Illus­tra­tions de Veesse

Quand des moutons de Panurge détroussent des fauteurs de paranoïa…

Avec les pudeurs de gazelle qui les carac­té­risent, les médias de réfé­rence font des gorges chaudes du carac­tère com­plo­tiste de « Hold-Up », le désor­mais célèbre docu­men­taire auto­fi­nan­cé et auto­pro­duit rela­tif à la crise sani­taire, par ailleurs exclu de la pla­te­forme vidéo d’où l’on pou­vait le vision­ner, et lar­ge­ment pira­té depuis. 

Pré­ten­dant expo­ser les sombres pro­jets our­dis par quelques per­son­na­li­tés pro­fi­tant du coro­na­vi­rus (dont ils sont peut-être à l’origine) pour mettre à exé­cu­tion un « grand reset », le spec­ta­teur à l’es­prit car­té­sien pour­rait aisé­ment se dire que les auteurs ne s’y seraient pas pris autre­ment pour décré­di­bi­li­ser toutes les ten­ta­tives de cri­tiques objec­tives et sour­cées du mode de ges­tion épi­dé­mique par le pou­voir poli­tique fran­çais. Un com­plot dans le com­plot ? Allez savoir !

Car pas­sé la pre­mière par­tie du docu­men­taire, dans lequel est fait le constat de l’inanité stra­té­gique du gou­ver­ne­ment, sur les masques, les tests, l’interdiction de l’hydroxychloroquine sur la base d’une étude bidon­née, la peur ser­vie comme un ins­tru­ment de contrôle poli­tique, tout le reste (le com­plot, Bill Gates, la 5G au ser­vice d’une cryp­to­mon­naie…) relève d’un mael­strom para­noïde à 2 balles, ce qui devrait pro­vo­quer le sou­rire, plu­tôt que des réac­tions cour­rou­cées du même tonneau.

Ados­sé sur cette seule seconde par­tie gros­sière, le chœur des outra­gés de la pro­fes­sion en ont conçu un bouc-émis­saire des plus commodes. 

Cela leur per­met­tait, à tout le moins, l’é­co­no­mie de quelques ques­tions embar­ras­santes, dont celle de s’interroger sur le suc­cès consi­dé­rable d’un tel docu­men­taire, et leur empres­se­ment à dis­qua­li­fier mora­le­ment ce qui échappe à leur impri­ma­tur, et en la cari­ca­tu­rant au besoin. 

Ain­si, RTL, écri­ra sur son site que « Hold-Up est une sorte de mille-feuille conspi­ra­tion­niste où l’on retrouve la dénon­cia­tion du port du masque, les courbes de l’épidémie men­son­gères, l’Institut Pas­teur qui a inven­té le virus, les tests qui seraient faux ».

La radio péri­phé­rique, en perte d’auditeur (- 693 000 fidèles par rap­port à l’an­née 2019), conclu­ra presque indi­gnée, à pro­pos d’un pas­sage sur le confi­ne­ment : « Le confi­ne­ment inutile [selon les auteurs du docu­men­taire], alors que dans son concept même, on l’a vu au prin­temps le nombre de morts a baissé ».

Une phrase assez fas­ci­nante, et repré­sen­ta­tive de ce que le sec­teur média­tique avale volon­tiers sans s’in­ter­ro­ger sur un quel­conque fon­de­ment scien­ti­fique, à condi­tion que l’é­met­teur du mes­sage soit res­pec­ta­ble­ment consen­suel, car on ne sau­rait faire pire en matière de vacui­té argumentative.

C’est que le prin­cipe du confi­ne­ment est pré­ci­sé­ment un « concept » de nature poli­tique bien plus que sani­taire, puis­qu’il n’a pas besoin d’être inter­ro­gé. C’est l’é­vi­dence même, ou alors ce sera 400 000 morts ! (voir plus bas). 

Appli­qué uni­for­mé­ment à toute la Gaule, cela s’est sur­tout tra­duit par une mise en laisse, humi­liante et régres­sive des citoyens par le « concept » de pro­tec­tion sanitaire. 

Ciblant dans le docu­men­taire contro­ver­sé un objet média­tique mort-né, donc une proie facile à atteindre, c’est toute la meute des inves­ti­ga­teurs de fin de semaine qui s’est sou­dai­ne­ment mise en for­ma­tion de curée :

Europe1 : Cinq fausses infor­ma­tions véhi­cu­lées par le docu­men­taire com­plo­tiste « Hold-Up »

Libé­ra­tion : Covid-19 : dix contre-véri­tés véhi­cu­lées par «Hold-up»

LCI : Hold-Up, la honte !

