Elle possède le diplôme d’ingénieur agronome, mais c’est le terrain mulhousien qu’elle laboure depuis une décennie. Ancienne banquière reconvertie dans l’enseignement par « quête de sens », Cécile Sornin a longtemps été la caution « participation citoyenne » des municipalités Rottner et Lutz avant de recevoir un carton rouge pour excès de franchise, quand Jean Rottner (à propos de qui elle se montre toujours loyale) amorçait une nouvelle vie dans le secteur privé. Désormais tête de liste de « Mulhouse avec le cœur », elle se présente aux municipales de 2026 avec l’assurance de celle qui n’a plus grand chose à perdre, dans une ville qu’elle a adoptée il y a vingt ans. Son diagnostic : Mulhouse a moins besoin moins de « snipers » politiques que d’humanité. Visera-t-elle juste lors des élections municipales de Mulhouse des 15 et 22 mars 2026 ?
Jean-Luc Wertenschlag : Cécile Sornin, ancienne adjointe de Jean Rottner, ou plutôt de Michèle Lutz. On va faire un petit déroulé de votre parcours politique, de votre parcours d’avant, peut-être aussi, avant de rentrer dans la politique. On va évidemment évoquer la rupture avec Michèle Lutz, le programme en cours de constitution de la liste « Mulhouse au cœur » (ou « Mulhouse avec le cœur ») dont vous êtes tête de liste, et puis voir, par rapport aux autres concurrents de cette course municipale, quel sentiment les autres vous inspirent.
Alors, vous êtes agronome de profession — vous m’interrompez si ce portrait comporte des erreurs. Vous exercez tout d’abord dans le secteur de la finance, de 1989 à 1999, comme gestionnaire de comptes. Puis, à la recherche de sens, vous devenez professeure des écoles au Coteau, alias la ZUP, pendant une dizaine d’années, puis élue au Conseil municipal sur la liste UMP de Jean Rottner en 2014. On rappelle que ce dernier démissionne en 2017 pour devenir président de la région Grand Est, qu’il avait combattue de toutes ses forces, violemment, juste avant.
Vous devenez adjointe au maire en 2016, réélue sur la liste Michèle Lutz qui gagne les municipales en 2020. Et poum : exclusion, carton rouge du groupe majoritaire en 2024 pour avoir formulé quelques réserves de forme sur les orientations en cours et pour avoir signalé le manque de transparence de certains anciens collègues. La liste « Mulhouse au cœur » est lancée avec d’autres adjoints, mais la rumeur dit que Lara Million est venue subtiliser quelques adjoints pour sa liste à elle. Anne-Catherine Goetz peut-être, Christophe Steger sans doute… Bon voilà, ils auraient fait leurs bagages. Donc voilà un petit parcours rapide. C’est à peu près juste ce que je raconte ?
Cécile Sornin : Dans les grandes lignes, c’est à peu près juste. Je vais revenir depuis le début. En fait, je crois que j’ai une vie qui est faite de rencontres. Je suis ingénieur agronome parce qu’un jour, j’ai rencontré un professeur de biologie qui enseignait en prépa et j’ai eu un coup de cœur pour ce programme. J’ai fait ma classe prépa, j’ai passé mes concours, j’ai été formée. Mais finalement, comme vous avez dit « de profession agronome », je n’ai jamais été agronome, bien que j’aie le diplôme de l’AgroParisTech.
Ensuite, justement, rencontre : quelqu’un m’a proposé un poste dans une banque à Paris où j’ai fait beaucoup d’accompagnement de comptes dans la publicité, la production cinéma et télévision ; ce sont des métiers très particuliers en banque. Donc j’ai adoré. J’ai adoré parce que c’est de la banque, mais c’est aussi rendre service aux gens. Il faut se mettre à la place d’une entreprise quand vous faites les salaires, alors qu’a priori vous n’avez pas le droit de les faire parce que le découvert est dépassé. Il y a une notion de service rendu.
Et puis après, j’étais mariée, j’ai trois enfants, donc je me suis dit : « Je ne peux pas continuer à courir dans tous les sens comme ça ». Et j’ai fait une petite pause professionnelle d’un an pour me rendre compte que, si j’adorais être une maîtresse de maison, recevoir des amis, la famille et m’occuper de mes enfants, j’avais besoin aussi de ne pas devenir la spécialiste lave-linge et lave-vaisselle. J’avais du temps pour faire autre chose et je me suis reconvertie comme institutrice. J’ai passé le concours et c’est à ce moment-là que je suis arrivée à Mulhouse. J’ai eu envie, bien sûr, puisque moi j’ai eu la chance de naître dans une famille privilégiée, j’ai eu envie de partager ce que je pouvais faire pour aider des gens qui avaient peut-être plus de difficultés que moi. Pas « peut-être », d’ailleurs : plus de difficultés que moi.
Donc c’est comme ça que je suis arrivée au Coteau et j’y ai enseigné dix ans, avec la conviction qu’en fait, entre faire ce que j’avais appris à l’IUFM et vraiment rendre le service attendu pour les enfants et les familles, il fallait que je déconstruise ce que j’avais appris. Ça a été vraiment dix années qui ont changé ma vie et je pense que si j’ai été l’élue que j’ai été, c’est grâce à ces dix années où vous remettez le métier sur l’ouvrage, où vous vous réinterrogez sur votre pratique, etc. Donc vraiment, ça me permet de saluer tous les enseignants de Mulhouse et d’ailleurs qui se lèvent tous les matins pour permettre à nos enfants et à nos élèves de progresser et de s’inscrire dans un parcours de vie réussi.
Et ensuite, la politique, c’est aussi une histoire de rencontre puisque je connaissais l’ancien adjoint aux finances de la ville de Mulhouse qui m’a dit : « Cécile, vous devriez venir, Jean Rottner recherche des femmes ». Bon, moi je ne suis pas étiquetée, je n’avais jamais pensé à faire de la politique. Et puis mon fils m’a dit : « Mais maman, allez-y ». Et je me suis dit : « Il a raison, qu’est-ce que je risque ? Au pire, ils me diront non ». Et finalement, on m’a dit oui. J’ai fait une campagne en 2014, très participative, etc. Et j’ai commencé à être conseillère municipale déléguée à l’économie sociale et solidaire. Donc là, j’ai travaillé deux ans comme ça.
Et ensuite, il y a eu des réorganisations dans l’équipe. Patrick Puledda est parti. Et donc, c’est là que Jean Rottner m’a proposé de devenir adjointe à la participation citoyenne et la vie associative. Et ça a été vraiment de merveilleuses années. J’ai présidé l’Agence de la participation pendant huit ans parce que, justement, on est au contact des habitants, on est au contact des associations, on est au contact des acteurs locaux qui font bouger notre territoire et c’est passionnant de pouvoir les accompagner et de les aider. Là aussi, l’idée du service rendu.
Après la rupture avec Michèle Lutz, je n’ai pas grand-chose à en dire. J’aurais préféré qu’on reste dans le groupe — pas dans le groupe, mais on avait proposé la création d’un groupe avec un accord de coalition sous son autorité. Elle nous l’a refusé, on a maintenu finalement notre décision de création de groupe. Et donc, elle nous a en effet… il y a eu rupture. On a donc lancé en janvier une liste « Mulhouse au cœur ». Et voilà, je crois que c’est à peu près là où on en était de votre présentation.
Jean-Luc Wertenschlag : Mais se lancer en politique, est-ce que ce n’est pas forcément être déçue par les trahisons, par le peu de pouvoir par rapport à ce que les citoyens peuvent imaginer comme ressources à disposition des élus ? Est-ce que la politique, ce n’est pas une garantie d’être déçue forcément à un moment ?
