Malgré un ciel peu engageant, plus de deux cents personnes (trois cents, selon la presse) se sont rassemblés devant la préfecture à Colmar samedi 9 septembre dernier. Beaucoup de têtes grises, ce qui ne nous change pas des manifestations à caractère social.
Objet du rassemblement : obtenir la suspension de l’installation des compteurs Linky, ou, pour le moins, la possibilité de choisir d’en être équipé ou pas.

Ont contri­bué à la mobi­li­sa­tion une ving­taine de col­lec­tifs oppo­sés aux comp­teurs com­mu­ni­cants qui se sont consti­tués dans le dépar­te­ment, en lien ou non avec les déci­sions des muni­ci­pa­li­tés concer­nées de faire valoir leur droit en la matière, puisqu’elles sont pro­prié­taires des comp­teurs, même si elles ont délé­gué leur com­pé­tence au syn­di­cat dépar­te­men­tal d’électricité du Haut-Rhin. Plu­sieurs maires arbo­rant leurs écharpes par­ti­ci­paient d’ailleurs au ras­sem­ble­ment. Le Pré­fet ne daigne pas pour autant rece­voir une délé­ga­tion et c’est son secré­taire géné­ral qui pren­dra note des doléances expri­mées par les manifestants.

Les griefs sont de trois natures : la pré­oc­cu­pa­tion prin­ci­pale concerne les ondes poten­tiel­le­ment nui­sibles pour la san­té, mais le cap­tage à fin de com­mu­ni­ca­tion com­mer­ciale à Big Data de don­nées per­son­nelles inquiète éga­le­ment. Enfin, les exemples de plus en plus nom­breux de pres­sions exer­cées tant sur les com­munes que sur les par­ti­cu­liers pour impo­ser l’installation du comp­teur « intel­li­gent » exas­pèrent et inquiètent, tout en posant de sérieuses ques­tions sur l’état de notre démo­cra­tie, puisque l’Etat est de fait par­tie pre­nante de l’opération.

Par­mi les mani­fes­tants, quelques agents EDF qui, tout en confir­mant les risques sani­taires et la mar­chan­di­sa­tion des don­nées col­lec­tées, contes­taient en outre la prio­ri­té don­née par l’entreprise à ces ins­tal­la­tions, alors qu’il leur appa­raît bien plus urgent de pour­voir au rem­pla­ce­ment de nom­breux trans­for­ma­teurs et de lignes enter­rées en état d’obsolescence.

compteur

Si le rayon­ne­ment des comp­teurs Lin­ky sus­cite des inquié­tudes, celui des cen­tra­li­sa­teurs col­lec­teurs et émet­teurs des don­nées recueillies et regrou­pées (autant que de trans­for­ma­teurs dans la com­mune) est bien plus impres­sion­nant : les habi­tants vivant à leur proxi­mi­té auraient du sou­ci à se faire.

A l’heure où 50% des comp­teurs en ques­tion sont déjà ins­tal­lés, com­ment pour­suivre et ampli­fier la bataille ? Ira-t-ellejusqu’à l’exigence de leur déman­tè­le­ment pos­té­rieur, comme cela a été le cas notam­ment au Canada ?

Dans l’immédiat, selon Claude Lit­sch­ky, ini­tia­teur du col­lec­tif anti-Lin­ky d’Hochstatt, il importe de fédé­rer les col­lec­tifs exis­tants, d’en sus­ci­ter la créa­tion dans les com­munes qui en sont dépour­vus, et de mettre en place une pla­te­forme d’alerte pour per­mettre le signa­le­ment des pro­blèmes consé­cu­tifs à la mise en marche des comp­teurs ain­si qu’aux méthodes uti­li­sées par les ins­tal­la­teurs sous-trai­tants pour les ins­tal­ler de force.

Le rédac­teur de ces lignes est, à cet égard, confron­té à une situa­tion inso­lite : alors qu’il a fait part de son refus du comp­teur « espion » en bonne et due forme, on lui a annon­cé le pro­chain rele­vé annuel de son comp­teur par une socié­té externe à Ene­dis (Solu­tions 30) dont l’activité consiste plu­tôt dans l’installation des Lin­ky : qu’a réel­le­ment l’intention de faire son agent à la date fixée ? L’avenir nous le dira et nous sau­rons être sur nos gardes…

DM