TF1 : Les contre-véri­tés du docu­men­taire « Hold-Up », retour sur un chaos

L’Union : Covid-19 : le docu­men­taire «Hold-Up», deve­nu viral sur les réseaux sociaux, est truf­fé de fausses informations

La Cha­rente Libre : Les quatre prin­ci­pales fake news du docu­men­taire « Hold-Up » sur le covid

AFP Fac­tuel : « Hold-up » : une vidéo truf­fée de fausses informations

20 minutes : « Hold-Up » : On a véri­fié les affir­ma­tions de ce docu­men­taire qui entend dénon­cer la ges­tion de l’é­pi­dé­mie de Covid-19

Etc.

Aller se faire voir… chez les voisins européens !

Et tout est du même aca­bit : dési­gner les fau­teurs de para­noïa, espé­rer les dis­cré­di­ter au plus tôt, sans jamais se ques­tion­ner soi-même, son optique et ses pra­tiques pro­fes­sion­nelles, ses pré­ten­tions à être du côté de la véri­té lumineuse.

Et taire sa part de res­pon­sa­bi­li­té, quand, dans sa fonc­tion de média, on est tri­bu­taire de ses pro­prié­taires indus­triels ou mar­chands, qui n’ont rien pour être des amis de l’objectivité flam­boyante, de sorte que l’on s’oblige à être si par­fai­te­ment obsé­quieux dans son rap­port aux pou­voirs. Ser­vant même, à l’occasion, de voi­ture-balais pour la com­mu­ni­ca­tion gouvernementale !

Ain­si, le choeur se fera un devoir de sou­li­gner l’in­di­gna­tion gou­ver­ne­men­tale : « Hold-Up » : le gou­ver­ne­ment dénonce une pro­pa­gande com­plo­tiste. Alors que cha­cun sait bien que notre gou­ver­ne­ment a tout d’une vierge imma­cu­lée par la raison !

A mesure de n’a­dop­ter que le seul son de cloche offi­ciel, la pro­fes­sion ne sera jamais fou­tue de se deman­der si les délires dérou­lés par « Hold-Up » ne boi­raient pas, prin­ci­pa­le­ment, aux mamelles de l’incohérence géné­rale, des scan­dales, du chaos et de l’opacité née des déci­sions gou­ver­ne­men­tales, tout comme leurs consé­quences socio-éco­no­miques nour­ri­raient la radi­ca­li­sa­tion poli­tique, selon Euro­pol !

Et plu­tôt que d’interroger le Pre­mier ministre, en confé­rence de presse, afin de savoir s’il fau­dra 2 ou 3 attes­ta­tions pour aller cher­cher ses enfants à l’école, rame­ner un kilo d’endives et per­mettre à Médor de faire son popo, (voir ci-des­sous le mon­tage du site Arrêt sur images), quand est-ce que nos confrères rec­to-pen­sants inter­ro­ge­ront le pou­voir exé­cu­tif sur l’at­ten­tat fait à nos liber­tés de dépla­ce­ment, de réunion et bien­tôt, par la grâce de la future loi « sécu­ri­té glo­bale », à celle d’in­for­mer sur les vio­lences dont l’É­tat se rend cou­pable à tra­vers ses fonc­tion­naires de police ?

De même que notre chère confré­rie, si prompte à tom­ber à bras rac­cour­ci sur des ambu­lances, ne s’a­bais­se­ra à inter­ro­ger l’éventuelle vacui­té du concept de « confi­ne­ment », tel qu’il est appli­qué ici pour le pire, en mesu­rant son impact socio-éco­no­mique et ses effets psy­cho­lo­giques. Bref, en fai­sant un pas de côté pour se décen­trer, et voir, par exemple, com­ment nos proches voi­sins ont abor­dé la situa­tion, et com­ment ils observent la nôtre !

Ain­si qu’il est loi­sible de l’apercevoir à tra­vers le regard effa­ré et ronds d’embarras, des cor­res­pon­dants de la presse alle­mande, pour ne citer que ce seul exemple.

De ce fait, Alterpresse68 vient géné­reu­se­ment à la res­cousse de sa confra­ter­ni­té per­due en matière de gestes bar­rière pro­fes­sion­nels, afin de l’as­sis­ter dans sa ten­ta­tive, que dis-je, sa folle pré­ten­tion, à connaitre le bap­tême du feu de la cri­ti­ci­té à l’en­droit des pou­voirs en géné­ral, et du pou­voir exé­cu­tif en particulier !

