nature est cette convergence politique kaléidoscope, cet unanimisme médiatique qui est heureusement tempéré par une grande partie de la presse alternative qui essaie de faire du vrai journalisme et se concentrer sur les faits ? Est-ce que LFI ne serait pas un peu responsable de l’acharnement qui la frappe ? Un débat aussi tendu serait-il une première dans l’histoire de notre pays ?

Tout cela mérite un peu de travail, un peu de recherche : tout ce que la presse officielle rechigne à faire aujourd’hui, tant elle est devenue un simple relais des éléments de langage concoctés dans les cabinets de conseil qui sont aujourd’hui les incubateurs des choix politiques des partis dits de « gouvernements ».

L’Alterpresse68 est fidèle à sa ligne éditoriale : nous ne faisons l’apologie d’aucun parti fut-il de gauche ! Notre seul engagement est d’œuvrer pour le pluralisme de l’information… Et quand un tel unanimisme se fait contre une organisation politique, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond… Alors, essayons de comprendre les origines et les buts de la manœuvre. Et constatons que nous ne sommes pas dans une situation inédite. Il y a eu pire dans le passé de notre pays, espérons que nous n’atteindrons pas ce niveau qui a vu des journaux interdits, des hommes et femmes politiques emprisonnés…

UNE CERTAINE IDÉE DU DÉBAT POLITIQUE

Dans des situation économiques et sociales complexes, les pouvoirs ont toujours la tentation de la fermeté et de l’interdit. Depuis la grande crise financière de 2008, les gouvernements des principaux pays capitalistes ont renoncé à leur pouvoir de régulation sociale pour rendre nos sociétés plus justes et équitables. Suscitant ainsi, de plus en plus de colère sociale contre les injustices.

Selon la tendance « libérale » (dont l’« illibéralisme » n’est pas très éloigné sur le fond !), c’est le marché qui doit tout réguler et les anciennes digues de protection édifiée par des dizaines d’années de batailles sociales et politiques doivent être démantelées. C’est sous le gouvernement Valls et la présidence de François Hollande que cette politique a été la mieux perçue avec les lois El Khomri qui ont commencé à détricoter le droit du travail. Emmanuel Macron ne fait que continuer le travail…

Comme François Hollande n’a pas pu se représenter aux élections de 2017 car il risquait une cuisante défaite, c’est un de ses inspirateurs, E. Macron qui se fait élire ! Et qui tire les enseignements des vicissitudes rencontrées par son prédécesseurs. Pour résumer : il n’y a plus de gauche ni de droite, il faut diriger la France comme une entreprise, la démocratie et ses débats continuels sont un frein à l’application rapide des décisions… Et la Constitution de la 5e République comporte les textes qu’il faut pour passer outre toutes les contestations sociales et politiques.

Le principe est simple : M. Macron a toujours raison, il a été élu donc son programme doit s’appliquer sans opposition, ce qui conduit à un rapport binaire du débat public : vous ne pouvez être que pour ou contre le président de la République. Et si vous êtes contre, vous ne pouvez que relevez de deux catégories : les idiots qui n’ont rien compris ou bien les complotistes qui veulent saboter les géniales décisions du monarque républicain !

L’élection d’une majorité de députés macronistes venant du monde de l’entreprise, sans aucune responsabilité politique antérieure à leur élection (tout comme Emmanuel Macron lui-même), favorise cette conception du débat « démocratique » qui ne peut que prendre des tournures d’affrontements avec ceux qui contestent le bien-fondé des mesures gouvernementales.

LFI : L’OPPOSITION LA PLUS DANGEREUSE POUR LE POUVOIR

M. Macron a rapidement compris que c’est la gauche qui est son véritable ennemi ! Et que la gauche qui a été plébiscitée lors des élections présidentielles était celle incarnée par Jean-Luc Mélenchon… Le fait qu’en 2022, lors des élections législatives, les macronistes n’ont pas réussi à atteindre la majorité et que c’est la coalition de gauche qui est la principale opposition a convaincu le président de la République si mal élu, que c’est bien à gauche qu’il fallait porter le fer.

