Après le gant de velours, apparaît la main de fer  : la personne chargée de la restructuration de la presse du Crédit Mutuel, (groupe Ebra*), M. Philippe Carli, vient de tenir des réunions dites « informelles » pour annoncer aux syndicats de L’Alsace et des Dernières Nouvelles d’Alsace que le Crédit Mutuel veut fermer l’imprimerie du quotidien mulhousien et confier l’impression du journal aux DNA à Strasbourg.

Ce trans­fert « rap­por­te­rait » 6 mil­lions d’euros sur l’année… Une goutte d’eau à l’échelle des défi­cits qui devraient, selon la direc­tion, mon­ter à 75 mil­lions, voire 100, dans les pro­chaines années. Que cette situa­tion ne puisse durer est com­pré­hen­sible, les syn­di­cats eux-mêmes en conviennent. Mais fer­mer l’imprimerie mul­hou­sienne aurait deux consé­quences extrê­me­ment néfastes et sources de futures difficultés :

  • L’éloignement du lieu de l’impression de plus de 100 kilo­mètres, obli­ge­ra les jour­na­listes de L’Alsace à bou­cler le jour­nal très tôt, beau­coup trop tôt pour col­ler à l’actualité. On parle de bou­clage à 22 h 30 (au mieux !) alors que de nom­breuses acti­vi­tés éco­no­miques, sociales, poli­tiques, cultu­relles, spor­tives se déroulent en soi­rée et ne pour­ront être cou­vertes. Cela est fla­grant pour le sport : ain­si, dans de telles condi­tions, L’Alsace n’aurait jamais pu rendre compte dès le len­de­main matin, du match de vol­ley qui a cou­ron­né l’ASPTT cham­pionne de France fémi­nine! On s’i­ma­gine la tête des lec­teurs concer­nés! Mais cela ne semble pas inquié­ter la direc­tion de L’Alsace tota­le­ment sou­mise à son actionnaire.
  • La presse alsa­cienne a une par­ti­cu­la­ri­té en France que tous les jour­naux lui envient : plus de 80% de son lec­to­rat sont des abon­nés. Qui payent leur abon­ne­ment en avance et four­nissent aux entre­prises une tré­so­re­rie confor­table. Mais cela a un prix : celui de four­nir le jour­nal aux abon­nés le plus tôt pos­sible, le matin, et sur­tout avant que les gens partent au tra­vail. Dans cer­tains lieux, comme dans la région fron­ta­lière, le jour­nal est sou­vent livré dès 5 h le matin… Avec le dépla­ce­ment de l’impression sur Stras­bourg, le temps de livrai­son du jour­nal s’allonge de près de deux heures, avec des risques de retards fré­quents, et aura un coût que la direc­tion refuse de com­mu­ni­quer. Quand les délé­gués de L’Alsace ont fait part de ce risque au restruc­tu­ra­teur, celui-ci a rétor­qué que la perte de 2.000 abon­nés est un risque qu’il était prêt à assumer…

Mais le plus grave dans ce choix concerne l’avenir de L’Alsace. Pour com­bler les défi­cits, la vraie réponse serait de déve­lop­per le jour­nal, d’enrichir l’offre édi­to­riale, d’aller au plus près des lec­teurs en inves­tis­sant dans l’information locale… Or, l’unification des conte­nus avec les Der­nière Nou­velles d’Alsace, les agences com­munes comme cela vient de se faire à Gueb­willer ne fai­sant ain­si plus de dis­tinc­tion entre le jour­nal de Stras­bourg et celui de Mul­house, font appa­raître le vrai choix de M. Thé­ry, Pré­sident du CIC-Cré­dit Mutuel : ne faire qu’un seul jour­nal en Alsace en concen­trant l’information, en liqui­dant le peu de plu­ra­lisme qui exis­tait encore avec les deux quotidiens.

Car une impri­me­rie peut aus­si être un centre de res­sources. Si l’outil indus­triel de L’Alsace devait dis­pa­raître, nous n’aurions plus aucune rota­tive dans le Haut-Rhin et empê­che­rait défi­ni­ti­ve­ment la créa­tion d’autres jour­naux locaux qui pour­raient voir le jour dans l’avenir, comme cela se fait dans d’autres régions françaises.

Les syn­di­cats ont une autre pro­po­si­tion : pour­quoi le Cré­dit Mutuel n’utiliserait-il pas ses machines pour opti­mi­ser l’impression des titres de son groupe en mutua­li­sant l’impression. Ain­si, Mul­house serait bien en mesure d’imprimer des exem­plaires de l’Est Répu­bli­cain (fai­sant par­tie du même groupe) qui sont dif­fu­sés à Bel­fort et dans le Pays de Mont­bé­liard et qui doivent actuel­le­ment être ache­mi­nés de Nancy.

Bref, l’argument d’économies à faire pour résor­ber un défi­cit ne tient pas. Il serait d’ailleurs inté­res­sant de voir com­ment le Cré­dit Mutuel compte assai­nir les pertes du groupe dans la région Rhône-Alpes qui semblent supé­rieures à celles dans l’Est.

banderole mulhouse

La fer­me­ture éven­tuelle (contre laquelle les syn­di­cats s’élèvent, voir un com­mu­ni­qué ci-après) du centre d’impression de L’Alsace à Mul­house cache en réa­li­té une volon­té du Cré­dit Mutuel de faire dis­pa­raître à terme un des 66 quo­ti­diens que la France connaît encore… contre près de 400 en Allemagne.

