Crédit photos : Martin Wilhelm
Christian Rubechi, notre ami, longtemps membre du comité de rédaction du journal, depuis sa fondation en 2014, jusque 2020, pour lequel il a publié plus d’une trentaine d’articles, s’est éteint à l’hôpital, à l’occasion d’un examen médical. Il avait 78 ans.
Esprit analytique au sourire malicieux, personnalité cultivée, bienveillante et nuancée, ce niçois de naissance, et méditerranéen de culture, avait le don de la fidélité et l’invitation facile. Il faisait grand cas de vous connaître mieux, pour échanger, partager, y compris des désaccords, qui ne se traduisait chez lui jamais par des brouilles, pour peu que ses semblables partageassent idéaux, ou désir de transformations sociales.
À mesure que colères et injustices heurtaient son sens de la justice, Christian s’est « radicalisé » — au sens premier du terme —, animé par la volonté d’agir sur la racine des causes qui alourdissent encore le fardeau de la condition humaine, passablement éprouvée par l’aveugle indifférence aux plus vulnérables.
Serviteur de la fonction publique pendant 20 ans, en tant qu’inspecteur du travail, puis directeur départemental du travail, il devient consultant et avocat en matière sociale.
Mais ses batailles sont d’abord et surtout les plus universelles : celles de l’égalité, et de l’Etat de droit.
On peut être un juriste accompli, au service de missions économiques et sociales parfois difficiles, et se montrer défenseur inconditionnel des droits naturels et fondamentaux. Ce qu’il fit toute son existence en compagnie de Noëlle Casanova, son épouse, rencontrée sur les bancs de la faculté de droit à Nice.
Jauger de la valeur intrinsèque de chaque individu repose sur la conviction que certains droits sont inaliénables, indépendamment des contextes culturels ou politiques, ainsi que l’atteste l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948.
Ce fut sa source d’inspiration et sa boussole pour servir les combats de sa vie, à commencer par la défense de la cause palestinienne, engagement constant tout le long de sa vie militante, qui le mènera jusqu’à devenir membre du bureau national de l’Association France Palestine solidarité (AFPS).
En cohérence, il aura été pareillement actif au sein de Ligue des droits de l’Homme (LDH), notamment à Mulhouse.
Protecteur du cadre de vie et grand amateur de forêts, il s’est battu avec Noëlle pour la défense du massif du Sprickelsberg, notamment contre les coupes-rases, près de son village de Kirchberg et la vallée de Masevaux, qu’il a relaté avec nous sur quelques épisodes.
On lui connaît en revanche assez peu ses engagements en faveur du bien-être animal, dont il s’ouvrait rarement. Ce décentrement anthropologique irriguait cet autre souci du vivant, tandis que l’animal passait du statut de « persona non grata », et « bien meuble » à celui d’« être vivant doué de sensibilité », ainsi qu’en dispose depuis peu le Code civil.
Christian était un humaniste passionné et curieux de tout : il se piquait aussi bien de philosophie médiévale que de langues rares, aimait les chevaux de course et les belles mécaniques, personnifiant ainsi la vie qui défile à toute allure, tandis que « le temps est assassin », comme disait le chanteur, mais n’emporte pas avec lui, et c’est heureux, le tendre souvenir des amis chers.
*Adieu, en niçois.














