Et la transparence, on s’en balance ?
Jusqu’où l’agglomération mulhousienne se mouillera-t-elle pour tenir à bout de bras une structure associative à l’agonie, comme la corde tient le pendu à un plongeoir ?
Il est permis de se poser la question, tant les intrications politico-économiques de ce dossier semblent multiples, et le déni de démocratie patent. L’illustration en a encore été faite lors du conseil d’agglomération du 23 novembre.
Le Bureau de M2A (censé orienter et valider les décisions de l’assemblée communautaire), composé du président, des vice-présidents et des conseillers communautaires délégués, a voté une subvention de 50 000 euros au Mulhouse Olympique Natation, ainsi que la mise à disposition d’un agent territorial, alors que lors de la réunion plénière, il n’en fut jamais question.
Le journal L’Alsace s’est empressé de mettre à jour son article, dans lequel M2A déclare ne pas vouloir « enterrer la structure avant de l’auditer« . Après tout, cela ne fait que quelques années qu’un audit est recommandé, notamment par la Cour régionale des comptes ! Raison supplémentaire pour le faire en catimini, au sein du Bureau !
« L’Alsace » oublie en passant d’évoquer les 12 000 euros supplémentaires et le maitre-nageur en cadeau bonus de la part de M2A au MON, mais ce genre de détail doit être considéré comme du journalisme poubelle par le double quotidien unique.
Quoi qu’il en soit, voici une illustration très particulière de la transparence et de la sérénité voulue ardemment par Fabian Jordan, son président.
Le détail des projets de délibération, devenus définitifs, sont disponibles ci-dessous :
Dites « 33« , toussez très fort… et ramez comme un beau diable !
La réunion plénière extraordinaire de M2A semblait pourtant se dérouler sans encombre. On enchainait les points de l’ordre du jour à une vitesse administrative presque surnaturelle, dans l’objectif de délester nombre de sujets de la réunion régulière du mois de décembre.
Fabian Jordan l’expose d’ailleurs clairement à l’amorce de la visioconférence. Les sujets sont égrenés les uns après les autres, les votes électroniques s’enchainent, les histogrammes s’affichent, les résultats successifs sont annoncés par le président de M2A.
Arrive le point 33, portant sur une convention partenariale conclue avec le centre de ressources, d’expertise et de performance sportive de Strasbourg, et la demande de parole de Christophe Steger, adjoint aux sports de la ville de Mulhouse.
Il conclut sa déclaration, dans laquelle il se réjouit de ce partenariat, pour s’enquérir de la disparition du point 34, dont on apprenait, bien avant la tenue du conseil communautaire, qu’il devait disparaitre de l’ordre du jour.
La délibération en question projetait la délivrance d’une subvention d’un montant de 225 000 euros au MON (que nous évoquions ici le 21 novembre), avant même la conclusion d’un audit sur sa gestion, audit dont on apprenait hier soir qu’il n’avait pas même été amorcé par l’exécutif communautaire.
D’où 3 questions de Christophe Steger : pourquoi le retrait du point de l’ordre du jour ? Qu’en est-il de l’audit ? et quid des subventions annuelles attribuée au MON ?
A partir de cet instant, la sérénité administrative de la visioconférence commença à prendre l’eau de toutes parts.
Jordan annonce alors que la subvention portait sur une année et qu’un audit ne sera décidé que le lendemain. D’où le retrait nécessaire. En l’absence de résultat de l’audit (puisque d’audit il n’y a point eu encore), il était prématuré de voter la subvention ! Implacable logique…
Jordan ajoute : « Nous avançons au fur et à mesure et restons vigilant sur la situation au MON qui est important, parce que c’est un club important pour nous. Nous allons rester en contact étroit avec ce club pour lui permettre de continuer à fonctionner, mais resterons vigilant en attendant le résultat de cet audit financier ».
Christelle Ritz (Rassemblement National), enchaine pour mettre en cause la municipalité de Mulhouse, et surtout Rottner, traité d’« enfant gâté à qui l’on a refusé un joujou », sur fond de règlement de compte entre l’exécutif mulhousien et Franck Horter, élu sur la liste dissidente de Lara Million. Rottner étant considéré par Ritz comme seul responsable de la situation actuelle au MON, il fallait oser.
Étonnante déclaration de la représentante de l’extrême droite mulhousienne, qui revient à prendre la défense de Horter, et ce faisant de Million, et voit même en l’élection de Loïc Minéry à un poste de Vice-président (en lieu et place de Million) un suppôt de l’extrême gauche !
D’autres prises de parole suivent, mais Jordan souhaite déjà faire cesser le débat.
Thierry Engasser (maire de Hombourg et candidat malheureux à la présidence de M2A), déclare découvrir le problème de gestion et le montage juridique du MON. Et énonce que les questions à son sujet demeurent pertinentes. Il évoque son malaise devant le fait que Franck Horter soit juge et partie, puisque à la fois élu M2A et dirigeant du MON.
