Crédit photos : Martin Wilhelm
Manifestation et échange convivial à l’auberge de jeunesse
Un rassemblement pour la libération des prisonniers politiques kanak a eu lieu ce samedi 5 avril devant le centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach, entre 11h et 14 h, au sein duquel est enfermé Christian Tein, leader du Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS). On y découvrait par ailleurs une exposition photographique.
Son arrestation et son transfèrement en métropole a marqué une intensification inédite de la répression orchestrée par l’État français contre le mouvement indépendantiste kanak.
Depuis les manifestations de masse du 13 mai 2024, un vent de colère a balayé Kanaky, mobilisant des foules massives issues de toutes les strates de la société kanak : jeunesse, tribus, travailleurs, et militants du terrain.
Cependant, ces revendications légitimes ont été brutalement réprimées par l’État français, qui a transféré des milliers d’effectifs militaires et déployé des technologies de répression sophistiquées dans ce territoire.
Les conséquences de cette oppression sont tragiques : des morts tragiques, des arrestations arbitraires et la déportation de dizaines de militants politiques vers la métropole.
Au-delà de son ampleur historique, ce conflit met en lumière les injustices sociales et politiques subies par le peuple kanak et questionne les pratiques coloniales encore en vigueur.
A 16h les manifestants se sont retrouvés à l’auberge de jeunesse de Mulhouse pour un repas partagé, en présence de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT Pays) que Christian Tein était chargé d’animer, et du Collectif 13 mai, date de soulèvement de la jeunesse de Kanakie, date au cours de laquelle le projet de loi constitutionnelle de dégel du corps électoral calédonien fut débattu pendant 2 jours à l’Assemblée nationale.
Une loi comprise en Nouvelle-Calédonie comme une volonté d’en finir avec le processus de décolonisation engagé par l’accord de Nouméa.
Pour ces deux organisations fer de lance du combat pour l’autonomie de la Kanakie, la colonisation constitue un crime contre l’humanité, une pratique coloniale dont la France doit mettre un terme.
Ils exigent la libération immédiate des prisonniers politiques kanak, emprisonnés en métropole depuis 9 mois.
Au cours de l’échange sur place, un témoignage est venu illustrer le niveau de violence inouïe : « Il y avait des charges funéraires, des transports, des cercueils. Certains enfants morts lors des émeutes sont restés un ou deux mois dans les chambres froides, faute de moyens pour les enterrer. » Ces récits traduisent l’ampleur du choc psychologique et social vécu par le peuple kanak.
Briser le silence colonial par la solidarité
L’arrestation de Christian Tein, qui milite depuis des années pour des négociations « d’État à État », n’a pas stoppé le mouvement. Elle a, au contraire, engendré une solidarité internationale croissante. Les militants en métropole, comme ceux du collectif Justice 13 mai, dénoncent les abus judiciaires et les violations des droits humains. En déposant des dossiers auprès d’organisations internationales telles que l’ONU à Genève, ils espèrent attirer l’attention du monde sur la situation en Kanaky.
Une participante aux échanges tenus en métropole a également souligné : « Le massacre en Algérie de Sétif le 8 mai 1945 et les répressions en Kanaky aujourd’hui montrent qu’un peuple colonisé est toujours en danger face à la violence étatique. » Ces réflexions rappellent que les Kanaks ne sont pas seuls : le combat contre l’oppression coloniale résonne chez de nombreux peuples historiquement opprimés.
Une déclaration unilatérale d’indépendance prévue pour 2025
Face à des décennies de négociations vaines et de promesses non tenues par l’État français, le FLNKS s’est fixé une échéance décisive : le 24 septembre 2025, symbole de la proclamation unilatérale de la souveraineté de Kanaky.
Cette stratégie repose sur le droit international et la reconnaissance par d’autres nations, notamment les pays non alignés. Le leader militant Désiré a affirmé : « Nous n’avons plus confiance. Il ne s’agit pas de négocier pour que l’État restitue notre pays, mais de déclarer que ce pays nous appartient. »
Cependant, cette déclaration ne s’annonce pas sans défis. La militarisation croissante du territoire kanak, avec des escadrons déployés et des technologies de répression testées sur place, menace directement la sécurité des populations locales. Les témoignages récurrents évoquent des drones et des armes conçues pour provoquer des traumatismes physiques et psychologiques. Les militants appellent à l’interdiction de ces pratiques par les lois internationales.
Comprendre la nature du combat kanak, c’est aussi reconnaître le rôle que le peuple français peut jouer pour briser le silence colonial. Des militants ont exprimé l’idée que les Français pourraient devenir des alliés décisifs en manifestant dans les rues, en dénonçant les injustices, et en portant les revendications kanakes. « Si le peuple français se lève avec nous, le monde entier verra que la France coloniale est contredite par ses propres citoyens. »
Une lutte pour la survie culturelle et la justice
Le combat de Kanaky ne concerne pas seulement l’indépendance politique, mais la survie culturelle et la dignité de tout un peuple. Comme l’a exprimé Olga, militante engagée (et épouse de Christian Tein) : « La Kanaky sans son identité, c’est comme un arbre sans ses racines. » Ce combat, profondément humain, est un cri pour la justice, non seulement pour les Kanaks, mais pour tous les peuples en lutte contre l’oppression.
Le rêve d’une Kanaky libre est plus vivant que jamais, porté par des militants courageux et des alliances naissantes. Le projet de déclaration unilatérale prévue en 2025 ne sera pas le point final, mais le début d’une nouvelle ère, où le peuple kanak pourra enfin écrire sa propre histoire. La solidarité internationale et le soutien des citoyens pourraient bien être les clés pour que cette vision devienne réalité.
Le combat kanak pour l’indépendance relève d’un désir de dignité et de justice. Il ne s’agit pas d’un simple conflit territorial, mais d’une lutte contre un système répressif et colonial qui perdure depuis 1853. Le soutien international et métropolitain sera déterminant pour éviter que la répression n’étouffe le rêve d’une Kanakie libre. Les Kanaks, forts de leur culture et de leur identité, semblent prêts à franchir cette dernière étape pour récupérer ce qui leur a été volé… il y a plus de 170 ans.




































































