Nous aurons l’occasion de reve­nir la semaine pro­chaine sur les prin­ci­paux ensei­gne­ments des scru­tins régio­naux et dépar­te­men­taux, dont bien sûr l’abstention his­to­rique au pre­mier tour (+ de 66% au niveau natio­nal, plus de 70% dans le Grand Est et en Alsace, près de 80% à Mulhouse).

Pour autant, les can­di­dats, quels qu’ils soient, ne cessent de vous le seri­ner : il faut vous mo-bi-li-ser pour aller voter, encore plus à Mul­house qu’ailleurs !

Encore fau­drait-il pou­voir accé­der à la boite noire élec­tro­nique qui fait office d’urne élec­tro­nique depuis près de 20 ans à Mulhouse !

Car dimanche der­nier, les citoyens du bureau numé­ro 64, situé dans le gym­nase de l’école de Dor­nach, ont connu quelques dif­fi­cul­tés en allant accom­plir leur devoir civique… Ce dont le double jour­nal unique alsa­cien a omis de parler. 

En effet, plu­sieurs per­sonnes atten­daient pour voter dans ce bureau le dimanche 20 juin, aux alen­tours de 10 heures. On patien­tait à l’in­té­rieur et à l’ex­té­rieur, tan­dis que des élec­teurs consta­taient alors que l’on s’affairait sur la machine à voter pla­cée dans le bureau.

Des per­sonnes, sans doute des asses­seurs, sortent alors du bureau pour aver­tir du pro­blème, et demandent de patien­ter le temps de la répa­ra­tion. On évoque 5 minutes, puis 20 minutes passent. 

Des élec­teurs s’inquiètent à juste titre du sort fait aux votes déjà enre­gis­trés. Les asses­seurs informent de ce que la « boîte noire » (peut-être la mémoire de sto­ckage ?) res­te­rait pré­ser­vée. Youpi !

Devant une attente qui parait inter­mi­nable, une demi-dou­zaine de per­sonnes, scan­da­li­sées, tournent les talons sans même avoir voté.

Au ser­vice élec­tions de la mai­rie de Mul­house, les pro­tes­ta­taires sont reçus dans une indif­fé­rence polie par télé­phone : « Oui, cela arrive, par­fois », leur dit-on lapidairement !

Nous nous y essayons nous-mêmes. L’agent qui nous répond semble apprendre que des élec­teurs n’ont pas pu voter.

Selon les infor­ma­tions qu’elle nous donne, il aura fal­lu chan­ger l’ordinateur de vote, en pui­sant dans le stock de réserve conser­vé dans un local de la mai­rie. Une machine bien sûr iden­tique à celles pla­cées en bureau de vote.

Ce fai­sant la « boite noire » de la machine défaillante aurait été trans­fé­rée vers la machine de rem­pla­ce­ment. Elec­trices, élec­teurs, vous voi­là rasssurés ! 

« C’est la pre­mière fois que je vois ça », nous révèle tou­te­fois l’agent municipal !

Com­ment pour­rait-il en être dif­fé­rem­ment ? Ces ordi­na­teurs, qui n’ont rien d’une « simple cal­cu­lette » comme la mai­rie de Rie­did­heim vou­drait le faire accroire, sont aujourd’hui des « ordi­nau­sores » de vote.

Sans même évo­quer la pos­si­bi­li­té de modi­fi­ca­tions et de « hack » sau­vage (ain­si que nous l’avons expo­sé dans nos articles sur le sujet), le fait de les main­te­nir en usage relève de la plus com­plète aber­ra­tion, compte tenu l’enjeu démo­cra­tique que ces machines sont cen­sées garantir.

Et dire que pour ras­su­rer les plus inquiets, le fabri­cant hol­lan­dais des machines Nedap (uti­li­sées à Mul­house et Rie­di­sheim) arguait de ce que celles-ci ne sont pas reliées à inter­net, (et donc ne peuvent être aisé­ment détour­nées), quand aujourd’hui le pou­voir songe à mettre en oeuvre le vote sur internet !

En effet, cer­tains de nos meilleurs repré­sen­tants publics ont lar­ge­ment phos­pho­ré sur le sujet, tel le délé­gué géné­ral de La Répu­blique en Marche, Sta­nis­las Gué­ri­ni, qui, à l’égal d’un magi­cien d’opéra bouffe, sou­hai­te­rait que le vote par Inter­net soit mis en place dans le pro­chain quin­quen­nat...

Il est vrai que les membres de LREM connaissent un impé­ra­tif besoin de s’illu­sion­ner poli­ti­que­ment pour espé­rer exis­ter encore dès la pro­chaine man­da­ture, notam­ment aux élec­tions légis­la­tives de 2022…

Un vote par inter­net qui ouvri­rait, quoi qu’il en soit, la pers­pec­tive d’une abo­li­tion de l’anonymat, et moins encore d’assurances démo­cra­tiques que n’en offrent les ordi­na­teurs de vote déjà en place…

Après le pass sani­taire (lequel devait conser­ver l’anonymat de nos don­nées, alors qu’il n’en est rien, comme on le voit ici), à quand l’instauration d’un pass démo­cra­tique ?

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