Première étape : se choisir une opposition qu’il croit la plus favorable à ses ambitions : l’extrême-droite. Partant du constat qui était déjà celui de François Mitterrand, que l’extrême-droite n’a aucune chance d’être élue et que le « barrage » contre le FN puis le RN conduira les électeurs de gauche à voter pour lui, M. Macron et ses troupes font la promotion de Marine Le Pen comme leur seule et unique opposition ! Au risque de faire élire celle-ci lors de prochaines élections quand le fameux « barrage » ne sera plus opérant.

Seconde étape : combattre par tous les moyens l’opposition la plus dangereuse à gauche. Pouvant compter sur les dissensions historiques à gauche, la tentative d’isoler LFI au Parlement est engagée immédiatement, pouvant compter sur une présidente de l’Assemblée macroniste (pour qui la fin justifie tous les moyens), une vraie entreprise de dénigrement est entamée, avec une fracturation de la NUPES, relayée par une large partie de la presse officielle.

Même les interventions les plus anodines de LFI sont dénoncées, déformées, diffamées… Mais devant un certain  unanimisme des réactions politiques et médiatiques, des mensonges peuvent se donner l’apparence de la réalité ! Jusqu’à utiliser les pires arguments pour s’attaquer à l’image de LFI en multipliant les noms d’oiseaux voire les accusations les plus nauséabondes. Pourtant, aucune plainte, ni a fortiori condamnation pénale, ne viennent étayer ces accusations ! Mais peu importe : » plus le mensonge est gros, plus il passe »… semblent croire les éditorialistes

DES SIMILITUDES HISTORIQUES

On est évidemment tenté de traquer les exemples de ces dérives du débat démocratique. On peut citer la politique sociale qui, dans l’histoire de notre pays, a souvent dérivé à des affrontements violents dans la rue et les références historiques sont nombreuses, concernant des gouvernements de droite ou socio-démocrates !

Longtemps, le monde ouvrier ne pouvait pas compter sur une activité parlementaire qui les soutenait. Il a fallu attendre l’élection de députés communistes pour que le monde du travail pèse enfin à l’Assemblée nationale. Assez rapidement, toutes les formations dites « de gouvernement », se retournèrent contre les députés communistes qui furent réprimandés, diffamés, sanctionnés au  Parlement pour leurs « outrances » ! Le point d’orgue ayant été l’interdiction du PCF et l’exclusion de ses députés en 1939 sous prétexte du pacte germano-soviétique…

En 1947, ce sont les ministres communistes qui sont exclus car ils ne condamnaient pas les mouvements sociaux des ouvriers pour de meilleurs salaires.

Jusqu’à son affaiblissement historique des années 1980, les élus du Parti communiste subissaient le même sort que ceux de la France Insoumise aujourd’hui comme si le pouvoir lâchait ses coups essentiellement contre les formations qui recueillent le vote populaire et prônent des changements importants dans le domaine économique et social.

LA BATAILLE DES RETRAITES A L’ASSEMBLÉE

On se souvent combien la bataille à l’Assemblée a été rude : les élus de la NUPES ont bataillé ferme, en déposant des milliers d’amendements. Sans illusion sur leur acceptation car l’alliance entre macronistes, la droite et son extrême était majoritairement pour la réforme. Il s’agissait bien d’une stratégie de soutien aux luttes sociales et à 70% de l’opinion publique qui, selon les sondages étaient opposés à la réforme des retraites.

Où était la violence dans cette affaire ? Du côté des élus LFI qui, souvent contre leurs « alliés » de la NUPES qui engageaient des débats sur la réforme ou bien ceux qui les traitaient de tous les noms d’oiseaux ? Qui était du côté des citoyens dans cette affaire ? Ceux qui soutenaient les grèves en agissant à leur niveau, comme ils le pouvaient à l’Assemblée nationale ou bien ceux qui ignoraient la volonté populaire qui s’exprimait dans la rue ? Ceux qui suscitaient le débat public ou ceux qui utilisaient le 49-3 pour éviter toute discussion qui les mettaient mal à l’aise ?

