Patricia LEGOUGE, Annouar SASSI et Sirine BEN HADJ du groupe d’opposition « Nous sommes Mulhouse«
Au conseil municipal de Mulhouse, jeudi 26 juin, la majorité a voulu instiller un refrain d’action et de méthode, entre éclairage public prolongé, gratuité des transports le samedi, fan zone et village d’été.
Mais derrière le tableau d’une ville « qui vibre », l’opposition a rappelé que les premiers mois d’un mandat servent surtout à révéler des priorités, et, au passage, quelques angles morts.
Le maire a longuement défendu le bilan des « 100 premiers jours » : outre l’éclairage et la gratuité des transports publics le samedi (incluant les parking relais), il est question de rouvrir l’axe Briand/Franklin, la montée en puissance de la démocratie participative (après éradication de l’Agence de participation citoyenne), la propreté renforcée et une programmation estivale tous azimuts.
Il a aussi insisté sur le renouveau du dialogue avec l’agglomération, et la volonté de faire de Mulhouse une ville plus attractive, plus sûre et plus vivante.
Quant à sa première-adjointe, ou vice-mairesse comme on le pense dans l’opposition,
Centres sociaux à l’agonie
Mais l’enthousiasme municipal a vite été rattrapé par un sujet plus rugueux : l’état du modèle socio-culturel mulhousien. Unique en son genre par son nombre, ses missions, son caractère associatif. Le maire a reconnu la situation très dégradée de plusieurs structures, dont le Pax de Bourtzwiller, le Bel-Air, le centre Papin, ou Wagner, appelant à une « refondation » du modèle plutôt qu’à de simples rustines.
Lara Million évoquant la « politisation des centres sociaux« , comme l’un des facteurs explicatifs de l’état de délitement des quatre centres sociaux en difficulté, avant de se récrier.
Quelques échanges de notion avec l’opposition, lui inspire finalement que le terme de politisation, « au sens citoyen« , lui convient toutefois.
Lara Million déploie un style politique très frontal, concret et « cash », qui vise à incarner l’autorité, la responsabilité de l’exécutif face aux réalités budgétaires, et une volonté farouche de ne pas se laisser enfermer dans des débats qu’elle juge purement théoriques? Car, pour elle, seule l’efficacité prévaut. Et elle le ressasse de manière opiniâtre, quelquefois maternante et condescendante
Ainsi, certains opposants (comme A. Sassi ou J. Siméoni) se voient relégués à leur incompétence intrinsèque, vu qu’il n’ont « jamais été en responsabilité dans une collectivité » et que gérer un budget contraint nécessite de faire des choix difficiles, car « on n’est pas dans un pays de bisounours ».
Cela n’empêchant pas l’opposition d’enfoncer le clou en dénonçant des choix budgétaires jugés révélateurs, notamment la baisse de subvention au club de football (le FCM), mise en regard de la hausse des indemnités des élus, un sujet qui a le don d’excéder Frédéric Marquet.
Canicule, version mulhousienne
Autre séquence marquante : la canicule, omniprésente dans les échanges. L’opposition de gauche, notamment Léonie Hébert (groupe Mulhouse en commun) a accusé la majorité de parler davantage d’une ville qui « vibre » que d’une ville qui protège, en rappelant que la chaleur ne frappe pas tout le monde de la même manière.
Elle a demandé des réponses concrètes sur les lieux rafraîchis, l’accueil des personnes âgées, les écoles et les logements les plus vulnérables.
La réponse de la majorité a été à l’avenant : pas de grand soir climatique, mais du bricolage assumé et du pragmatisme revendiqué. Les écoles ont reçu des ventilateurs (un lot de 300 précommandés avant la canicule ), les horaires des agents ont été adaptés, les ouvertures du matin privilégiées, et l’idée d’une transformation plus lourde du patrimoine scolaire a été renvoyée à des chantiers de moyen terme.
Le tout sous le signe d’une prudence un peu commode : la canicule dépasserait la ville, donc la ville ne pourrait qu’accompagner.
Sécurité et mineurs
Sur la sécurité, la séance a aussi donné lieu à des passes d’armes après les débordements observés lors de la victoire du PSG en Ligue des champions. L’opposition du RN a interrogé le rôle exact de la police municipale, mobilisée aux côtés de la police nationale, et demandé quels enseignements avaient été tirés pour les rassemblements futurs.
Le maire a défendu la réponse municipale et salué l’action des services, tout en estimant qu’il ne fallait pas confondre maintien de l’ordre et sécurisation des événements. Dans le même registre, le dossier des mineurs non accompagnés (MNA) a mis au jour une autre ligne de fracture : la majorité assume l’accueil de 48 jeunes au centre-ville, au nom de l’urgence et de la dignité, tandis que l’opposition dénonce une répartition territoriale qu’elle juge inéquitable au niveau départemental.
Culture et investissements
Le conseil a aussi validé plusieurs délibérations culturelles, sans surprise mais non sans auto-satisfaction. La Kunsthalle a vu son financement d’État reconduit à 101 500 euros pour 2026, tandis que la salle de concert Noumatrouff a obtenu une hausse de la participation municipale à 260 000 euros, dans une convention qui a servi de tribune à un plaidoyer appuyé pour la réhabilitation du lieu. Et près de 190 000 euros iront à la Haute école des arts (HEAR) de Mulhouse, en dépit de l’opposition du RN, lequel s’appuie sur le précédent artistique, à savoir un exercice de piñata sous la forme d’un véhicule de police en carton, qui avait fait hurler l’ancienne maire Michèle Lutz, et grâce à elle, toute l’extrême-droite française.
Mulhouse ne veut donc pas seulement gérer ses équipements, elle veut les faire rayonner. Le problème, c’est que dans cette saison politique, le verbe « vibrer » revient plus vite que le verbe « arbitrer ». Et les arbitrages, eux, sont déjà bien là : plus de lumière, plus d’événements, mais aussi des budgets sous tension (12% d’endettement, soit le seuil limite), des centres sociaux fragilisés et une canicule qui rappelle que la cité festive n’obère pas la cité vulnérable.
Le fardeau Catherine Chopin, d’abord défendue, puis rétrogradée
Signe de l’errance fonctionnelle d’une majorité municipale issue de la fusion de deux listes concurrentes, le ridicule succède à l’embarrassant dans l’affaire des (re)publications extrême-droitières commises par l’adjointe Catherine Chopin sur son compte Facebook, et aujourd’hui retirées.
Rappelés dans le détail par Jonas Cardoso (Mulhouse en commun) qui faisait ainsi son entrée remarquée au conseil municipal, elles ont provoqué une réaction en chaine difficilement contrôlée.
Jonas Cardoso égrène tout d’abord les contenus problématiques :
- Des contenus de Jean Messiha, influenceur d’extrême droite et créateur de la cagnotte pour l’assassin de Naël.
- Des publications remettant en cause la parole des victimes de violences sexistes et sexuelles (notamment dans l’affaire Patrick Bruel).
- Une publication provenant d’un compte se revendiquant ouvertement « islamophobe, complotiste, facho et climatosceptique ».
- Un soutien à l’action du maire de Chalon-sur-Saône concernant la suppression des repas sans porc dans les cantines.
- Une vidéo d’un média (Frontières) épinglé pour racisme, mettant en avant une militante du collectif Némésis, connu pour ses actions xénophobes et islamophobes.
Considérant ces éléments non pas comme une simple maladresse mais comme un « faisceau d’indices », Jonas Cardoso a formellement demandé au maire s’il allait retirer ses délégations à Madame Chopin, estimant ces positionnements incompatibles avec l’éthique, l’exemplarité attendue d’une élue et les engagements pris envers les Mulhousiens.
Suite à la réponse du maire (qui a défendu son adjointe en plaidant une erreur de discernement et a refusé de lui retirer ses délégations), Jonas Cardoso a utilisé son droit de réplique pour clarifier sa position. Il a souligné qu’il ne sondait pas les cœurs et ne l’accusait pas personnellement d’être raciste ou islamophobe, mais qu’il s’indignait factuellement de la visibilité donnée à ces textes et idéologies.
En tant que militant antiraciste, il a insisté sur le fait que la diffusion de tels contenus constituait une menace pour l’identité et la sécurité de certaines personnes (notamment les musulmans et les juifs) et a regretté que les excuses de l’adjointe n’aient pas été faites de manière publique et accessible aux citoyens choqués.
Catherine Chopin intervint alors en lisant son texte, où elle s’excuse. Elle a assume « sa part » (quelqu’un gère-t-il sa page Facebook à sa place ?) de responsabilité en admettant avoir commis une « erreur de vigilance » dans l’utilisation de ses réseaux sociaux personnels. Expliquant avoir réagi trop rapidement à certains contenus sans prendre le temps d’en vérifier l’origine, les auteurs ou les implications.
Pour autant, elle s’est dite profondément déçue et triste de voir cette erreur exploitée pour dresser d’elle un portrait caricatural et lui prêter des convictions qui ne sont « absolument pas les siennes », alors que Jonas Cardoso venait précisément de distinguer la personne des éléments relayés. Mais il lui était manifestement impossible d’actualiser le déroulé de son texte.
Elle affirme n’avoir jamais porté ces idées, précisant qu’elles ne correspondent ni à son histoire, ni à son parcours, ni à ses convictions. Elle a souligné que son action publique a toujours été guidée par le respect, la solidarité et l’attention aux autres, avec la volonté de « rassembler mais surtout pas [d’]opposer ». Elle a regretté ce qu’elle estime être un « procès d’intention » au détriment de la nuance et de la réalité de sa personne.
Affirmant avoir retenu la leçon, elle a conclu en annonçant qu’elle continuerait à exercer ses responsabilités avec « encore plus de vigilance, d’exigence et d’humilité », dans le but de servir tous les Mulhousiens.
Ce sur quoi Frédéric Marquet a relancé la machine à baffe en cherchant à décrédibiliser son objecteur, et à renverser le sens de l’incrimination : Jonas Cardoso devenant celui qui cherche à exploiter « systématiquement » les erreurs de la majorité pour en tirer profit.
Annouar Sassi et Patricia Legouge souhaitent alors réagir aux propos du maire, et protestent de ce que la parole leur est refusée, puisqu’il s’agit d’une question orale posée par Jonas Cardoso. Devant l’inflexibilité de Frédéric Marquet, qui s’appuie sur le règlement intérieur, les trois élus du groupe « Nous sommes Mulhouse » (incluant Sirine Ben Hadj) se mettent alors à applaudir Jonas Cardoso, avant que le maire ne lève la séance.
Épilogue : on apprenait hier, que Catherine Chopin sera bien démise de ses fonctions d’adjointe, mais restera conseillère municipale déléguée de la majorité, toujours chargée des grands rendez-vous événementiels…