Cécile Sornin : Alors, moi, je n’ai jamais pensé ça parce que je n’ai d’abord jamais pensé être élue. Ce n’était pas un de mes rêves d’enfance. Et puis, en arrivant à Mulhouse, moi je ne suis pas… Autant je suis une Mulhousienne de cœur parce qu’en arrivant il y a 20 ans, j’ai eu un coup de cœur pour cette ville, vraiment. Nous, venant de Paris, on nous avait dit : « Surtout pas Mulhouse, allez à Colmar ! » C’est clair, moi ce n’était surtout pas Colmar, c’était Mulhouse. Et donc, quand je suis arrivée, je me suis dit : « Est-ce que je suis légitime ? » Mais finalement, quand vous aimez une ville, que vous aimez ses acteurs, que vous les écoutez et que vous apprenez avec eux, vous trouvez votre légitimité.
Donc je ne dirais pas que la politique c’est déceptif. Je pense, par contre… Je refuse d’alimenter le « tous pourris, ils ne peuvent rien, ils promettent, ils ne font pas ». C’est vrai que la petite musique des élus qui consiste à dire « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent » est une phrase qui me donne, vous imaginez bien, la nausée. Donc c’est mon combat. Et c’est pour ça d’ailleurs que je suis là encore aujourd’hui, tête de liste, parce que je pense qu’il faut proposer autre chose. Et je le fais, vu mon âge, pour les générations qui viennent, parce que j’aimerais que nos enfants et nos petits-enfants vivent dans une démocratie digne de ce nom-là.
Jean-Luc Wertenschlag : Mais Cécile Sornin, pendant vos années d’adjointe au maire, vous étiez donc également présidente de l’Agence de la participation citoyenne pendant huit ans. Or, la participation citoyenne, malheureusement, on peut se dire que ce n’est pas forcément une réussite, à Mulhouse comme ailleurs. C’est-à-dire que les élections réunissent malheureusement plus d’abstentionnistes que d’électeurs et d’électrices, et les élus sont beaucoup trop souvent déconsidérés. Comment est-ce qu’il y a un véritable pouvoir qui a été transmis aux Mulhousiens et aux Mulhousiennes à travers l’Agence de la participation citoyenne ? Ou bien c’était surtout de l’affichage et vous n’avez pas réussi à faire ce que vous vouliez ?
Cécile Sornin : Alors, c’est un vrai questionnement, parce qu’il y a des choses qui ont vraiment changé. Moi, j’ai vu des habitants se transformer en acteurs, vraiment, et même à monter des associations derrière pour structurer leurs démarches. Donc, de ce côté-là, je pense qu’on a contribué à faire vivre un tissu local porteur d’initiatives. Après, d’abord, c’est un état d’esprit. Donc c’est déjà une question d’accueil et d’encouragement. Ensuite, il faut que les outils… Moi, quand je suis arrivée en 2016 sur ces sujets-là, on disait « le numérique va tout transformer », etc. Mais ce n’est pas vrai. En fait, c’est dans la proximité, dans le contact au quotidien qu’on recrée de la confiance. Et c’est cette confiance-là, qui se crée au moment d’opérations de participation citoyenne, qu’il faut reverser, entre guillemets, dans le pot commun de la démocratie représentative. C’est tout l’enjeu aujourd’hui de ma candidature.
Je ne dis pas que la participation citoyenne c’est la panacée. C’est aussi parfois le pouvoir pour certains qui l’accaparent. Et quand je dis « certains », ce ne sont pas forcément des élus, parce qu’il y a des élus qui sont d’accord pour partager le pouvoir, mais il y a des habitants qui ne le sont pas toujours, il y a des postures associatives qui ne le sont pas toujours. Donc en fait, on a tous notre part de responsabilité. Il y a des administrations, parfois — alors ce n’est pas qu’elles ne soient pas d’accord — mais elles ont peur d’aller au contact. Donc c’est un travail de longue haleine, mais moi je suis convaincue qu’on a fait des efforts, des progrès.
Et après, il y a comment on s’organise en interne. À Mulhouse, la participation citoyenne et l’Agence de la participation, elle est au service des autres élus thématiques. Donc si on a un élu thématique ou un maire qui dit « Non, sur ce sujet-là, on ne concerte pas, ou on ne fait pas comme ci, ou on ne fait pas comme ça », c’est clair que l’adjointe sur le sujet ou la présidente de l’Agence de la participation n’a pas de baguette magique ou un pouvoir absolu. Mais ça remet aussi les pendules à l’heure, c’est-à-dire que chacun a sa contribution.
Jean-Luc Wertenschlag : Pas de baguette magique, mais quand même un budget en tant qu’adjointe en charge notamment des centres sociaux. Il y a huit centres sociaux et culturels à Mulhouse qui, pour certains, sont parmi les plus importants de France. Ce sont des budgets qui se comptent par millions, des employés salariés qui se comptent par centaines. Aujourd’hui, les centres sociaux à Mulhouse, et peut-être ailleurs en France, mais en tout cas à Mulhouse, sont en grande difficulté. Le centre Papin est actuellement en redressement judiciaire. Du côté de Rixheim, La Passerelle, qui est aussi centre culturel, relais culturel, a quasiment fait faillite. Et beaucoup de centres sociaux sont en difficulté financière. Donc, en charge, en tant qu’adjointe des centres sociaux, est-ce que ça fait partie de votre bilan ? Est-ce que c’est quelque chose contre quoi on ne peut rien faire ? Est-ce qu’il faut une réforme ? Qu’est-ce qu’on fait avec les centres sociaux mulhousiens ? Comment ça s’est passé pendant que vous étiez adjointe ?
Cécile Sornin : Les centres socioculturels, il faut surtout les soutenir et faire le maximum pour eux. Il y en a huit à Mulhouse. En effet, parmi les plus gros. Vous disiez les budgets : au niveau de la ville, il y a grosso modo 3 millions de subventions pour les centres socioculturels. Il y a à peu près une valorisation de mise à disposition des locaux d’un million, qui sont malheureusement aujourd’hui souvent des passoires thermiques. Donc là, il y a un sujet ; ça a pris du retard, mais au dernier conseil municipal, il va y avoir un vrai plan pour les locaux des centres socioculturels.
Alors, ce que j’y ai fait : en fait, d’abord, j’ai récupéré les centres socioculturels au moment du Covid. Donc déjà, on a appris à travailler tous ensemble et pas en bilatéral, chaque centre avec l’adjointe. Donc ça, je trouve que c’est très important. Et donc, ça voulait dire une répartition des compétences, des actions, etc., à l’échelle de la ville. Avec le même discours pour tous, ce qui nous a permis de réévaluer les subventions des uns et des autres, parce qu’il y avait le poids de l’histoire et que certains étaient bien mieux dotés que d’autres. Et avec des critères — ça aussi c’est important, parce que c’est la méthode que je défends — avec des critères qui ont été co-construits avec les centres socioculturels et donc une matrice qui a été adaptée. Ça veut dire que des centres, et je peux le nommer, comme l’AFSCO (puisque c’est public et ça passe en conseil municipal), mais l’AFSCO a perdu des subventions au profit, notamment, de Papin dont on connaissait la fragilité, et du Drouot, qui était un centre qui montait en puissance.
Donc voilà, c’est vrai que l’enveloppe à la ville n’a pas vraiment augmenté. Par contre, ils ont bénéficié des subventions du côté de la Politique de la Ville, puisque sur huit centres sociaux, il y en a sept qui sont en politique de la ville, et des dispositifs d’État aussi sur les Cités Éducatives. Donc il y a quand même des choses qu’il faut réfléchir de façon globale.
