On vote­ra encore à la fin de l’année. Pour les « régio­nales », cette fois-ci. Les élec­tions dépar­te­men­tales et leur fias­co envi­sa­gé pas encore pas­sées, c’est déjà la pro­chaine échéance élec­to­rale qui semble pré­oc­cu­per cer­taines figures poli­tiques de la Région. Un (in)certain maire de Mul­house se voit déjà ministre en 2017… A rire ou à pleu­rer, à vous de voir…

Mille mani­fes­tants à Stras­bourg contre la réforme des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales le 17 décembre, une chan­son débile se vou­lant un « hymne » à l’Alsace : avec de tels appuis, notre Région est mal par­tie pour faire valoir ses exi­gences dans la future grande collectivité.

Où sont pas­sés les mil­liers de mani­fes­tants d’octobre ?

Rap­pe­lez-vous, le 11 octobre der­nier, d’importantes mani­fes­ta­tions réunis­saient des mil­liers (7.000 selon la police, 20.000 selon les orga­ni­sa­teurs) de par­ti­ci­pants contre le pro­jet gou­ver­ne­men­tal de grande région Est. Ajou­tons que de nom­breux autres mil­liers d’opposants n’ont pas vou­lu se joindre à des mani­fes­ta­tions dont cer­tains slo­gans étaient inac­cep­tables. On peut donc dire qu’une majo­ri­té d’Alsaciens étaient et sont tou­jours oppo­sés à cette réforme.

Same­di der­nier ils n’étaient plus qu’un petit mil­lier à Stras­bourg. Dis­pa­rus le pré­sident Richert, les élus indi­gnés… M. Rott­ner, ins­ti­ga­teur d’une péti­tion contre la réforme, consi­dère même que la bataille est finie, la loi est votée, il faut donc s’y confor­mer et pas­ser à autre chose.

Alors, tous les oppo­sants se seraient donc cou­chés et, fata­liste, attendent tran­quille­ment la suite des événements ?

UNE MAJORITE QUI NE SE RETROUVE PAS DANS LES DISCOURS

Il faut bien que les ins­ti­ga­teurs de la mobi­li­sa­tion de same­di der­nier, Unser Land en tête, se rendent compte que c’est leur approche du pro­blème qui est la prin­ci­pale source de la désaf­fec­tion. Cette pro­pen­sion à pré­sen­ter les « autres » comme les enne­mis, à pro­mou­voir une poli­tique de repli sur ses terres, à igno­rer la dimen­sion sociale de la crise qui frappe notre région, se retourne contre eux. Dans l’incapacité de cla­ri­fier leur ligne entre « auto­no­mie » et « indé­pen­dance », ils créent tout sim­ple­ment la confu­sion dans les esprits. Quant au prin­ci­pal défaut de cette réor­ga­ni­sa­tion des col­lec­ti­vi­tés, celle de la res­tric­tion de la démo­cra­tie citoyenne, elle n’est même pas évo­quée dans leur manifeste.

On ne peut que sou­te­nir l’idée d’un réfé­ren­dum : c’est ce qu’une majo­ri­té d’organisations poli­tiques, syn­di­cales, asso­cia­tives alsa­ciennes demandent. Mais le faire pour « expé­ri­men­ter une nou­velle orga­ni­sa­tion ter­ri­to­riale propre à l’Alsace », (péti­tion de la « Fédé­ra­tion démo­cra­tique alsa­cienne ») ne veut stric­te­ment rien dire : les Alsa­ciens ont déjà don­né un avis sur le sujet quand ils ont reje­té le Conseil unique.

Et voi­là que les socia­liste Antoine Homé et Phi­lippe Blies rejoignent les posi­tions nou­velles d’Unser Land et consorts, pour la créa­tion… d’un « dépar­te­ment unique » en Alsace en « fusion­nant les deux petits dépar­te­ments actuels »…

UNE CHANSON DEBILE ET HUMILIANTE

Pour cou­ron­ner le tout, la mini-mani­fes­ta­tion de Stras­bourg se lan­çait dans la pro­mo­tion cultu­relle en dif­fu­sant sur les réseaux sociaux, un soi-disant hymne à l’Alsace. Que des artistes puissent se prê­ter à une telle daube peut lais­ser pan­tois. Juger vous-même des paroles :

« J’étais une province
entre Vosges et Forêt Noire
Mai­sons à colombages
et gens sans histoires
Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui
une fois ce beau rêve détruit »(…)

«J’é­tais une région de vie et de raisin,

de grands crus, de houblon,

de chou­croute et de vin.

