C’est en solitaire que le coureur, Frédérique Marquet, leader de l’équipe « Pour vous, pour Mulhouse », a décidé d’entamer son mandat de maire.

À ce rythme, il va falloir du souffle pour arriver au terme de l’étape 2026-2032, et il y a fort à parier qu’à la longue, notre champion manque de relais au sein d’une ville où la pratique du vélo est sérieusement mise à mal par ses élus.

Le 7 septembre, l’avenue Aristide-Briand sera en partie rendue à la circulation automobile. Les voitures partageront une partie de la chaussée avec les bus, les secours et les cyclistes en sens unique de la rue de Pfastatt vers l’avenue de Colmar. De l’autre côté de la voirie, pourront sortir du centre-ville, par l’avenue, les cyclistes et les secours.

Ce réaménagement de la voirie, quelques mois après les élections municipales, détonne. Les mobilités douces sont promues à l’échelle nationale et, à l’échelle du fossé rhénan, la pratique du vélo est une spécificité régionale. Les villes de Strasbourg, Freiburg ou Offenburg sont plébiscitées pour leurs aménagements cyclables.

Au-delà de ces constats, c’est la gestion politique d’un tel revirement qui agace tant. La réaffectation de l’avenue s’est déroulée sans enquête publique, sans concertation avec les riverains ou les associations de cyclistes et sans le moindre débat lors du conseil municipal.

Dès lors, qu’est-ce qui justifie qu’une équipe municipale fraîchement élue puisse intervenir sur un projet d’envergure en faisant fi de toute considération démocratique ?

En France, le Code général des collectivités territoriales (CGCT) régit les pouvoirs du conseil municipal, du maire et de ses adjoints. Si le conseil municipal détient une petite série de compétences qu’il ne peut déléguer à l’édile, ce dernier dispose de pouvoirs étendus.

Ces compétences peuvent être exercées avec une liberté qui, dans le cas de notre affaire, relègue le conseil municipal de Mulhouse au rôle de spectateur de bord de route…

Les pouvoirs étendus du maire sont réunis sous l’appellation « pouvoir de police » et permettent à l’élu d’assurer, au sein de la commune, la sûreté, la sécurité, la salubrité et la tranquillité… C’est à ce titre que le maire dispose des pleins pouvoirs pour réglementer, dans une municipalité, les modes de circulation.

Dès lors, l’argumentaire déployé par la municipalité pour justifier le réaménagement de l’avenue interroge. Celui-ci rapporte la nécessité de fluidifier les déplacements, de faciliter la vie des habitants et de mieux desservir les commerces et le marché, mais il ne mentionne jamais le moindre problème de sécurité.

De plus, selon le dossier technique de l’association des Cyclistes Associés pour le Droit de Rouler en Sécurité (CADR), c’est le réaménagement tel qu’il est prévu, sur une portion trop étroite de la voirie, qui pourrait mettre en péril l’intégrité physique des cyclistes.

Plus qu’une simple question d’urbanisme, l’affaire de l’avenue Aristide-Briand révèle ainsi un décalage plus profond entre les motifs de l’attribution d’un pouvoir confié aux élus et l’usage réel qu’ils choisissent d’en faire.

Si Frédérique Marquet s’entête dans cette échappée, quitte à laisser la démocratie locale pédaler dans le vent, c’est sans aucun doute la ville de Mulhouse qui sera la grande perdante.