12 heures 30 devant la sous-préfecture de Mulhouse, 18 décembre : une trentaine de participants réunis en cercle de parole devant deux grandes banderoles à l’occasion de la Journée internationale des migrants instituée par les Nations unies et en solidarité avec l’« Acte IV  de la Marche des Sans-Papiers ».

Des militants d’appartenances associatives et politiques diverses ou sans appartenance particulière ont dit les  violences systématiques organisées par l’État français contre ces êtres humains coupables de vouloir survivre et qui ont choisi la France pour fuir misère, guerre, persécutions, cette France qui démantèle les abris de fortune d’hommes, de femmes, d’enfants, qui les laisse sans nourriture, qui leur interdit de travailler, qui leur impose l’humiliation suprême pour des exilés, le déni d’existence visible, qui a oublié depuis longtemps les dispositions légales ou de simple humanité pour privilégier une répression organisée afin de gagner un certain électorat.

Les mots entendus des intervenants au cercle de parole étaient autant de témoignages du quotidien de ces migrants et migrantes présents à Mulhouse : « O.Q.T.F. » (obligation de quitter le territoire français signifiée par arrêté préfectoral en accompagnement le plus souvent d’un refus de titre de séjour), pratiques administratives discriminatoires, délais infinis de réponse et paperasses, diagnostic arbitraire et scientifiquement contestable de l’âge des mineurs étrangers isolés que l’on déclare majeurs et qui se voient menacés aussitôt d’expulsion en guise de cadeau d’anniversaire, mesquineries de fonctionnaire sensibles à « l’air du temps », qui aggravent des situations – dont celle d’un établissement mulhousien où l’organisation des repas collectifs n’est pas compatible avec les heures de cours de rattrapage scolaire d’enfants migrants… qui ne mangent donc pas de la journée -, interminables, mais nécessaires procédures juridiques pour faire valoir leurs pauvres droits, détresses psychologiques, voire psychiatriques comme l’a souligné un rapport européen récent, violence dans les campements de réfugiés où l’État laisse régner la loi de la jungle assortie de violences policières.

Il y a trois ans 470 organisations avaient interpellé les pouvoirs publics pour que soient organisés des États généraux des migrations, en vain, tout comme a été ignorée la « Marche des sans-papiers » en octobre 2020.  Mais les États généraux des migrations existent bel et bien et représentent plusieurs centaines d’Assemblées locales, de collectifs, d’associations, de structures et d’ONG partout en France.

Les EGM s’associent à la saisie de la Défenseure des droits et à celle du Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme des migrants, suite notamment aux événements de Paris le 23 novembre (le « grand matraquage »), comme ils s’associent à la Marche des Solidarités de ce 18 décembre.

Le respect des droits fondamentaux et de la dignité, la construction et non le sabotage sournois et systématique d’une politique d’accueil, la régularisation pérenne des personnes étrangères, le respect du Droit et des droits sont les demandes majeures des EGM et des associations locales et des organisations nationales qui les composent.

Une colère de plus dans un paysage social et politique qui en connaît bien d’autres ?

Des violences certes, mais exercées sur les pauvres des pauvres, les démunis des démunis ? Des cas flagrants et systématiques de maltraitance administrative, de dénis de droits prévus par des textes, conventions, accords internationaux, signés par l’État français ?

Le déni, même pas dissimulé, de toute humanité, par les dirigeants d’un pays qui perd son âme, ses valeurs et ses repères, le mépris pour ceux qui souvent ont transité par la Libye et connu les traversées périlleuses de la Méditerranée pour rejoindre un Eldorado supposé ?

En face, ce cercle de parole où les expressions n’étaient pas souvent « politiques », mais reflétaient bien les sentiments profonds de ces citoyens sensibles, eux, aux drames humains dont ils sont témoins au quotidien, à Mulhouse comme en tant d’autres lieux.

Après la compassion vient la colère et après la colère vient le dégoût.

Après le dégoût ?

Une des banderoles l’indiquait en grandes lettres : le « Ras l’Bol ».

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