Voi­ci donc une liste de ques­tion que des pro­fes­sion­nels de l’information, exer­çant dans un pays sup­po­sé­ment libre, auraient eu à cœur de poser prio­ri­tai­re­ment à un chef de gou­ver­ne­ment, pour nous prou­ver qu’ils sont capables d’assécher les mobiles du conspi­ra­tion­nisme, et leurs racine fan­tas­ma­tiques, en ser­vant de chiens de garde des liber­tés et de l’intérêt public :

  • En quoi un « état d’urgence sani­taire » est-il néces­saire ? A for­tio­ri, qu’est-ce qui jus­ti­fie son main­tien jusqu’au 1er avril 2021 ?
  • Ce fai­sant, le fait de limi­ter dras­ti­que­ment, par une loi d’ex­cep­tion, le droit de la repré­sen­ta­tion natio­nale à agir pour contrô­ler le gou­ver­ne­ment et/ou limi­ter ses pré­ro­ga­tives, n’est-il pas une atteinte grave à la sépa­ra­tion des pou­voirs et à la Constitution ? 
  • Com­ment les dépu­tés LREM, élus de la Nation, peuvent-ils voter sans coup férir l’extinction de droits et de garan­ties démo­cra­tiques élémentaires ?
  • Pour­quoi le gou­ver­ne­ment conti­nue-t-il d’axer sa com­mu­ni­ca­tion autour de la peur, la théâ­tra­li­sa­tion, et la dra­ma­ti­sa­tion, sinon pour convaincre par l’émotion et le réflexe, quand le taux de léta­li­té du coro­na­vi­rus, selon une étude réa­li­sée par plu­sieurs ins­ti­tuts, dont San­té publique France et l’Institut Pas­teur, et publiée en ligne le 7 novembre, est de 0,5% des per­sonnes infec­tées ? (0,05 % pour les 40–50 ans, 1 % pour les 60–70 ans et 11 % pour les 80–90 ans)
  • Sur quelle base scien­ti­fi­que­ment docu­men­tée prouve-t-on un lien entre un confi­ne­ment (sur­tout à la mode de chez nous) et la baisse du taux de mortalité ?
  • Sur la foi de quelle fon­de­ment scien­ti­fique, ou quel pré­sup­po­sé poli­tique, un confi­ne­ment de fac­ture auto­ri­taire (auto-attes­ta­tion, durée de sor­tie, éloi­gne­ment kilo­mé­trique) est-il de mise ?
  • Une étude du CNRS de Cler­mont Fer­rand désigne le milieu fami­lial comme étant le milieu le plus conta­mi­nant : dans cette pers­pec­tive, à quoi sert le confi­ne­ment, sinon à dif­fu­ser davan­tage le virus ?
  • Pour­quoi les Agences Régio­nales de San­té ont-elles pour­sui­vi inva­ria­ble­ment leur pro­gramme de fer­me­ture de lits d’hos­pi­ta­li­sa­tions, incluant des lits de réani­ma­tion, entre les 2 confinements ? 
  • Pour­quoi et à quoi sert un « conseil de défense » puisqu’il n’est plus ques­tion de mener une « guerre » contre le virus ?
  • Qui com­pose ce conseil, dont l’opacité est avé­rée, et sur quels cri­tères sont-ils  choisis ?
  • Sur la foi de quelle base scien­ti­fique les masques sont-ils ren­dus obli­ga­toires dans l’espace public, en dehors de tout ras­sem­ble­ment de population ?
  • Sur la foi de quelle étude scien­ti­fique, les enfants de 6 à 12 ans doivent-ils se cou­vrir le visage avec un masque à l’école, alors qu’il n’en était pas ques­tion voi­ci encore 1 mois ?
  • Pour­quoi le gou­ver­ne­ment a‑t-il ces­sé pré­ma­tu­ré­ment les couvre-feux après seule­ment quelques jours, pour choi­sir de confi­ner uni­for­mé­ment toute la population ?
  • On a évo­qué un bilan pos­sible de 400 000 morts en France si on lais­sait dif­fu­ser le virus, or, pour cré­di­bi­li­ser cette pro­jec­tion, il aurait fal­lu que nous soyons 100 mil­lions d’ha­bi­tants ! Quel est le com­men­taire du gou­ver­ne­ment à ce sujet ? 
  • Dans son allo­cu­tion annon­çant le second confi­ne­ment, le pré­sident de la Répu­blique a décla­ré que « quoi qu’il arrive, il y aurait plus de 9000 patients dans les ser­vices de réani­ma­tion en France ». Ce chiffre a été deux fois moindre. Quel est le com­men­taire du gou­ver­ne­ment à ce sujet ? 
  • Que pense le gou­ver­ne­ment sur le fait que la Suède (qui compte en effet plus de décès que ses voi­sins fin­lan­dais et nor­vé­giens), dont le « confi­ne­ment » s’est bor­né à fer­mer des lieux de ras­sem­ble­ment, a été sup­plan­tée par la France en termes de mor­ta­li­té pour 100 000 habi­tants, alors qu’elle consti­tuait un contre-modèle pour bien des scien­ti­fiques et des politiques ?
  • Pour­quoi les repré­sen­tants des pou­voirs publics se gar­ga­risent-ils du nombre de contra­ven­tions dres­sées contre les citoyens, pour par­tie sou­cieux de résis­ter à l’infantilisme et à l’irresponsabilité dans les­quels on les maintient ?