Horter intervenant pour indiquer qu’il ne prendrait pas part aux délibérations sur le MON, se met à la disposition de la justice, menace le « délateur » qui cherche à lui nuire, mais surtout joue l’apaisement en invitant les conseillers à visiter le site, ce que Fabian Jordan appuiera.
Keskidi le Monsieur ?
Daniel Bux, chargé des sports, prend enfin la parole. Ce qu’il déclare est si lunaire que cela mérite d’être relevé textuellement :
« il faut mettre fin à ce climat délétère et apporter une pointe de sérénité dans ce dossier. Les attaques personnelles ne nous concernent pas… Nous avons l’intérêt de l’action du club. Par certains aspects, le MON peut être considéré comme un service public, n’oublions pas qu’il s’occupe des bébés nageurs, de l’aisance aquatique et du savoir-nager [un puits à subventions pour le club, nous dit-on], pour en arriver au niveau national voire international. Il y a des références, capacités, des façons de faire qui sont propres au MON. Mais le problème de gestion et de l’utilisation de l’argent public, c’est un autre problème. C’est le nôtre directement. Nous approuverons demain le cahier des charges de l’audit. Nous reverrons les conventions qui nous unissent, et essaieront de repartir sur des bases nouvelles pour le profit des habitants de l’agglomération. N’oubliez pas les problèmes que nous avons tous les ans au niveau national et même local, avec des noyades d’enfants et d’adultes. Tous ces points doivent être revus et font partie de nos préoccupations. Il y a le haut niveau mais aussi le reste. Nous n’avons pas le droit de les oublier ».
Bux annonce enfin une réunion avec tous les élus communautaires intéressés par le sujet.
Informons de suite Monsieur Bux, car il s’est quelque peu « embrumé » l’esprit lors de sa tirade. L’apprentissage scolaire de la natation, ou le savoir-nager, est notamment l’affaire des professeures des écoles de l’agglomération mulhousienne, y compris à Sausheim (dont Bux est l’ex-maire). Et pour ce faire, les enseignant-es se rendent régulièrement dans le bassin réservé aux prolétaires.
Monsieur Bux le trouvera aisément en sortant du bâtiment réservé au MON. A 10 mètres sur sa droite : il s’agit de la piscine de l’Illberg.
Jordan évoque et réitère son souci de transparence et de sérénité sur ce dossier, et signifie la tenue d’une réunion spécialement dédiée.
Jean Rottner (ex-maire de Mulhouse, actuel premier-adjoint, et président de la région Grand Est) intervient alors, piqué au vif par les mises en cause personnelles et celles relatives à la ville centre, pour regretter de n’avoir pas été plus soutenu par Jordan. Vapeurs chlorées dans l’assemblée !
Provoquant alors un embarras de kayakiste chez Jordan, qui en sort les dernières rames à sa disposition : « on ne voulait pas rentrer dans ce dossier, avec ces prises de parole, mais je… euh, on sera tous ensemble pour évoquer ce sujet-là, merci beaucoup ! »
Loïc Minéry tente de prendre la parole, mais on lui coupe le sifflet. Il reviendra ensuite sur le manque de transparence concédé aux élus communautaires, qui semblent en apprendre davantage par la presse ! Les deniers publics sont concernés, une affaire judiciaire est en cours. « Prudence, exigence, transparence », sont énoncés par l’élu écologiste comme ses trois leitmotivs.
Il ne croyait pas si bien dire !
Thierry Engasser s’enquiert du sort du MON en Bureau de M2A, alors que lui-même n’y siège pas.
Jordan répondant qu’il fallait retirer le point car la délibération ne pouvait être prise avant d’engager l’audit, lequel sera attribué le lendemain, et que le conseil d’agglomération de lundi n’était pas prévu à l’agenda.
- « Mais il n’est pas retiré du Bureau ? » demande Engasser
- « Il n’est pas retiré du Bureau ! », répond Jordan
On comprend maintenant pourquoi.
Le soir même, après la session plénière, le Bureau votera donc une subvention au MON d’un montant de 50 000 euros, moins 1 voix contre (celle de l’élu d’ « extrême gauche » Minéry et 3 abstentions).
Par ailleurs, le Bureau a voté le détachement d’un agent maitre-nageur au bénéfice du MON. En complément, a été alloué au club une subvention de compensation d’un montant de 12 000 €, correspondant aux remboursements des sommes dues à M2A ! Loïc Minéry est seul à s’être abstenu…
Sur le dossier MON, l’exécutif de M2A ressemble désormais à un bateau ivre fonctionnant en vase clos. Ayant troqué sa boussole démocratique par esprit de connivence, le capitaine prétend encore éviter les récifs. Gaffe à la tempête populaire et citoyenne qui risque bien de gronder, ici comme ailleurs.
Nous avons sollicité le cabinet de M2A qui n’a pas répondu à nos questions.