MM

* Le groupe Ebra est déte­nu par la Banque Fédé­ra­tive du Cré­dit Mutuel est com­po­sé de neuf titres : L’Alsace, Le Bien Public, Le Dau­phi­né Libé­ré, les Der­nières Nou­velles d’Alsace, L’Est Répu­bli­cain, le Jour­nal de Saône et Loire, Le Pro­grès, le Répu­bli­cain Lor­rain, Vosges Matin. Ain­si que tous les suppléments.

Il couvre 23 dépar­te­ments et quatre grandes régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Bour­gogne Franche-Com­té, Grand Est et Pro­vence Alpes Côte d’Azur). Dans ce bas­sin de 14 mil­lions d’habitants, il dif­fuse chaque jour 1 mil­lion d’exemplaires tou­chant 4 mil­lions de lec­teurs dans sa ver­sion papier et 2 mil­lions dans sa ver­sion numérique.

Près de 4.000 sala­riés oeuvrent quo­ti­dien­ne­ment. Ils étaient encore 7.000 il y a cinq ans : l’hémorragie des effec­tifs n’a pas per­mis de redres­ser la situa­tion éco­no­mique, bien au contraire, elle s’est aggravée.

Le groupe Ebra dis­pose éga­le­ment d’un réseau de dis­tri­bu­tion maillant tout le ter­ri­toire : rien qu’en Alsace, il dis­pose par le biais de deux filiales des jour­naux régio­naux, près de 3.000 por­teuses et por­teurs dont la reva­lo­ri­sa­tion du tra­vail pour­rait être source de pro­duits pour les entreprises.

http://lalterprls.cluster011.ovh.net/presse-alsacienne-developper-plutot-sacrifier/

COMMUNIQUE

filpac

 COMITÉ DE COORDINATION DES SYNDICATS FILPAC CGT

NON à la FERMETUREdu centre d’impression de Mulhouse

 

Les délé­gués FILPAC-CGT des DNA et du jour­nal L’Alsace se sont réunis à Mul­house après l’annonce de M. Car­li, char­gé pour le Cré­dit Mutuel de la res­tructuration de la presse alsa­cienne, du pro­jet de fer­me­ture du centre d’impression de L’Alsace à Mul­house. Una­ni­me­ment, ils s’opposent fer­me­ment à la des­truc­tion de leur outil de tra­vail. Ce pro­jet de l’actionnaire est un non-sens éco­no­mique, tota­lement néga­tif pour l’avenir des deux quo­ti­diens et bien sûr désas­treux socialement.

Si l’objectif du Cré­dit Mutuel allait à son terme, il ne ferait qu’aggraver la situa­tion éco­no­mique des entre­prises comme le prouve la suc­ces­sion des sup­pressions d’emplois inter­ve­nues durant cinq ans dans le groupe de presse (près de 3000 !) qui ont contri­bué à dégra­der encore plus les comptes des quotidiens…

La FILPAC-CGT se posi­tionne, au contraire, sur le ter­rain du déve­lop­pe­ment des deux jour­naux, de leur moder­ni­sa­tion rédac­tion­nelle et tech­nique, pour mieux répondre aux attentes du lec­to­rat tout en pérén­ni­sant les emplois. Cela passe, entre autre, par la pleine uti­li­sa­tion de tous les outils de pro­duc­tion pour déga­ger des res­sources nouvelles.

Les délé­gués réunis en ce 1er sep­tembre propose­ront aux sala­riés leur propre pro­jet de développe­ment qui ser­vi­ra de base de mobi­li­sa­tion de l’en­semble des per­son­nels des deux entre­prises. Ils ont mis en place des com­mis­sions de tra­vail com­munes aux deux syn­di­cats pour ana­ly­ser les consé­quences dra­ma­tiques des objec­tifs patro­naux et éla­bo­rer les contre­pro­po­si­tions concrètes que fera l’organisa­tion syndicale.

Ils envi­sagent éga­le­ment d’informer lar­ge­ment l’opinion publique sur le risque de voir dis­pa­raître un des deux der­niers quo­ti­diens régio­naux ; l’unifor­misation des conte­nus que le Cré­dit Mutuel impose depuis des mois aux deux jour­naux est déjà vécue néga­ti­ve­ment par le lec­to­rat et a des impacts néga­tifs sur la diffusion.

La FILPAC-CGT appelle à l’unité de tous les syndi­cats pour contraindre le Cré­dit Mutuel à renon­cer à son funeste pro­jet de fer­me­ture d’une impri­me­rie, pre­mière étape d’une restruc­tu­ra­tion qui condui­ra à liqui­der le plu­ra­lisme de la presse dans notre région.

Les mani­fes­ta­tions du 12 sep­tembre pro­chain, contre les ordon­nances Macron, seront une occa­sion pour infor­mer l’opinion publique des pro­jets anti­so­ciaux que le Cré­dit Mutuel veut impo­ser aux sala­riés de ses entre­prises de presse. La FILPAC-CGT appelle les sala­riés des deux quo­ti­diens à par­ti­ci­per mas­sivement aux mani­fes­ta­tions pour expri­mer leur mécon­ten­te­ment et faire la démons­tra­tion de leur volon­té d’imposer d’autres solutions.

Mul­house, le 1er sep­tembre 2017

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