Mais qu’en reste-t-il à présent,

dis­sé­mi­née aux quatre vents?»

Je vous épargne la suite. C’est à croire que ce sont les par­ti­sans de la réforme gou­ver­ne­men­tale qui ont sus­ci­té ces paroles, tant elles des­servent l’Alsace et les Alsa­ciens. Affir­mer que cette réforme son­ne­ra le glas de la chou­croute et des mai­sons à colom­bage, est d’une stu­pi­di­té sans nom. Mais peut être est-ce du second degré et que mon sens de l’humour ne l’a pas détecté ?

LUTTER POUR NOS ACQUIS

Le plus regret­table dans la situa­tion actuelle, c’est que l’Alsace a per­du une large par­tie de son rap­port de force pour négo­cier dans le cadre de l’instauration de la nou­velle Région. Nous l’avons déjà sou­vent évo­qué dans les colonnes de L’Alterpresse68 : les acquis à défendre pour les Alsa­ciens sont très impor­tants et majeurs dans la situa­tion actuelle. Défendre le droit local, entre autres celui de la sécu­ri­té sociale, est fon­da­men­tal alors que le sys­tème de san­té en France, ins­pi­ré du modèle rhé­nan que l’Alsace avait déjà obte­nu sous Bis­marck, est en train d’être remis en cause. Com­ment le défendre ? Avec des élus qui votent comme un seul homme-femme, toutes les réformes met­tant en cause la pro­tec­tion sociale soli­daire et prêts à l’offrir aux assu­rances privées ?

Défendre les par­ti­cu­la­ri­tés cultu­relles alsa­ciennes et exi­ger des moyens pour le déve­lop­pe­ment des par­lers alsa­ciens, est un objec­tif qui néces­si­te­ra des moyens finan­ciers et humains sup­plé­men­taires, des sou­tiens à la créa­tion cultu­relle et artis­tique, à l’édition lit­té­raire et musi­cale… Rame­ner la culture et l’histoire alsa­cienne qu’aux mai­sons de colom­bage et à la chou­croute, c’est ali­men­ter le rai­son­ne­ment dif­fu­sé en France depuis des décen­nies en pré­sen­tant le « folk­lore » comme la seule iden­ti­té cultu­relle alsacienne.

Créer et impo­ser de nou­velles formes démo­cra­tiques pour mettre les citoyens au centre des déci­sions poli­tiques, éco­no­miques, sociales, envi­ron­ne­men­tales, cultu­relles…, est un défi dans cette réor­ga­ni­sa­tion des col­lec­ti­vi­tés locales qui va ins­tau­rer une nou­velle cen­tra­li­sa­tion des pouvoirs.

DEFENDRE CELA AVEC TOUS LES AUTHENTIQUES DEMOCRATES ALSACIENS… ET LES AUTRES !

Si ces trois enjeux impactent pro­fon­dé­ment notre région, nous ne sommes pour­tant pas les seuls à les prendre en compte. Et il ne suf­fit pas de se décré­ter « Alsa­cien » pour défendre ces valeurs. Ce n’est pas d’un atta­che­ment à un espace dont nous par­lons, mais bien à des prin­cipes et des valeurs. Or, ces prin­cipes et valeurs ne sont pas par­ta­gés par tous les Alsa­ciens. Et sur­tout pas par ceux qui dirigent notre région actuellement.

Mais nous retrou­vons, en région Lor­raine et Cham­pagne-Ardenne, des femmes et des hommes prêts à s’engager sur les valeurs et prin­cipes que nous énon­çons ici. C’est en leur ten­dant la main et en créant un front com­mun avec tous ces démo­crates que nous pour­rions espé­rer main­te­nir et déve­lop­per les vrais par­ti­cu­la­rismes alsa­ciens qui sont fon­da­teurs de notre iden­ti­té alsacienne.

Les Lor­rains, les Cham­pe­nois, les Arden­nais, eux aus­si, sont atta­chés à leur culture et leurs tra­di­tions locales qui ne sont ni moins, ni plus nobles que les nôtres. Alors ces­sons les dis­cours qui rejettent les autres et créons un vrai front pour le déve­lop­pe­ment d’une réelle démo­cra­tie locale.

Michel Mul­ler

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