Laurent Schneider, président de l’association « Vivent les tours Plein Ciel », nous en informe : les copropriétaires de ces tours situées dans le quartier des Coteaux de Mulhouse ont résolu d’engager une nouvelle action judiciaire.
Objectif : obtenir sous l’égide d’un juge une conciliation judiciaire pour négocier une issue amiable et sauver les immeubles de la destruction. Cette contre-attaque survient après un arrêt de la Cour d’appel de Colmar du 13 février 2026, qui a laissé les premiers concernés en état de stupeur, puisqu’il confirme l’état de carence des syndicats de copropriété des tours 1 et 2 (7 et 9 rue Pierre Loti), incapables d’assurer la sécurité et l’entretien faute de moyens.
Un administrateur provisoire (AJ Associés), est nommé pour gérer les urgences et préparer la fin de la copropriété, malgré l’appel de plus de 140 familles qui y vivent ou y ont investi leur vie. Derrière ces mots froids du droit, ce sont des destins brisés qui se dessinent.
Deux tours et un cauchemar sécuritaire
Ces tours de 66 mètres, construites en 1967-1968 pour 141 appartements chacune, constituaient des rêves d’ascension sociale pour des familles ouvrières. Mais elles n’ont jamais été mises aux normes des grands immeubles (IGH), car la loi est survenue après les permis de construire.
Depuis 2017, les experts sécurité sonnent l’alarme : un risque d’incendie majeur est possible. Un plan de mise en sécurité est chiffré à 44 millions d’euros, plus 29 mesures supplémentaires à 42 millions, une somme astronomique pour des copropriétaires souvent modestes.
La ville impose ces travaux par arrêté en 2022, mais le tribunal administratif de Strasbourg, le 7 janvier 2025, en annule presque toutes les dispositions, à l’exception de trois (désenfumage, détecteurs d’incendie), ramenant le coût à 1,6 million d’euros, enfin abordable. Pourtant, les juges de Colmar ignorent ce rebondissement et confirment la faillite de la copropriété.
La justice frappe fort, et l’ANRU tempère
M2A (Mulhouse Alsace Agglomération) a traîné les copropriétaires en justice en 2024, prouvant par voie d’expertise que 42 millions d’euros de travaux rendent la copropriété impossible à sauver financièrement. Les familles ripostent : sans les arrêtés municipaux annulés, il n’y a plus d’obligation de travaux massifs. La somme de 1,6 million suffit pour sécuriser l’essentiel.
Il n’y a pas de danger imminent selon le tribunal administratif, donc pas de raison de tout détruire. Mais pour la cour d’appel le danger incendie est réel (appréciation fondée sur des avis experts, un budget en berne, des impayés), les finances accusent un passif puisque les propriétaires, se voyant sans perspective, délaissent l’entretien. L’état de carence est acté. Résultat : un administrateur va prendre les rênes, prêt à liquider dettes et immeubles.
Le 21 février 2026, l’ANRU (agence nationale pour la rénovation urbaine) répond à Laurent Schneider. Anne-Claire Mialot, sa directrice générale, dit comprendre les copropriétaires, et invite à se retourner vers la préfecture. L’ANRU dit surveiller l’impact sur le grand plan de renouvellement urbain (NPNRU), mais sans s’engager clairement. Les familles se sentent livrés à la machine administrative.
Le cri de révolte de Laurent Schneider
Laurent Schneider, président de l’association « Vivent les tours Plein ciel » est effondré : « Les juges de Colmar font comme si le tribunal administratif n’avait jamais existé, c’est incroyable et impardonnable ! Détruire 300 appartements familiaux (4-5 pièces), alors qu’il n’y a plus un logement disponible à Mulhouse ? Faut-il reloger dans des HLM sinistrés ? Une école va se vider de ses enfants, des vies vont se briser pour un dédommagement ridicule. Les 3 mesures validées par le Tribunal administratif (1,6 million) contre 56 millions par tour pour tout démolir ? Un gâchis insensé. Et 17 millions pour la démolition, un désastre écologique ! »
Laurent Schneider dénonce un acharnement : « Pourquoi nous, et pas les autres tours ? » et promet une nouvelle bataille judiciaire pour une conciliation amiable. La détermination reste totale : « Sauver nos tours, c’est sauver nos vies. »
Inégalités entre des tours mulhousiennes
Une étude comparative, réalisée par les copropriétaires eux-mêmes à partir des procès-verbaux officiels de visites de la commission de sécurité, met en lumière un traitement inéquitable entre les tours Plein Ciel (62 m, 22 étages) et d’autres immeubles similaires de Mulhouse comme la tour Wilson (63 m, 20 étages, construite à la même époque) ou la tour de l’Europe (112 m, 28 étages).
Pour la tour Wilson, la commission a accordé 12 dérogations (dont sur le désenfumage des couloirs, l’absence de poste central de sécurité incendie ou encore l’amiante dans les revêtements au sol), aboutissant à un avis global favorable malgré son classement IGH postérieur ; aucune de ces dérogations n’a été envisagée pour Plein Ciel.
La tour de l’Europe, plus haute encore, bénéficie aussi d’un traitement plus souple : avis favorable après contrôle IGH, sans schéma directeur imposé ni prescriptions massives, malgré des problèmes de gestion financière et la propriété récente de la ville sur les derniers étages.
Sur la stabilité au feu des dalles, les escaliers d’évacuation ou les risques d’incendie, les failles structurelles sont quasi identiques, mais les règles semblent appliquées à géométrie variable : pourquoi condamner Plein Ciel sans pitié alors que les autres s’en sortent avec des aménagements légers ? Ces deux poids, deux mesures matérialisent l’injustice et renforcent le sentiment d’acharnement ciblé.
Quel avenir pour ces familles prises au piège ?
L’administrateur provisoire souhaite sécuriser d’urgence et liquider, alors que la ville de Mulhouse et M2A ont déjà signé avec la société chargée des rachats « CDC Habitat » : 63 à 110 logements seraient déjà rachetés.
Pour les collectivités mulhousiennes, il s’agit de tout raser, reloger, démolir et revendre le terrain. Les copropriétaires, eux, veulent négocier : des travaux soutenables financièrement, et la préservation garantie du bâti.
Ce drame immobilier du quartier des Coteaux n’est pas qu’une histoire de briques : c’est l’angoisse de familles modestes, souvent immigrées, dépossédées de leur toit pour un danger relatif et des décisions brutales. Des voix sont ignorées. L’urgence semble au rétablissement du dialogue, et non à l’action des pelleteuses.
















