Crédit photos : Martin Wilhelm
Sorti en janvier 2025, « Personne n’y comprend rien« , documentaire réalisé par Yannick Kergoat, revient sur l’affaire des financements libyens de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, l’un des scandales majeurs de la Ve République, dont Nicolas Sarkozy, alias Paul Bismuth (déjà condamné une première fois dans l’affaire des écoutes), ancien Président de la République, doit répondre devant la justice française. Le titre s’inspire d’une phrase prononcée par ce dernier pour tenter de minimiser les accusations portées contre lui.

Le sujet a par ailleurs été traité sous la forme d’une bande dessinée en 2019 (republiée en 2025 dans une version augmentée) par les éditions La Revue Dessinée/Delcourt sous le titre « Sarkozy-Kadhafi: Des billets et des bombes« . Le scénario est signé de Patrice Arfi (journaliste d’investigation à Médiapart, qui documente le sujet depuis plus de 15 ans en compagnie de son confrère Karl Laske), avec Michel Despratx, Elodie Gueguen, Geoffrey Le Guilcher, Benoît Collombat, et les planches sont signées par le dessinateur Thierry Chavant.

Le documentaire s’appuie sur les enquêtes menées depuis 2011 par les deux journalistes de Médiapart. Il retrace minutieusement les faits, mêlant interviews, images d’archives et commentaires en voix off. Le film vise à rendre accessible une affaire complexe impliquant des dimensions politiques, financières, diplomatiques et judiciaires. Il met également en lumière les tentatives de discréditer le travail journalistique et judiciaire autour de cette affaire.
Le film adopte un dispositif narratif des plus sobres : tourné dans un appartement vide, il alterne entre récits des journalistes, projections d’archives et une chronologie visuelle pour clarifier les événements. Cette mise en scène minimaliste renforce l’impact des faits présentés, tout en laissant au spectateur le soin de se forger leur opinion.
Mais le film traite au moins autant des faits délictuels que de l’investissement forcené et au long cours nécessité par la pratique du journalisme d’investigation. Un art aujourd’hui menacé par la concentration des médias dans les mains d’oligarques de l’industrie et du commerce, au moins autant que par la fascisation rampante du système politique.
Financement et circuit de distribution alternatifs
Le documentaire représente un cas d’école en matière de financement alternatif dans le cinéma français. Son modèle de production, basé sur une campagne de crowdfunding historique.
La particularité réside dans sa genèse : un refus systématique des circuits de financement traditionnels. Les producteurs Gabrielle Juhel et Valentina Novati ont dû imaginer un nouveau modèle économique, face au black-out des chaînes de télévision et des institutions susceptibles de le financer.
L’objectif initial de la collecte a été dépassé de 500%, avec 510 000 euros, et 10 178 contributeurs individuels (tous mentionnés au générique final). Pulvérisant ainsi les records du cinéma documentaire français en matière de financement participatif. À titre comparatif, le précédent record était détenu par le film australien Sugarland (2018) avec 120 000 € collationnés.
Face au refus des réseaux UGC et MK2, les producteurs ont opté pour une sortie échelonnée sur 3 semaines (52 copies, puis 98, enfin 373 copies) exploitées dans une centaine de salles indépendantes, et un partenariat majeur avec Pathé sur 40 écrans.
Cette expérience démontre qu’un sujet complexe (12 ans d’enquête judiciaire) peut trouver son public grâce à une communauté pré-constituée autour des abonnés de Mediapart, un sujet « transmedia » (articles + film + débats), une transparence financière totale. En somme, la réplicabilité du modèle et les conditions d’un succès dépendent du sujet, qui doit être d’intérêt public majeur, soutenu par une équipe journalistique crédible.


Échanges au terme de la projection au Bel-Air
A Mulhouse, David Perrotin, journaliste au pôle enquête, était chargé d’animer le débat de ce vendredi 14 février organisé par Attac et la LDH, dans la salle du cinéma Bel-Air.
Sur la violence opposée aux journalistes
- La salle s’est notamment interrogée sur des menaces sur l’intégrité physique des journalistes qui ont contribué à ce film, ce à quoi l’on apprenait que Fabrice Arfi a été menacé par un prisonnier dans le cadre de l’affaire de l’arnaque à la taxe carbone.
- Mais les pressions sont souvent plus indirecte, à l’instar de Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, qualifié Mediapart d’officine politique.
- Perrotin se souvient également d’un meeting de François Fillon qui faisait huer la presse du fait des enquêtes sur l’emploi fictif de son épouse… Se souvenant de militants qui crachaient sur les représentants de la presse et qui voulaient les frapper à son meeting.
- Il y a pour lui un continuum entre le responsable politique et les violences qu’il déchaine, insécurisant le travail des journalistes.
Sur les procédures judiciaires
- Procès et diffamation : Mediapart a été attaqué en justice à plusieurs reprises, notamment par Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Le média a généralement gagné ces procès en diffamation, grâce à la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui protège le droit de savoir et la liberté d’information.
- Coûts et pressions : Les procédures judiciaires coûtent cher et peuvent être utilisées pour faire pression sur les médias indépendants. Cependant, Mediapart a les moyens de se défendre grâce à son modèle économique indépendant.
Sur la presse indépendante et l’écosystème médiatique
- État actuel de la presse indépendante : La situation est difficile pour les médias indépendants en raison des défis économiques. Mediapart se porte bien et soutient d’autres médias, via un fonds pour la presse libre.
- Concentration des Médias : Le paysage médiatique est dominé par des milliardaires, ce qui peut entraîner une censure idéologique. Les médias indépendants jouent un rôle crucial dans la défense de la liberté d’information.
Sur l’impunité systémique et la corruption
- Impunité Systémique : La France connaît une impunité sidérante face à la corruption, avec des exemples de ministres mis en examen sans démissionner. Cela souligne la porosité entre le pouvoir politique et judiciaire.
- Rôle de la Presse Indépendante : Les médias indépendants contribuent à révéler des scandales et à maintenir la pression sur les pouvoirs publics pour lutter contre la corruption.
Sur la sécurité des sources et les enquêtes
- Protection des sources : Les journalistes de Mediapart prennent des mesures pour protéger leurs sources, mais la sécurité n’est jamais totale. Ils vérifient scrupuleusement les informations avant publication.
- Enquêtes et vérifications : Les enquêtes nécessitent un travail rigoureux et une vérification minutieuse des informations pour éviter les pièges et les tentatives d’enfumage.
A propos de l’impact des médias sur l’opinion publique
- Influence des chaînes d’info en continu : Les chaînes d’information en continu, comme BFMTV et CNews, peuvent influencer l’opinion publique en favorisant la défense des élites politiques et économiques, sans compter la diffusion d’une idéologie fascisante et intolérante
- Rôle de la presse Indépendante : Les médias indépendants jouent un rôle crucial dans la lutte contre la désinformation et la promotion d’une information vérifiée, essentielle pour une démocratie saine.