Juste un mot sur La Passerelle, parce que je ne suis pas compétente sur le sujet, mais La Passerelle est complètement redressée et tout va mieux. Il y a un nouveau conseil d’administration et la directrice a été confirmée dans ses fonctions et par l’Agglo et par le maire de Rixheim.
Donc, pourquoi les difficultés des centres sociaux ? Juste pour expliquer à nos auditeurs, aujourd’hui il y a eu un double effet. C’est-à-dire qu’avec l’inflation et l’augmentation des salaires, il y a eu des augmentations de salaires qui ont été négociées au niveau national et qui s’appliquaient donc au niveau local — et tant mieux pour les salariés — mais sans concertation avec les financeurs locaux. Donc ça, c’était un point. Et puis nos centres sociaux, vous l’avez dit, sont parmi les plus gros ; en effet, souvent ce sont des crèches aussi, donc là l’augmentation, c’est tout bête, mais c’est les repas, les couches, etc. Voilà.
Et en même temps, responsabilité des financements et des exigences de la part des financeurs sur plus de transparence, etc. C’est-à-dire que vraiment, on a repris une comptabilité analytique de façon beaucoup plus précise. Ce qui veut dire donc, pour finir, quand vous disiez une réforme… bon, le mot réforme en France, on l’utilise tous les matins, mais on sait ce que ça donne. Il ne s’agit pas tant d’une réforme que de repenser collectivement, à mon avis, les modèles socio-économiques du monde de l’économie sociale et solidaire au global. Voilà.
Jean-Luc Wertenschlag : C’est-à-dire rajouter de l’argent public, leur demander de faire des sacrifices ?
Cécile Sornin : Non, les sacrifices, je pense qu’ils en ont fait largement. Je pense plutôt du côté des partenariats publics-privés, des choses comme ça. Aujourd’hui, il faut qu’on arrête de séparer le privé, le public, et qu’on se dise que quand on est un acteur ici, qu’on soit un acteur économique, associatif ou une personne physique, on peut aimer suffisamment son territoire pour y investir. Il y a des modèles aujourd’hui de fondations territoriales qui sont très intéressants et qui pourraient venir aider à redéfinir et à financer les centres socioculturels.
Par contre, oui, je le dis quand même pour ne pas qu’il y ait d’ambiguïté : je pense qu’il faut aussi, du côté des financeurs, qu’on soit plus clair sur nos priorités. Les centres sociaux, ce sont des équipes dévouées corps et âme, et donc il faut les aider. Il faut décider ensemble de quelles sont les priorités, et ce ne sont pas les mêmes forcément selon les centres. Parce que selon leur implantation géographique — par exemple un centre comme l’AFSCO, qui est au cœur de grands ensembles — forcément, on ne va pas avoir le même travail de proximité que, par exemple, Papin, qui est dans un ensemble de petits immeubles où le contact avec l’habitant est beaucoup plus compliqué à faire. Il demande — pas plus compliqué, mais il demande plus de temps, plus de moyens humains. Voilà, donc c’est adapter à notre territoire et à la réalité de notre territoire.
Jean-Luc Wertenschlag : Mais si on parle de partenariat public-privé, il y a des groupes privés, SOS Groupe, et puis un autre originaire de Marseille, Synergie Family, qui viennent sur le terrain des appels d’offres et qui n’ont pas forcément l’implantation locale, l’esprit associatif. On peut a priori attendre des centres sociaux et d’autres acteurs associatifs de la cité… C’est une solution, ça, de privatiser le social, quelque part ?
Cécile Sornin : Là, je réfute le mot privatiser. Je n’ai pas dit ça. J’ai dit aider au financement. Je pense que ça reste des outils au service de la population. Ça doit rester de façon déterminante des politiques publiques. Mais il y a des acteurs privés qui ne te demandent pas de venir le maître. Tout le monde n’est pas Bolloré, heureusement. Sinon, je pense que notre avenir serait compliqué. Quant à des acteurs comme Synergie Family, plus qui vous avez cité…
Jean-Luc Wertenschlag : Il y a le groupe SOS aussi.
Cécile Sornin : Donc le groupe SOS. C’est aussi des regards neufs, c’est aussi des propositions différentes. Donc je pense qu’il y a intérêt à regarder ailleurs et à s’inspirer. Donc il faut arrêter d’opposer les mondes. Il faut vraiment aller chercher les meilleures coopérations possibles.
Jean-Luc Wertenschlag : Sinon, Cécile, sur la tête de liste « Mulhouse au cœur » pour les municipales de mars 2026. À Mulhouse, il y a eu quand même cette rupture avec Michèle Lutz, puisque pendant des années, vous avez travaillé ensemble. Et puis, tout d’un coup, c’est devenu l’apocalypse, la fin du monde, la trahison, la traîtrise. Enfin, on a assisté à un mélodrame en direct à Mulhouse. Et pourquoi ? Alors, quel est le déclencheur ? Pourquoi, du jour au lendemain — ou ça s’est peut-être fait progressivement — mais pourquoi cette rupture avec Michèle Lutz après quelques années qui se sont a priori plutôt bien passées ?
Cécile Sornin : Bon, je n’ai pas envie de refaire l’histoire, parce qu’honnêtement, « un mélodrame », ça c’est tempête dans un verre d’eau, parce que la politique, je sais qu’on aime beaucoup en parler, mais l’important c’est qu’on continue à agir pour les habitants. Donc oui, il y a eu des divergences de vues. En fait, je pense que l’élément déclencheur, ça a été le départ de Jean Rottner et une façon différente de gérer l’équipe. Il y avait deux propositions pour reprendre la présidence du groupe majoritaire. Michèle Lutz soutenait Florian Colom parce qu’à l’époque, elle disait qu’elle voulait un « sniper » au conseil municipal. Et moi, je défendais de retravailler la cohésion de l’équipe de vision. Donc, j’ai perdu à l’époque 16 à 18. À partir de là, les choses se sont progressivement délitées en interne. Parce qu’en externe, honnêtement, j’ai continué à travailler avec la même motivation. Puisque justement, ma motivation, ce n’est pas une motivation de politique et de carrière politique. C’est une motivation de service rendu aux habitants et aux associations.
Jean-Luc Wertenschlag : Tiens, à propos de Jean Rottner. Jean Rottner s’était vu offrir la mairie par Jean-Marie Bockel il y a fort longtemps. Maintenant, Jean-Marie Bockel, pendant qu’il retournait sa veste, a offert la mairie au RPR-UMP en échange d’un plat de sous-ministre de Sarkozy. Donc Jean Rottner, lui, s’est fait connaître, notamment par sa violente opposition à la région Grand Est, avant de devenir président de la région Grand Est. Et puis, tout d’un coup, il disparaît de la vie politique, pour raison personnelle, je ne sais plus quand c’était.
Cécile Sornin : En 2022.
Jean-Luc Wertenschlag : Voilà, en 2022, pour raison personnelle. On se demande : est-ce que sa femme est atteinte d’une maladie incurable ? Est-ce que sa fille vient de faire une tentative de suicide ? Non, pas du tout. C’est tout simplement qu’il touchait 5 000 euros par mois pour deux jours de travail pour une société immobilière, ce qui n’est pas illégal, mais néanmoins qui est surprenant, pour le moins, pour un président d’une région Grand Est qui compte quand même plusieurs millions d’habitants. Et donc Jean Rottner, que vous citez comme partenaire politique majeur, c’est votre ami encore aujourd’hui, Cécile Sornin ? Est-ce que c’est lui qui a raison ?