Une fois n’est pas cou­tume, voi­ci un inouï petit miracle d’investigation sani­taire, pro­po­sé plus tard par LCI, dans le cadre de l’émission « 24h Puja­das » :

Parle à ma main (hydroalcoolisée)

En atten­dant qu’un tel évè­ne­ment advienne un jour, à l’ins­tar d’un miracle de Noël, on évi­te­ra éga­le­ment de se deman­der com­ment les pro­mo­teurs du film « Hold-Up » ont réus­si à lever 300 000 euros en finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, hors de tout par­te­na­riat avec des pro­duc­teurs ou médias d’envergure. 

Et plus que tout : qu’est-ce que cela dit de la cré­di­bi­li­té encore accor­dée aux jour­naux et à la presse professionnelle ?

L’a­larme cli­gnote pour­tant depuis de nom­breuses années. Le baro­mètre du jour­nal La Croix le répète conti­nu­ment avec plus d’acuité que jamais : 4 Fran­çais sur 10 boudent l’information issue des grands médias. Et le phé­no­mène est en croissance. 

Dans l’é­tude parue en jan­vier 2020, on décou­vrait pareille­ment que « 71 % des Fran­çais n’ont pas le sen­ti­ment que les médias rendent « mieux et davan­tage compte » de leurs préoccupations ».

Les jeunes (à 50 %), les femmes (47 %), les moins diplô­més (46 %), les per­sonnes enga­gées poli­ti­que­ment (52 %), mais aus­si les ouvriers (53 %) ou les com­mer­çants et arti­sans (54 %) s’isolent le plus de l’information.

Et scoop inouï : « Les médias tra­di­tion­nels, et plus par­ti­cu­liè­re­ment la télé­vi­sion, sont de moins en moins des réfé­rences en matière d’information. C’est par­ti­cu­liè­re­ment obser­vable chez les jeunes, qui s’informent à 18 % par la télé­vi­sion et 75 % par Inter­net, en pri­vi­lé­giant les réseaux sociaux (40 % des usages sur Inter­net des moins de 35 ans, NDLR) par rap­port aux sup­ports numé­riques de la presse (30 %) », selon un socio­logue inter­ro­gé dans l’article de La Croix accom­pa­gnant le sondage.

Hélas, l’i­ner­tie de l’appareillage média­tique et sa logique sont telles qu’un frein d’ur­gence ne suf­fi­rait pas à en stop­per la pente fatale. 

Mieux vaut donc conti­nuer pour lui à pro­duire indé­fi­ni­ment de la glose hys­té­ri­co-insi­gni­fiante, pareil à celle d’un Chris­tophe Bar­bier pro­po­sant de ban­nir les citoyens réfrac­taire à l’é­ven­tuel futur vac­cin contre le covid-19, ou enjoi­gnant ses com­parses, sus­pen­dus à son écharpe rouge comme une corde à son pen­du, de fêter Noël… en mars !

Retrouvez ci-dessous l’excellente émission d’Arrêt sur images du 13 novembre 2020, interrogeant 2 correspondants allemands en France. L’occasion de voir notamment (à partir de la minute 38) combien l’approche des journalistes allemands et français est contrastée en matière de rapport au pouvoir exécutif dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire.