Le réseau ENVIE, pionnier du réemploi et de l’économie circulaire en France, traverse actuellement une crise majeure qui menace son existence, aussi bien en Alsace que sur l’ensemble du territoire national. Cette situation met en danger un millier d’emplois, dont une très grande majorité concerne des personnes en parcours d’insertion, et fragilise un modèle reconnu pour son impact social et environnemental.
Acteur historique du réemploi et de l’insertion
Créé en 1984 à Strasbourg dans la mouvance d’Emmaüs, ENVIE s’est développé autour d’un triptyque vertueux : l’insertion professionnelle, la préservation de l’environnement et l’économie circulaire. Le réseau rassemble aujourd’hui 53 entreprises d’insertion et emploie 3 800 salariés, dont 2 850 en parcours d’accompagnement vers un emploi durable. ENVIE collecte, trie, répare et revend chaque année plus de 108 000 appareils électriques et électroniques, tout en formant et en insérant des milliers de personnes éloignées de l’emploi.
Une menace issue d’un appel d’offres d’Ecosystem
La situation critique actuelle découle de la perte de plusieurs lots stratégiques lors d’un appel d’offres lancé par Ecosystem, l’éco-organisme agréé par l’État pour la gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). Ce marché, attribué principalement sur des critères tarifaires, prive ENVIE de plus de la moitié de ses marchés logistiques, notamment dans des territoires où son ancrage local est fort.
En Alsace, l’antenne ENVIE Sud-Alsace, basée à Illzach, trie chaque année 4 500 tonnes d’électroménager. Elle risque de perdre son approvisionnement et donc son activité, mettant en péril 60 emplois, dont une quarantaine de contrats d’insertion. Au niveau national, cinq sites logistiques sont directement menacés de fermeture : Mulhouse, Rennes, Nantes, Angers, et Niort.
Effet domino aux conséquences sociales et écologiques
La fermeture de ces sites aurait un effet domino sur l’ensemble du réseau : les structures de reconditionnement et de réemploi, reconnues pour la qualité et la fiabilité de leurs appareils remis sur le marché à prix solidaire, seraient elles aussi fragilisées. Au total, ce sont jusqu’à 1 000 emplois qui pourraient disparaître, dont 75 % en insertion.
Au-delà de l’aspect social, cette crise remet en cause la dynamique de l’économie circulaire et les objectifs de la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire). ENVIE joue un rôle clé dans la réduction des déchets et la prolongation de la durée de vie des équipements, alors que seulement 1,2 % des appareils collectés en France sont aujourd’hui réemployés.
Appel à la responsabilité… et à la cohérence !
Face à cette menace, le réseau ENVIE en appelle à la responsabilité d’Ecosystem, des collectivités locales et de l’État pour préserver l’accès aux gisements de réemploi et garantir la survie de ce maillage territorial essentiel à la cohésion sociale et à la transition écologique. Les acteurs du secteur estiment qu’écarter ENVIE au profit d’une logique purement tarifaire envoie un très mauvais signal à la filière du réemploi, déjà fragile et peu développée en France.
La situation du réseau ENVIE illustre la fragilité des modèles conciliant performance industrielle, impact social et transition écologique face à des choix de gestion axés sur le court terme.
La mobilisation (hélas improbable) des pouvoirs publics et des partenaires permettra-t-elle d’éviter la disparition d’un acteur majeur du réemploi, de l’insertion et de l’économie circulaire en France ?
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Rapport-dactivite-Envie-2023_VDEF