Cécile Sornin : Alors honnêtement, la présentation de ce que vous faites de la vie de Jean Rottner et de son parcours politique, elle vous appartient et il faudra l’interviewer. Moi, je sais ce que Jean Rottner a fait pour la ville de Mulhouse. Il a fait des choses sur lesquelles, aujourd’hui, rétrospectivement, je ne suis pas d’accord et je pense en priorité aux relations avec l’agglomération. Ça, vraiment, le territoire le paye cher. En revanche, c’est à Jean Rottner qu’on doit cette capacité d’écoute et donc d’avoir lancé des projets, d’avoir donné sa chance à des projets comme Motoco ou KM0. Et ça, je pense que personne ne peut le lui enlever. Donc, dans la vie, il y a tout parcours, qu’il soit politique ou professionnel ou même familial, avec ses hauts et ses bas, ses bonnes idées, ses mauvaises idées. C’est très facile, rétrospectivement, de dire qu’il a eu tort. Donc, moi, cet homme, il m’a donné ma chance et il m’a permis de découvrir la politique « de la belle façon ». Après, il y a des choses, avec le recul, c’est vrai que je regrette. Mais ça ne remet pas en cause l’estime que j’ai eue pour le travail qu’il a fait avant que je le connaisse et au début du mandat de 2014.
Jean-Luc Wertenschlag : Revenons à Cécile Sornin. Peut-être un bilan de l’action politique menée pendant huit ans en tant qu’adjointe au maire de Mulhouse. Qu’est-ce que vous en retenez ? De quoi êtes-vous fière ? Peut-être partager des erreurs, sait-on jamais ? Comment vous revenez sur ces années d’adjointe au maire ?
Cécile Sornin : C’est intéressant comme question. J’avoue que comme je regarde devant, ce que je peux dire, c’est que j’ai passé vraiment dix années. Depuis 2016, moi, j’ai renoncé à toute activité professionnelle pour me consacrer uniquement à la ville. Et quand je dis à la ville, c’est aux humains qui la composent, c’est-à-dire aux acteurs associatifs et aux habitants. Donc ça, c’est ma plus grande fierté : c’est d’avoir découvert cette ville de l’intérieur, d’être à l’écoute des habitants, parfois pour leur rendre service, parfois pour donner un coup de pouce sur des projets citoyens qui ont du sens. Donc voilà, je crois que je n’ai pas à rougir de mon action.
Je pense qu’on a permis certains projets. J’étais récemment à Néppert, sur toute la friche qui était sur Néppert aujourd’hui et qui est devenue le parc abricole (ou parc à bricoles/agricole). C’est un lieu qui est devenu un espace de vie dans un quartier où il ne se passait pas grand-chose puisque les deux centres socioculturels du secteur, Papin et Wagner, sont aux deux extrémités du quartier. Donc là, il y a un nouveau poumon vert avec des acteurs comme le Moulin Nature très engagés, un vrai soutien des habitants, un lien aussi avec les écoles et des enfants qui font du potager. Moi, c’est ça qui me rend heureuse. C’est de voir des habitants qui prennent possession de leur ville et d’être là, à ce moment-là, pour les accompagner.
Le fait d’avoir fait rayonner — parce que je pense qu’on n’en parle pas assez — mais d’avoir fait rayonner Mulhouse sur la carte de France des villes participatives. Moi, aujourd’hui, je préside Décider Ensemble, qui est un think tank de la participation citoyenne au niveau national, qui a 20 ans d’existence. J’étais il y a quelques jours au Sénat pour remettre une cérémonie sur la 10e édition des prix de la participation ; ça fait 1 000 dossiers déposés en 10 ans. Donc c’est vraiment très inspirant. Donc ça, je suis assez fière de ça. Le Carré des Associations a changé, d’un toit pour des petites associations, à aujourd’hui une vraie offre de services et une vraie reconnaissance du travail des équipes du Carré.
Jean-Luc Wertenschlag : Le Carré des Associations, c’est presque merveilleux, mais le bâtiment juste de l’autre côté de la cour qui est à peu près fermé tout le temps, où il ne se passe pas grand-chose, est-ce qu’on pourrait aussi en faire quelque chose ?
Cécile Sornin : Alors c’était dans les tuyaux, on voulait peut-être y faire une Maison de l’Innovation Sociale, dans les idées du programme de 2020. Simplement, tout coûte cher. Et donc aujourd’hui, il est quasiment fermé parce qu’il n’est pas du tout aux normes. On estimait qu’il fallait entre 2 et 3 millions pour le remettre sur les clous. Et puis il faut le mettre sur les clous avec un projet qui, à mon avis, rentre en résonance avec ce qu’est le Carré des Associations. Et aujourd’hui, les associations ont des difficultés pour trouver des locaux, pour trouver du stockage, etc. Et l’innovation sociale, la participation citoyenne, restent des sujets pour Mulhouse. Donc il y a sûrement quelque chose à faire, mais il faut reconstruire le projet. Il ne faut pas juste rénover le bâtiment et ouvrir la porte. Ça ne sert à rien, un bâtiment qui est chauffé et qui ne vit pas.
Jean-Luc Wertenschlag : Cécile Sornin, tête de liste « Mulhouse au cœur ». Mais pourquoi se présenter à la mairie ? Pourquoi monter une liste alors qu’il y a tellement de listes à droite, à gauche, au centre, aujourd’hui ? Pourquoi être candidate ?
Cécile Sornin : Alors, notre histoire… C’est-à-dire que quand on a quitté le groupe majoritaire fin septembre 2024, au bout d’un moment, on s’est dit : « Mais finalement, bientôt les élections ». Et donc, on a annoncé qu’on serait candidats, qu’on ferait une liste pour les prochaines élections municipales. Parce que pourquoi ? Pour une raison très simple : c’est qu’il y a, à mon avis, une fenêtre de tir aujourd’hui pour proposer aux Mulhousiens une autre façon de faire de la politique. Une politique moins politicienne, pour ne pas dire pas du tout politicienne, mais une politique au service des habitants, au service de ses acteurs. Tous confondus, d’ailleurs : acteurs associatifs, économiques, puisque ça aussi, j’y crois beaucoup.
Donc, redonner de l’attractivité à la ville, renouer des relations de confiance et de travail avec l’agglomération. On peut parler même de la CEA, de la région Grand Est, etc. Donc, voilà, remettre Mulhouse sur la carte de France du Sud-Alsace, développer des relations avec Bâle, que sais-je. Donc, il y a beaucoup, beaucoup de choses à faire. D’ailleurs, c’est un constat, je lisais Michèle Lutz qui disait qu’il « restait tant à faire ». Je partage, elle a raison, il reste beaucoup de choses à faire. On est un territoire qui a perdu des habitants, on a un territoire qui a perdu des emplois. Donc, nos statistiques derrière la carte postale du centre-ville réaménagé, elles ne sont pas… sur le plan de la dynamique et de la perspective, elles ne sont pas positives. Donc il faut en effet sûrement changer de façon de faire.
Donc c’est ça qui nous a animés. Et puis se dire qu’il fallait remettre de l’humain. C’est quoi la politique ? C’est bien sûr l’intérêt général, c’est s’occuper des habitants. Voilà, donc aujourd’hui c’est ce qui nous a motivés. Alors maintenant il y a en effet beaucoup de listes. La question s’est posée à un moment de se rapprocher, on a fait des tentatives, mais en fait, se rapprocher pour construire quelque chose, c’est une chose ; se rapprocher juste pour perdre notre identité et donc la spécificité de notre ADN, j’allais dire, c’est non. Donc voilà, on en est là aujourd’hui.
Jean-Luc Wertenschlag : Mais vous disiez « on », donc il y a eu huit exclusions du groupe majoritaire, me semble-t-il, avec pas mal d’adjoints au maire. Mais qui était là pour constituer cette liste au départ ? Il y avait Anne-Catherine Goetz, adjointe à la culture, Christophe Steger, adjoint au sport… Il y en avait d’autres ?
Cécile Sornin : En fait, au démarrage, on était tous les huit. En janvier 2024, Jean-Philippe Bouillé a finalement décidé de quitter complètement et Mulhouse et la politique. Donc, il a démissionné cet été. Et aujourd’hui, le départ d’Anne-Catherine Goetz, Christophe Steger, Philippe de Rély… Voilà, il y a un moment, on n’était plus en phase sur le projet. On reste en phase sur le projet. En fait, la question, c’est comment on y va ? Et moi, je crois qu’il faut d’abord défendre le projet avant de sécuriser une place. Donc, aujourd’hui, je fais campagne sur le projet de « Mulhouse au cœur ».
Alors, je reviendrai d’ailleurs sur ce nom de « Mulhouse au cœur ». Mais voilà, et je veux surtout dire, parce qu’on me pose beaucoup la question : une liste pour les municipales, ce n’est pas que des élus. Au contraire, c’est aussi des habitants, c’est des gens avec l’idée qu’on porte, nous, de renouvellement, de rénovation de la politique en local. C’est bien sûr, au contraire, donner une place pleine et entière aux habitants, à des citoyens engagés qui ont envie de voir autre chose, pas à des gens qui cherchent un poste pour la prochaine fois.
Jean-Luc Wertenschlag : Quel programme pour « Mulhouse au cœur » ? Alors, il n’est pas constitué peut-être encore ? C’est quoi les grandes lignes ? Qu’est-ce que « faire la politique autrement » ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Et ça se traduit par quoi comme propositions à venir ?
Cécile Sornin : Alors, le programme, vraiment, il est en phase terminale parce qu’on est une équipe de très bon niveau et nous travaillons beaucoup. Aujourd’hui, on est en train de réfléchir à la meilleure présentation parce qu’en fait, un programme, ça peut être une liste à la Prévert de 150 propositions. Mais est-ce que ça a du sens pour un citoyen, un électeur ? Moi, ça me questionne. Ce qui m’intéresse plus, c’est quel fil je tire pour développer, pour embarquer une dynamique et renverser la table. Donc aujourd’hui, on travaille sur quatre axes.
Donc autour de « Mulhouse la protectrice ». Donc ça, c’est vraiment les choses qui sont du domaine du bien-être individuel. C’est comment, voilà, la santé, la sécurité pour soi.
On a une dimension sur « Mulhouse la juste ». Là, c’est à partir du moment où on défend les intérêts individuels dans les politiques publiques, on doit défendre l’intérêt général. Donc c’est le juste équilibre entre l’individu et le collectif.
Ensuite, on a le troisième pilier autour de « Mulhouse l’ambitieuse ». Pourquoi l’ambitieuse ? Parce qu’on veut faire rayonner Mulhouse. Voilà, ça doit devenir… il faut qu’on arrête de voir des rideaux de commerçants se fermer, qu’on arrête de perdre des habitants, qu’on arrête de voir notre taux de pauvreté augmenter, parce que c’est quand même ça la réalité. Et donc, on donne envie à des entreprises de venir, à des commerces de rouvrir, à des habitants de rester ou de revenir.
Et le quatrième pilier, c’est autour de « Mulhouse la joyeuse ». Parce qu’en fait, la politique, ça doit quand même rendre un peu de bonheur aux habitants. C’est notre idée. Et donc, on doit pouvoir faire la fête ensemble, se faire confiance et redonner de l’attractivité à cette ville et à ce vivre-ensemble. Que ça ne soit pas juste un mot pour de jolis discours.
Et je le dis d’autant plus qu’on est à l’époque — je crois que c’est une évidence pour tout le monde — à l’époque de l’intelligence artificielle et que les programmes ChatGPT, en deux secondes et demie, on fait un programme aujourd’hui. Donc la question, c’est quelles compétences on met et quelles expertises on met en face de ChatGPT pour faire un programme digne de ce nom-là aux attentes des citoyens.
Jean-Luc Wertenschlag : De la signification des mots… « Ambition », que vous citiez comme volonté pour Mulhouse. « Ambition », c’est aussi un programme éducatif pour les élèves les plus hautement perturbateurs à Mulhouse, qu’on a dénombré, me semble-t-il, au nombre de 600 environ. J’imagine que ce programme a été appliqué pendant que vous étiez aux manettes municipales. Mais du sens des mots : est-ce qu’utiliser « ambition » pour mettre le doigt sur les élèves les plus insupportables, est-ce qu’on n’est pas complètement dans une sémantique qui va à l’envers, où on essaie de dire « regardez comme c’est merveilleux quand on s’occupe des plus perturbateurs de nos enfants » ?
Cécile Sornin : C’est tout l’enjeu aujourd’hui, il est de l’Éducation nationale, il est de toutes les politiques publiques. C’est le mot. Et moi, je pense que ce qui est important et ce que les citoyens doivent mesurer, c’est finalement pas tant ce que disent les êtres humains et les politiques, en l’occurrence, mais surtout ce qu’ils font. Parce que le plus important, ce n’est pas tant de dire, c’est de faire. Et donc le grand écart, souvent, entre les discours et les actes, c’est ça qu’il faut arrêter. Donc charge aux médias de dire : « Elle dit ça, mais elle le fait aussi ».
Donc « ambition », en effet, c’est un très joli mot. Moi, j’ai envie de citer derrière « ambition » une association de Bourtzwiller où des bénévoles se donnent sans compter pour permettre à des jeunes de faire du sport, d’aller se balader dans les Vosges, découvrir la nature environnante, faire des voyages humanitaires en Turquie, etc. Voilà qui s’appelle « Ambition 68 ». C’est le même mot, mais clairement, quand on regarde de près ce qui se passe entre le programme Ambition de l’Éducation nationale (parce qu’il est davantage porté par l’Éducation nationale que par la ville de Mulhouse, donc le programme Ambition pour les enfants hautement perturbateurs, je ne sais plus comment ça s’appelait, ou à comportements particuliers, ou à besoins particuliers, on a comme ça aussi des périphrases sur lesquelles je ne ferai pas de commentaires)… Mais je préfère Ambition 68. Allez voir, allez soutenir Ambition 68.
Jean-Luc Wertenschlag : Nous sommes le 3 décembre 2025 en compagnie de Cécile Sornin, tête de liste « Mulhouse au cœur » pour les élections municipales de Mulhouse les 15 et 22 mars 2026. Une émission pour Radio WNE, Radio Quetsch et l’Alterpresse 68 et tous les médias intéressés par reprendre des propositions sous licence libre, Creative Commons Zéro, qui en gros dit qu’on peut faire tout ce qu’on veut, sauf ce qui est interdit par la loi. Cécile Sornin, est-ce que vous pouvez nous donner envie de voter pour vous ? Pourquoi on voterait « Mulhouse au cœur » ? Il y a quoi de fou et d’incroyable dans le programme qui va venir ?
