Mise à jour du 22 novembre : d’après nos informations, le point sur le subventionnement du MON a été reporté de la réunion plénière du lundi 23 novembre. Peut-être est-ce lié aux résultats de l’audit, dont nous venons d’apprendre qu’ils devraient être rendus le mardi 24 novembre.

Pédiluve

Le MON (Mulhouse Olympique Natation), 2400 adhérents est (ou a été) l’un des fleurons de la natation française.

Gestionnaire d’un écrin nautique construit pour sa jouissance exclusive à quelques 7 millions d’euros en 2011, il continue à n’être aujourd’hui qu’un boulet politique (judiciarisé depuis peu), pilotant à vue un équipement sportif qui fut jadis de prestige, au service de la « bourgeoisie locale », comme le qualifie justement nos confrères de la cellule d’investigation de Radio France, par les soins de laquelle le « scandale » est arrivé !

Faisant aujourd’hui face à de multiples accusations, la tourmente que traverse le club, et surtout la famille à l’origine de sa fondation, est en effet loin de fléchir, et peu importe que la structure professionnelle ait contribué à former de grands sportif nationaux.

L’enquête publié le 9 octobre 2020 par la cellule investigation de Radio France documente par le menu la gestion erratique et opaque du club, fondé à Mulhouse en 1962 par Laurent Horter, le patriarche. Une gestion à la dérive, réalisée au nez et à la barbe de ses financeurs publics, dont surtout M2A.

Si la police judiciaire a ouvert une enquête, il existe pareillement des plaintes pour escroqueries, émanant de parents de sportifs se disant floués par le club, au moment où leurs enfants s’y trouvaient formés.

De l’argent a été promis et non versé, en paiement de primes ou sous la forme de subventions, aussi bien auprès des sportifs confirmés que ceux en devenir.

Des mesquineries ont été commises par les fils Horter, dont notamment des contrats rompus unilatéralement, au motif que des jeunes sportifs s’étaient montrés un peu trop ingrats aux yeux de la famille.

Ainsi que nous le rappelons dans l’un de nos articles, le MON abrite parallèlement 2 structures dissociées. Une association de droit local créée en 1962, et le “MON club“, société anonyme à responsabilité limitée fondée en 2004 par Lionel Horter (l’un des deux fils), qui commerciale des prestations de loisirs aquatiques ou de remise en forme.

Petit bassin

Si l’utilisation douteuse de l’argent public via un système de facturations opaques sont à l’origine du scandale, la situation n’a pourtant rien pour surprendre : la cour régionale des comptes avait déjà épinglé en 2017 la gestion de l’antre de la natation mulhousienne. M2A, son principal bailleur de fonds, promettant alors de réclamer plus de transparence à sa direction.  

Un engagement jamais suivi d’effets, jusqu’à ce que la justice finisse récemment par s’en mêler.

La région Grand Est, qui a cessé ses subventions « jusqu’à nouvel ordre », alors qu’elle finance la structure depuis 40 ans, a déjà mandaté son propre cabinet d’audit auprès du MON.

Quant à la position de la communauté d’agglomération M2A, c’est peu dire qu’elle se retrouve pataugeant en pleines contradictions.

Officiellement, la collectivité a suivi le mouvement initié par la région. Daniel Bux, vice-président en charge des sports, précisait à cet effet que l’« on est arrivés au bout de ce qu’on pouvait faire, on a donc décidé de lancer un audit sur le MON ainsi que sur la SARL MON club ».

Puis se démentant le lendemain dans une entrevue organisée par l’Alsace : “On essaie de le soutenir au maximum [le club] parce que, sinon, on risque de se retrouver avec une coquille vide à la place de son centre d’entraînement”, ainsi que nos confrères de Radio France l’avait bien repéré.

N’étant que leur (très soudain) courage, et leur souci du bien public le Président de M2A Fabian Jordan, et son vice-président Bux, annonçaient avoir « bloqué » la première partie des subventions pour l’année 2020/2021.

Le club de natation ayant alors pour obligation de présenter un plan de redressement auprès de l’exécutif communautaire. Et cela tant pour la partie associative (le MON), que pour la partie société privée (le MON Club).