Ce n’est pas LFI qui a perdu la bataille de la réforme des retraites, c’est nous tous qui subissons aujourd’hui et pour des années, des mesures iniques et injustes dans leur droit d’accéder à une retraite digne.

LES GUERRES COLONIALES

Autre exemple explicite : les guerres coloniales. On retrouve aujourd’hui les élus de la France Insoumise accusés des pires maux car ils luttent contre les colonialismes qui continuent d’être pratiqués dans le monde. A cet égard, la politique d’Israël refusant d’appliquer depuis des dizaines d’années les résolutions des Nations Unies, ne rencontrent que de molles remontrances des gouvernements occidentaux. Même un cessez-le-feu pour éviter les massacres génocidaires à Gaza ne recueillent pas l’assentiment des autorités politiques françaises ! C’est pourtant ceux qui réclament cette simple exigence qui sont vilipendés et traînés dans la boue alors que les pires des soutiens au gouvernement d’Israël bénéficient de la plus grande mansuétude dans leurs outrances !

Là aussi, une simple comparaison avec les guerres coloniales françaises met en perspectives les buts du gouvernement français et de ses alliés.

Les actions contre la guerre d’Indochine ou d’Algérie se sont soldées par des arrestations de militantes et de militants et un procès retentissant illustre cette répression du pouvoir à l’égard de ceux qui s’opposent : le 17 octobre 1950 un militant communiste, Henri Martin, est accusé de complicité de sabotage et de participation à une entreprise de démoralisation de l’armée par distribution de tracts. Il est condamné par le tribunal maritime de Brest, le 20 octobre, à cinq ans de réclusion pour propagande hostile à la guerre d’Indochine. Pour avoir distribué des tracts dénonçant la guerre !

Les dockers de Marseille avec leur syndicat CGT refusaient de charger les bateaux qui devaient amener armes et munitions en Indochine : était-ce de la trahison ou de la résistance ? L’histoire n’a-t-elle pas tranchée cette question. Définitivement.

QUAND LES MÉDIAS S’ENGAGENT IL RESTE LA CENSURE

Une grande différence existe pourtant entre ces époques et celles que nous connaissons aujourd’hui : le débat politique connaissait un certain pluralisme et la presse le reflétait.

Deux illustrations de cette bataille idéologique : de nombreux journaux, dont l’Humanité qui était à cette époque le journal officiel du PCF, ont connu la censure. Chaque soir, un représentant du Ministère de l’Information passait au « marbre », là où les typographes assemblaient les pages en plomb qui allaient être imprimées, pour relire les articles. Si ces articles ne correspondaient pas à la communication officielle du gouvernement, des passages étaient supprimés et le journal paraissait avec des « blancs » marqué « censuré » pour que le lecteur en soit informé.

On peut bien se douter de l’impact de ces « blancs » sur l’opinion publique et du discrédit qui se portait sur les censeurs.

Aujourd’hui, plus besoin d’un censeur ! Les éditorialistes de la presse officielle, écrite, radiophonique et télévisuelle, se chargent du boulot : ils savent très bien reprendre les éléments de langage de la communication « autorisée » et n’ont besoin de personne pour développer sans fin des arguments qu’ils n’ont ni trouvés, ni étudiés, ni travaillés ! Le reste de la piétaille journalistique n’a qu’a s’incliner ou partir…

C’est ainsi que peu à peu, les principes démocratiques se rétrécissent, avec un risque avéré du triomphe de la pensée unique.

La déferlante anti-LFI relève exactement de cette entreprise de démolition qui entame, peu à peu, d’une manière apparemment imperceptible, les rapports entre les citoyens, pour les convaincre que seule un système de pensée binaire est acceptable et souhaitable. Dans son roman 1984, George Orwell anticipait : La liberté d’expression n’existe plus, tout est clairement surveillé par le parti et la population le sait à travers le fameux slogan… « Big Brother is watching you » !

Quand Big Brother est incarné, entre autres, par Hanouna et Bolloré, le fond n’est pas loin d’être atteint !