Cécile Sornin : Alors on est en train de travailler sur notre flyer avec les premiers engagements complets parce que si je suis une adepte de la participation citoyenne, il y a un moment, c’est bien : on a demandé beaucoup leur avis aux habitants, aux associations, on a organisé des petits déjeuners confidentiels thématiques avec des experts des sujets qu’on a traités, etc. Donc maintenant, je pense qu’il faut aller sur les engagements concrets, puisque moi, je considère que je suis une pragmatique et que c’est ça qui est important pour les habitants et les électeurs.
Donc dans nos premiers engagements, déjà un premier engagement de méthode. Ça a l’air assez stupide, mais en fait, aujourd’hui, je pense qu’il ne faut pas oublier qu’il y a ce qu’on dit, il y a ce qu’on fait. Donc le dire, c’est bien, le faire, c’est encore mieux. Donc nous, la méthode, ça veut dire qu’on va faire du travail de proximité. Et donc, notre première, on l’a faite avec les femmes, notamment on vient de finir une soirée sur les femmes victimes de violences, le 25 novembre, à partir de petits groupes de travail entre femmes pour créer des espaces de confiance où les femmes osent témoigner de ce qu’elles ont vécu avant de se lancer dans le grand bain et de partager leurs témoignages pour nous aider à construire ce programme. Prendre soin des gens, je pense que c’est notre première responsabilité. Donc, un engagement sur la méthode : écouter, respecter la parole de l’habitant, respecter les habitants et, après, se mettre à les servir dans l’intérêt général.
Donc, le deuxième engagement qui me semble très important, c’est qu’on prend l’engagement d’ores et déjà de ne pas augmenter les impôts. Bien sûr, les impôts fonciers, c’est ce qui concerne la ville. Pourquoi ? Pas seulement pour faire plaisir aux riches, parce que ce n’est pas ça l’enjeu. L’enjeu aujourd’hui, c’est de constater qu’on perd des habitants et que le taux de pauvreté augmente. Donc, il faut qu’on garde tout le monde sur ce territoire et il commence à y avoir des gens qui se plaignent partout du taux et du montant des impôts fonciers. Donc tout le monde se serre la ceinture, on est dans une période difficile, il faut que les collectivités locales le fassent également. Donc il faut que la ville de Mulhouse le fasse. On choisira nos priorités, mais on n’augmentera pas les impôts.
Ensuite, de la réflexion sur les femmes victimes de violences et les femmes de façon plus générale, on a aussi travaillé sur les mamans solos, on a travaillé sur les familles. Et aujourd’hui, nos premiers engagements concrets pour les familles, c’est de proposer la cantine à partir de 2 euros. Aujourd’hui, le tarif solidaire, c’est géré par l’agglomération, mais le tarif solidaire de l’agglomération, c’est 4,60 euros. Donc on a aujourd’hui des enfants qui ont faim à Mulhouse. Est-ce que c’est normal en France, en 2025, d’avoir des enfants qui ont faim ? Moi, je considère que non. Et donc, on mettra de l’argent pour permettre à ces enfants-là de manger. Et donc, on travaillera avec l’agglomération pour pouvoir proposer des repas à 2 euros.
Le deuxième engagement qu’on a pris, c’est de travailler sur le dimanche. Parce que le dimanche, la ville est souvent morte, les familles sont parfois repliées un peu sur elles-mêmes, on peut penser qu’il y a des enfants devant des consoles ou Internet, etc. Donc là, de réfléchir vraiment à une ville qui vit le dimanche à travers des animations culturelles et sportives, mais aussi sûrement à travers du soutien scolaire, parce qu’il y a une vraie demande des parents sur le soutien scolaire. Donc il faut qu’on réfléchisse à une réponse soutien scolaire du dimanche matin ou d’un autre jour, mais en tout cas, voilà.
Et le vélo. Pourquoi le vélo ? Parce qu’en fait, on a bien sûr fait des pistes cyclables. Elles sont très, très belles, mais en fait, ce qui serait bien, c’est qu’il y ait plus de cyclistes dessus. Donc, il faut lever les freins à la pratique du vélo pour tous. Et donc, on fera une école du vélo dans chaque quartier.
Voilà pour les premiers engagements. J’en oublie peut-être, mais c’est l’état d’esprit dans lequel on travaille. Ah oui, sur la sécurité, je vais dire un mot, parce que c’est un sujet qui est important. Sur la sécurité, aujourd’hui, beaucoup… dans le programme de 2020, il y avait la création d’une police de nuit. Elle a été créée, mais en fait, a priori, elle ne répond pas. Elle n’est pas toujours opérationnelle. Les habitants se plaignent d’appeler sans réponse. Donc, on reprendra le sujet et on associera à la police de nuit un service de médiation de nuit. Il y a des villes qui travaillent sur la médiation de nuit de façon à pouvoir régler des conflits de voisinage, même en pleine nuit. Donc, ça nous semble une idée intéressante pour remettre aussi de la proximité dans ces moments-là.
Jean-Luc Wertenschlag : Mais pour agir concrètement et positivement pour l’avenir de Mulhouse, il faut aussi un travail suivi et cohérent avec l’Agglo, M2A, Mulhouse Alsace Agglomération. Or, aujourd’hui, la démutualisation vient de s’achever, c’est-à-dire qu’après avoir passé des années à mutualiser les services entre M2A et ville de Mulhouse, on a passé des années à les démutualiser, ce qui me semble une absurdité hallucinante aux citoyens et aux citoyennes qui peuvent voir ça. La présidence de M2A, Fabien Jordan, est clairement opposée à Mulhouse. C’est malheureux, peut-être, mais c’est ainsi. Des équipements qui relèvent de M2A sont fermés. La piscine Curie, en face de la mairie, par exemple. M2A ne participe aucunement au financement de structures culturelles comme La Filature, l’Orchestre et d’autres qui coûtent des millions à la ville de Mulhouse et dont les spectateurs et les spectatrices sont majoritairement habitants M2A hors Mulhouse. Donc en gros, la ville pauvre finance les communes riches autour. Qu’est-ce qu’on fait pour normaliser ces relations qui sont négatives, beaucoup trop, pour l’avenir de notre ville ?
Cécile Sornin : Jean-Luc, je vais reprendre parce qu’en fait le tableau n’est pas aussi noir que ça. Donc aujourd’hui, la démutualisation, c’est en effet pas… Oui, je pense que je l’ai dit tout à l’heure, ce n’est pas une bonne solution, c’est l’histoire à l’envers. Donc il faut bien sûr retisser des liens de confiance et de travail. Et pour le dire de façon caricaturale, là où il y avait un collaborateur aujourd’hui, il y en a plutôt deux. Et secundo, ces deux ont parfois du mal à travailler ensemble, parce qu’il y a parfois des difficultés entre élus de la ville ou de l’agglo, ou les exécutifs, la tête des exécutifs.
En revanche, on ne peut pas dire que M2A ne fasse rien pour la ville, au contraire. Parce que depuis 2015, il y a une loi qui s’appelle la loi NOTRe, qui veut dire Nouvelle Organisation Territoriale en gros, qui fait que la politique de la ville est gérée au niveau de l’agglomération, le renouvellement urbain se fait au niveau de l’agglomération, les mobilités, les pistes cyclables, il y a des choses qui sont partagées, cofinancées par l’agglomération. Alors il y a des dossiers sur lesquels on aurait pu faire plus fort, plus vite, je suis d’accord, mais on ne peut pas dire que l’Agglo travaille contre Mulhouse. Ça, il faut rétablir la vérité. En revanche, elle pourrait sûrement faire mieux, de même que la ville pourrait aussi davantage faciliter la vie de l’agglomération. Donc voilà, moi je ne suis pas là pour mettre de l’huile sur le feu. Ce que je souhaite en tout cas, c’est des relations qui soient plus effectives et plus fructueuses entre la ville et l’agglomération. Et ça c’est possible parce que nous, on a de très bonnes relations avec Fabien Jordan et avec les autres élus de l’agglomération, et ça me semble une priorité pour notre territoire.