Le même Bux déclarant qu’il maintenait la confiance de l’agglomération aux dirigeants du MON, « en attendant le résultat de l’audit ».

Si l’on sait que le cabinet « BLIND & Associés » est l’expert-comptable du MON, et du “MON-Club”, on ne sait en revanche rien du prestataire chargé de l’audit. M2A n’ayant pas communiqué sur le sujet.

Difficile alors de s’assurer de son impartialité. Quant au commissaire aux compte, s’il existe bien pour le “MON” en tant que structure associative, il n’en est rien pour la société lucrative qu’est le “MON Club“.

Grand bassin

Le fait est que M2A n’a pas du tout renoncé à alimenter la structure en fonds publics, indépendamment de l’audit dont elle devait attendre le résultat, selon sa propre formule.

Bien au contraire, elle compte même renouveler quasi-intégralement son financement lors de la prochaine réunion plénière du lundi 23 novembre !

Mieux, alors que d’ordinaire les subventions sont allouées : « sous réserve du respect des engagements prescrits par la convention de mise à disposition initiale », notre document montre que la proposition soumise à vote, d’un montant de 225 280 euros est réalisé (au lieu de 270 000 en 2019) « dans l’attente des conclusions et préconisations » de l’audit :

Par ailleurs, le versement sera effectué en une seule tranche, au lieu d’au moins 2 règlements habituels.

Cet empressement financier est d’autant plus curieux que le bailleur de fonds publics a lui-même avoué ne s’être pas invité aux assemblées générales de la structure, qu’il finance substantiellement chaque année ! Avant de se déclarer stupéfait de n’avoir pas été informé de l’ouverture d’une enquête judiciaire à son propos…

Mais la précipitation de M2A à porter secours au club de natation laisse surtout craindre que la trésorerie de ce dernier soit dans un état si critique, qu’il conviendrait de suppléer immédiatement à sa défaillance, afin d’éviter la simple cessation de paiement, ce qu’évoquait déjà en creux la note du 12 février 2020, rédigée par la Direction Sports et Jeunesse et « Pilotage de la Performance » de l’assemblée communautaire, que la cellule investigation de Radio France a pour partie reproduite.

Plongeoir

Ce qui, en revanche, a été omis par nos confrères, est la conclusion de la même note des services de M2A à son exécutif.

En effet, après avoir réclamé la production de documents administratifs et comptables auprès du club, la note des services de M2, dont nous avons pris connaissance, s’achève ainsi :

« Par ailleurs et après 8 années de fonctionnement du centre d’entrainement, le constat de la mise à disposition exclusive de l’équipement aux deux entités ne permet pas l’optimisation de l’occupation de ses bassins par une mutualisation des activités et de l’accueil des usagers de m2A, empêchant de potentielles et importantes recettes complémentaires ».

Est-ce à dire que les services de l’agglomération souhaiteraient que son exécutif lâche la famille Horter, devenue bien encombrante ?

Il semble surtout que ceux-ci s’efforcent visiblement de déployer un parapluie de protection juridique, compte tenu le contexte… et la perspective d’une épreuve sportive d’envergure :

« Ces actions visent principalement à prémunir m2A face à d’éventuelles allégations de défaut de contrôle et de suivi de ces deux structures partenaires à la fragilité financière avérée, le tout dans un contexte actuel d’une procédure judiciaire en cours (MON) et de l’organisation éventuelle d’un évènement sportif international en 2022 (Championnats d’Europe Masters) ».

C’est que l’avenir sportif du club n’est pas plus au beau fixe : la structure ne compte plus en effet que 6 nageurs sur la liste ministérielle (qui référence notamment les sportifs de haut niveau et les espoirs), dont Amaury Leveaux, passé dans la catégorie sénior le 1er novembre 2020, et lui-même déjà échaudé par les pratiques de la famille Horter en 2015. De même qu’il n’y a plus de nageurs « élite européen » de stature mondiale depuis plusieurs années au MON.

Toujours est-il que si la famille Horter risquait prochainement de boire la tasse, c’est toute la collectivité territoriale qui sombrerait pareillement dans un naufrage budgétaire et politique, du fait de son incurie et de sa complaisance…

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