Ah, je voudrais répondre. Tu as parlé des établissements culturels, c’est vrai. En fait, quand il y a eu mutualisation, il y a eu beaucoup de choses partagées sur le plan sportif. Mais je pense qu’à l’époque, la ville a très peu partagé sur le plan culturel. Et aujourd’hui, c’est vrai qu’il faut rééquilibrer les cofinancements entre ville et agglomération.
Quant à la piscine, c’est un dossier compliqué. Bien sûr, je suis comme tous les Mulhousiens, je rêve de la voir se rouvrir. Aujourd’hui, il y a une étude qui est d’ailleurs cofinancée par la ville à 50% — ville et agglo 50-50 — justement pour faire des propositions et rendre la piscine à la ville, aux Mulhousiens et d’ailleurs aux habitants de l’agglomération d’une façon plus large.
Jean-Luc Wertenschlag : Peut-être encore deux sujets qui me semblent particulièrement intéressants. D’une part, la Tour de l’Europe, qu’on le veuille ou non, le bâtiment emblématique de Mulhouse, et dont la terrasse est fermée depuis 30 ans. Ça fait 30 ans que cette terrasse est fermée. Or, je ne parle pas du restaurant, mais l’ensemble a été préempté par la ville de Mulhouse il y a maintenant 3 ou 4 ans, je ne sais plus exactement. Et cette terrasse est fermée depuis 30 ans. Alors qu’on peut parler d’attractivité de Mulhouse, mais quoi de plus incroyable que d’emmener ses amis, ses enfants, des touristes en haut de la Tour de l’Europe à contempler les Alpes, les Vosges, la plaine d’Alsace, etc. Ce n’est pas désespérant de nos politiques que cette terrasse de la Tour de l’Europe soit fermée depuis 30 ans et qu’il ne se passe rien, ou presque, en la matière ?
Cécile Sornin : Bon, alors là aussi, il faut rendre à César ce qui lui appartient. On ne peut pas dire qu’il ne se passe rien sur la Tour de l’Europe. Pour les 800 ans, il y a eu des émissions de radio, notamment avec Pi node, etc. Donc la ville, aujourd’hui, devient progressivement propriétaire de certains appartements, du restaurant. Il n’y a pas eu d’informations du conseil municipal sur les derniers rebondissements autour du… Il y avait un appel à manifestation d’intérêt pour le restaurant. Je ne sais pas ce que c’est devenu. Donc, je pense qu’il faut rendre cette justice à l’équipe autour d’Alain Couchot et de Michèle Lutz, de faire du travail pour la Tour de l’Europe. Alors après, quand on est un habitant, on a toujours l’impression que ça ne va pas assez vite, etc. Mais si ça fait 30 ans qu’elle est fermée, on ne peut pas dire que sur les derniers temps, il ne se soit rien passé. Mais c’est lent parce que de toute façon, on imagine sur la Tour de l’Europe qu’il faut à peu près 50 millions. Honnêtement, je ne sais pas si tu les as peut-être, mais sinon, il faut trouver des gens pour cofinancer.
Jean-Luc Wertenschlag : Ce qui est sûr, c’est que la ville de Mulhouse est propriétaire de centaines de mètres carrés dans la Tour de l’Europe et qu’ils sont vides. Donc, on pourrait peut-être les utiliser et faire quelque chose avec.
Cécile Sornin : On est d’accord et je pense qu’ils y travaillent.
Jean-Luc Wertenschlag : Deuxième point sur l’avenir de la ville. Quand on a inauguré le tram il y a plus de 20 ans, on nous a expliqué, je m’en rappelle très bien, que sans extension, ce tram n’avait aucun sens. Évidemment, il n’y a pas eu d’extension, ni vers Kingersheim, ni vers Wittenheim, ni à travers plus loin que les Coteaux. On doit avoir le seul tram de France qui ne sort pas de la ville, à l’exception de l’arrêt Lutterbach. En plus, il est gratuit, mais que pour les vieux, évidemment, puisque Michèle Lutz choisit ses électeurs, sa cible électorale, pour leur offrir la gratuité au-delà de 65 ans quand on habite Mulhouse. Qu’est-ce qu’on fait avec ce tram ? On continue à ne rien faire ?
Cécile Sornin : Alors, en fait, je pense qu’il faut faire des choix. Moi, je suis bien sûr partisane d’étendre le tram. Il y a eu des réserves foncières, par exemple, du côté du Drouot. Mais on a aussi eu des discussions avec des équipes à Riedisheim, parce qu’il y a les anciennes voies de chemin de fer. Donc, est-ce que finalement, il faut des nouveaux trams ou organiser différemment ? Moi, il me semble que le projet prioritaire, puisque c’est aussi d’aller faire la liaison ferroviaire avec l’EuroAirport, parce que là, ça permet un vrai boom en termes d’attractivité, etc., pour la ville.
L’extension du tram, aujourd’hui, elle est toujours… On en discute, mais c’est une espèce d’Arlésienne. Il ne faut pas se voiler la face, mais les budgets sont colossaux. C’est un sujet qu’il faudra remettre sur la table. Un mot sur la gratuité des transports, parce que j’en discutais aussi avec un économiste spécialiste. Il y a bien sûr, intellectuellement, c’est séduisant la gratuité. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, on voit bien ce que coûte l’entretien d’un réseau, l’entretien des véhicules roulants. Là, pour être très clair, nous, on réfléchit sur… Aujourd’hui, tu as parlé de la gratuité pour les seniors, mais aujourd’hui, la prise en charge pour les jeunes de moins de 18 ans, elle est de 60%. On réfléchit, nous, éventuellement, à une gratuité pour les écoliers, de façon à ce que les sorties scolaires, par exemple, puissent se faire sans souci pour tous les enfants, qui puissent monter dans le tram sans que les enseignants aient à faire des kilos de dossiers et de demandes.
Jean-Luc Wertenschlag : Enfin, Cécile Sornin, tête de liste « Mulhouse au cœur » pour les municipales 2026 à Mulhouse. On va peut-être terminer cet échange en faisant un petit tour des autres listes, puisqu’aujourd’hui on a dénombré au moins 11 listes sur le départ pour ces municipales. On rappelle les règles du jeu : il faut faire 5% des exprimés au premier tour pour avoir le droit de fusionner éventuellement avec une liste qualifiée pour le deuxième tour et il faut faire 10% pour pouvoir se maintenir au deuxième tour. Alors aujourd’hui, c’est un peu flou, bien sûr, puisqu’on a tout un tas de listes. Mais à l’arrivée, évidemment, Michèle Lutz et son challenger 2020, Loïc Minéry, à la tête d’une liste « Mulhouse en commun » (l’union de la gauche et des écologistes, enfin la gauche sauf LFI). Donc ces deux-là pourraient normalement, théoriquement — enfin il peut y avoir des surprises bien sûr — se qualifier. Mais il peut y avoir beaucoup d’autres listes qui se qualifient. Et surtout, il y a des partenariats, des fusions ou des accords de désistement qui peuvent exister au soir du premier tour pour le deuxième tour. Alors, qu’est-ce qui est… On va faire le tour des concurrents. Donc, il y a Frédéric Marquet, ex-manager du commerce, qui est peut-être politiquement pas loin de « Mulhouse au cœur » et de Cécile Sornin. Alors, qu’est-ce que Cécile Sornin pense de Frédéric Marquet ?
Cécile Sornin : Bon, alors déjà, je voudrais juste revenir sur « tête de liste de Mulhouse au cœur ». Aujourd’hui, compte tenu du départ de Christophe, Anne-Catherine et Philippe, on est en train de réorganiser, puisqu’on avait « Mulhouse au cœur », c’est le nom de notre groupe d’opposition au conseil municipal, c’est le nom de notre micro-parti qui a vocation à développer la démocratie en local. Et donc aujourd’hui, on travaille sur un autre nom pour pouvoir porter cette liste, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, justement. Et je pense qu’on va sortir « Mulhouse avec le cœur ». Voilà, pour garder le cœur, parce qu’en fait, ça nous parle, et c’est bien aujourd’hui d’avoir de la rationalité dans un choix électoral, mais c’est bien aussi parfois de le faire à la confiance et dans la proximité, donc avec son cœur. Ça, c’est la première remarque sur notre nom de liste.
La deuxième chose, sur les alliances. Moi, honnêtement, je sais que dans ce microcosme, on adore jouer aux pronostics, etc. Moi, je ne joue pas au tiercé, ça ne m’intéresse pas beaucoup. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est d’avoir… honnêtement, essayé cet été et puis cet automne, de regarder comment on pouvait peut-être faire des rapprochements. Ça n’a pas fonctionné et je ne veux pas commenter ça. C’est vrai qu’avec Frédéric Marquet, on a des vraies listes citoyennes. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de parti derrière nous. C’est-à-dire que tout le monde… je lisais là Michèle Lutz, « c’est une liste sans parti ». Bon, écoutez, si c’est une liste sans parti, alors moi, je ne sais pas ce que je suis. Donc, voilà. Donc, moi, je suis vraiment une liste sans parti. Notre parti, c’est Mulhouse. Je pense que Frédéric Marquet a aussi cette ambition-là.
Après, je fais une campagne de premier tour. Ça nécessite beaucoup d’énergie de monter cette liste, de faire une campagne propre, d’avoir un programme, de fédérer des gens intelligents, dignes des électeurs mulhousiens. Donc, c’est ça, ma priorité du moment. Savoir avec qui on va se marier entre le 15 et le 22 mars, ce n’est pas aujourd’hui mon sujet. On est début décembre. On a largement le temps de faire ça. Quand je vois les rebondissements quotidiens, je me dis « à chaque jour suffit sa peine ». Moi, mon combat, il est pour les Mulhousiens et donc pour aujourd’hui la liste que je mène.
Jean-Luc Wertenschlag : Oui, mais on va peut-être quand même… j’insiste lourdement, parce que les lecteurs, les lectrices ont envie de savoir ce qui peut se passer derrière. C’est-à-dire que tout va se jouer au soir du premier tour. Si des listes se maintiennent, ça peut tout changer sur le résultat des élections. Donc parmi LFI, j’imagine que c’est impossible pour Cécile Sornin de s’allier avec LFI, ou le RN. C’est pareil d’ailleurs. RN, LFI… Je pense que c’est pareil.
Cécile Sornin : Tout le monde a ses subtilités et on veut défendre les uns les autres. En fait, moi, je ne suis pas une femme d’extrême. Je suis une femme de compromis, je suis une femme de discussion, je suis une femme de débat. Et je trouve qu’il y a des gens qui sont plutôt… Là, je voyais les tracts de LFI qui disent « je vote il dégage.fr ». Honnêtement, qu’on me dise que ça donne envie de faire ensemble, je ne suis pas d’accord. Quant au RN, bien sûr, des discours de haine, je ne peux pas être dans ces discours-là. À partir de là, je dis à tous les gens qui nous rejoignent qu’ils sont libres d’être étiquetés où ils veulent, en dehors du RN et de LFI, et que par contre, moi, je ne suis pas étiquetée et je ne prendrai pas une étiquette, même si ça semble, aujourd’hui c’est ce que je découvre, plus facile de mener une campagne comme ça. Il y a dans — et je veux le dire — l’avantage d’avoir autant de listes, c’est aussi un avantage pour des outsiders, et j’ose nous qualifier comme ça, comme nous, parce que ça laisse vraiment l’électeur face à ses choix, à ses responsabilités, et il faut se questionner sur « qu’est-ce que le vote utile ». Moi, je pense que si on veut vraiment changer la démocratie et la politique en local, le vote utile, c’est en effet peut-être pas la prime au sortant. Voilà.
Jean-Luc Wertenschlag : Mais Michèle Lutz, à rejoindre, non, ça me semblerait assez incohérent entre les deux tours. Je pense qu’on peut être d’accord.
Cécile Sornin : Oui, ce n’est pas du tout mon combat. Ça n’a rien à voir avec les qualités, ses défauts, etc. Moi, je ne veux pas répondre à ces questions de façon précise, parce que je sais bien aussi qu’une majorité d’électeurs se décideront le 14 au soir, et parfois on voit des électeurs se décider en rentrant dans le bureau de vote. Donc pourquoi aujourd’hui, tant de jours à l’avance, des envies de pronostics ? Je sais que c’est votre côté polémiste, mais je ne veux pas rentrer là-dedans.
Jean-Luc Wertenschlag : Tant que les électeurs ne se décident pas après les élections ! Mais sinon, peut-être juste pour conclure, est-ce que les listes… il y a Loïc Minéry, « Mulhouse en commun », Anouar Sassi « Nous sommes Mulhouse », Frédéric Marquet (c’est le nom de sa liste sans doute, parce que je n’en ai pas trouvé d’autres), et Lara Million… les accords ne sont pas impossibles avec ces différents candidats ?
Cécile Sornin : Honnêtement, je trouve qu’il est trop tôt pour répondre. Tout est envisageable, on était même prêt à faire des choses avant. Donc je ne suis pas arc-boutée, moi ce qui m’intéresse c’est de pouvoir porter une voix différente et que les habitants aient le sentiment que c’est une liste qui va les écouter et les servir. Voilà, c’est ça ma boussole.
Jean-Luc Wertenschlag : Voilà, dernier message peut-être aux électeurs, aux électrices et puis surtout à ceux qui ne votent pas, parce que c’est quand même parfois la majorité. On rappelle quand même que Michèle Lutz a été élue avec moins de 4% de la population, en comptant ceux qui n’ont pas le droit de voter, parce qu’ils sont tout petits. Mais ça fait quand même de l’ordre de 4 000 voix sur une ville de plus de 100 000 habitants. Qu’est-ce qu’on leur dit à ces Mulhousiens, ces Mulhousiennes pour qu’ils viennent voter Cécile Sornin ?
Cécile Sornin : Je crois qu’on leur dit en confiance que je les comprends. Ce que donne à voir la politique au niveau national et parfois même au niveau local n’est pas encourageant. Mais que les cases existent et qu’il faut bien savoir que le droit de vote c’est un droit, c’est une chance et que selon la personne qui rentre dans la case, en fait on n’aura pas la même politique et donc on n’aura pas le même avenir. Donc au moment de mettre un bulletin, on ne le met pas parce qu’au niveau national on trouve que tel parti ou tel parti a du sens ; on regarde les acteurs en présence, on regarde leur expérience, leurs compétences, leur équipe, leur programme et on décide. Et que peut-être, aujourd’hui avec 10, 12, 10 [listes], je ne sais pas, on peut dire « c’est trop », mais on peut se dire « c’est une chance incroyable pour faire autrement ».









